‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 39 sur 525 · V. — LR DÉVELOPPEMENT EMBRYONNAIRE DU DROIT · texte numérisé non relu

V. — LR DÉVELOPPEMENT EMBRYONNAIRE DU DROIT

Tout d'abord il nous faut répudier à jamais la théorie métaphysique de l'inaéité des idées de droit et de justice. Pourtant, si inconsistante qu'elle soit, cette manière de voir a quelque fondement réel et c'est à cela même qu'elle a dû d'être si généralement admise. Oui, à l'homme développé, héritier d'une vieille civilisation, certains actes, nuisibles d'ailleurs à la communauté, semblent, d'instinct, criminels et punissables; ils excitent chez lui un sentiment désintéressé d'indignation. C'est qu'en effet, pendant des siècles nombreux, ils ont été interdits et châtiés avec plus ou moins de rigueur, d'où, à travers la chaîne des générations, la formation de certaines répulsions morales, héréditairement transmissibles. Ces penchants moraux hérités, les métaphysiciens en ont constaté l'existence et, au lieu de s'enquérir de leur genèse réelle, ils les ont considérés comme ayant, des l'origine de l'humanité, fait partie intégrante de notre mentalité; ils en ont atlribué l'origine à un acle même de la volonté divine. Tardivement et quand les doctrines théologiques eurent perdu du terrain, on s'est borné à remplacer la divinité par la Nature, entité aux contours très vagues et que, du reste, on ne prenait pas la peine de définir.

La philosophie et la science contemporaines ont définitivement rompu avec ces explications qui n'expliquent rien; elles se sont adressées à la grande doctrine moderne, à la doctrine de l'évolution, pour obtenir une juste interprétation des faits de conscience que la métaphysique n'avait pu comprendre; elles ont demandé cette interprétation et elles l'ont obtenue. — Pour nous, l'existence dans le cerveau humain,

indépendamment même de l'éducation, de certains penchants moraux hérités n'a plus rien de mystérieux.

Mais, tout en comprenant comment il se peut faire que la plupart des hommes civilisés aient, d'instinct, certaines manières communes d'apprécier le juste et l'injuste, il nous faut encore, pour remonter à l'origine même du droit, interroger la biologie ou plutôt la physiologie animale. Cette science nous explique sans peine comment la première justice réglée, l'universelle loi du talion, a pour base primaire des mouvements de défense, réflexes et coordonnés, d'où le t coup pour coup >, involontaire d'abord, mais qui, par suite même de l'incessante lutte pour l'existence, a fait naître non seulement dans le cerveau humain, mais dans celui des animaux supérieurs, le désir delà vengeance différée, méditée, le coup pour coup à long terme, lequel, en se réglementant, est devenu le talion avec sa formule sémitique si expressive : « Œil pour œil, dent pour dent ».

Cette loi du talion, dont nous aurons à nous occuper souvent et longuement, nous l'avons rencontrée, très imparfaite encore, dans les hordes humaines anarchiques. Mais, comme la loi d'évolution gouverne le monde, nous avons vu la justice inchoative évoluer même durant le stade d'anarchie; car les diverses sociétés anarchiques ne sont pas toutes également grossières. Dans les moins inintelligentes d'entre elles, l'individualisme est refréné, quand il pousse à certains excès socialement nuisibles; il existe déjà une grossière criminalité, quoique la répression de certains actes nuisibles soit encore abandonnée à la partie lésée. C'est que, dans ces sociétés anarchiques, un peu plus intelligentes que les autres, on est déjà à la veille de s'organiser; l'homme y va devenir un animal politique, suivant la célèbre expression d'Àristote; par suite les membres du petit groupe ont de vagues instincts de solidarité. Or, la solidarité est proche parente de la justice.

Cette évolution de la justice, nous la suivrons pas à pas à partir de son origine, dans toutes les races, dans toutes les sociétés humaines, à grands traits naturellement et comme il convient à ces études, mais méthodiquement et en allant des sociétés grossières aux sociétés civilisées.

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