II. — LES AUSTRALIENS
Chez les Australiens, le champ ouvert à l'observation est plus vaste. Là, nous trouvons des clans et tribus, sauvages sans doute, mais ayant déjà une organisation déterminée de la famille et de la propriété; observant des coutumes qui ont force de lois; dotés d'une moralité grossière, instinctive, curieuse par sa simplicité môme et l'empire absolu qu'elle exerce sur la conduite des Australiens; mais à ce sujet, je ne puis que renvoyer à mon Évolution de la morale.
Les actes considérés comme criminels chez les Australiens sont fort peu nombreux ; de ces actes, le plus fréquemment réprimé est le vol, en y comprenant l'adultère, qui esL assi-
mile aux autres larcins1. Mais la coutume interdit aussi l'homicide et certaines violences, en raison même de la solidarité étroite qui unit les membres du clan australien. Si, par exemple, un homme maltraite trop durement sa femme, le clan de celle-ci intervient, admoneste le brutal, et si l'homme n'en tient compte, on lui reprend la femme trop tyrannisée* pour la donner ou plutôt la céder par troc à un autre. En décrivant le mariage australien, j'ai dit qu'il était toujours exogamique, c'est-à-dire que jamais la femme n'appartenait au clan de son mari, mais qu'elle était d'abord propriété df son clan et traitée par lui comme une valeur d'échange. U souci de la propriété entre donc sûrement pour une pari dans cette tutelle exercée par le clan sur la femme cédée à un homme d'un autre clan.
1. Lumholtz, Questionn. de Sociul., etc., in Bull. Soc. d'anthrop. (1888)/ p. 656.