Deutéronome, XIII
Sans doute, au cours des siècles, ce régime féroce s'est amendé, c'est la loi universelle ; mais la métamorphose a été beaucoup moins profonde que ne le croit ou feint de le croire le rabbinisme. Pourtant nombre d'écrivains recommandabte ont trouvé matière à admirer en étudiant le droit hébraïque; mais, pour s'en étonner, il faudrait ignorer qu'une éducation convenable et suffisamment prolongée peut aveugler le meilleurs esprits.
Une dernière remarque. 11 est un lieu commun banal, accepté dans toute la chrétienté, comme la quintessence même de la morale universelle; c'est la célèbre maxime: « Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qui vous fût fait. » La formule est trop simpliste pour n'avoir pas été trouvée en diverses contrées, et la Chine, qui a le goût passionné des moralités plates, Ta promulguée bien avant le christianisme ; mais c'est cette dernière religion, qui lui a donné un relief immérité. Avec la moindre réflexion on voit bien vite combien cette règle soi-disant sublime a réellement peu de valeur et à quels étranges résultats on arriverait, si, en tout et pour tout, on la voulait prendre sérieusemeni comme règle des mœurs. Certains individus, même certains peuples ont des instincts, des goûts tout particuliers, parfois fort singuliers et, comme la maxime « Ne faites pas, etc. i, a pour corollaire naturel € Faites à autrui, etc. *, on pourrait, en s'appuyant sur elle, justifier des écarts étranges, même monstrueusement immoraux, au sens raisonnable du mol.
Je ne fais cette remarque qu'en passant, occasionnellement; mais je tiens surtout à signaler la genèse de la formule c Ne faites pas à autrui, etc. ». 11 importe de remarquer qu'elle a été surtout préconisée par une religion d'origine sémitique, c'est-à-dire née au sein d'une race où le talion est invétéré et constitue la base même du droit. Or, c'est manifestement de l'idée de la retaliation qu'est issu le précepte moral. Le
talion dit : « Faites à autrui ce qu'autrui vous a fait > ; il suffit de renverser cette formule pour avoir la célèbre maxime c Ne fuites pas à autrui, etc. >, qui en est indubitablement le reflet. Cette généalogie est curieuse en ce qu'elle nous montre une loi soi-disant d'amour sortie des flancs de la loi de vengeance impitoyable, qui, pour l'humanité tout entière, a été le droit primitif.