I. — LES VEDDAHS
Pour mémoire seulement je mentionnerai en passant les Veddahs de Ceylan, population aujourd'hui presque disparue, qui, par la race, est intermédiaire aux noirs de l'Inde et
LÀ JUSTICE. DANS LES TRIBUS RÉPUBLICAINES. ti
aux Australiens et, par le degré de civilisation, était très comparable aux Fuégiens. Déjà pourtant les Veddahs se différenciaient en deux groupes ; les uns, fixés autour des établissements des blancs, savaient se construire des huttes d'écorce et de boue, cullivaient même quelques graines : c'étaient les Veddahs de village ; les autres, tout à fait primitifs encore, vivaient dans les forêts, cherchant, la nuit, un abri soit dans les cavernes, soit sur les arbres. Pourtant ces derniers étaient déjà sortis de l'anarchie absolument primitive et groupés en petits clans familiaux, ayant probablement des totems, puisqu'ils refusaient de manger la chair de certains animaux : ours, éléphants, buffles, tout en dévorant au besoin toute espèce de charogne et se nourrissant le plus souvent de viande crue.
Pour les études sociologiques, la psychologie de ces primitifs serait fort intéressante à connaître; malheureusement on n'a pas pris la peine de l'étudier. Au point de Vue de la justice, qui nous occupe ici, les rares relations publiées au sujet des Veddahs sont à peu près muettes; on y trouve pourtant quelques renseignements, mais contradictoires, puisque le même observateur, après nous avoir dit que les Veddahs n'ont pas même l'idée du vol, ni du mensonge, qu'ils ne comprennent pas qu'on frappe son semblable, nous parle assez longuement d'un Veddah emprisonné pour meurtre4. Il peut cependant y avoir quelque chose de fondé relativement au prétendu état édénique des Veddahs. Leur vie errante, par petits groupes monogamiques, à la manière de certains animaux, ne prête guère au développement de la criminalité, qui suppose presque nécessairement une société un peu nombreuse et par suite des conflits entre les désirs et les besoins des individus.
i. Revue britannique, 343-3*7 (1876).