Loc. cit
juridique, qui est nouvelle dans le monde. Le droit d'appel est formellement reconnu (art. 143); le plaideur peut récuser le conseil désigné par son seigneur (art. 165). Un baron ne peut, sans perdre l'allégeance, porter la main sur son homme lige (art. 216). Enfin le prince ne peut, soit au civil, soit au criminel, punir un feu data ire que du consentement de la majorité des hommes liges (art. &).
Mais toute cette procédure protectrice ne concerne que la noblesse. La masse des humbles, des serfs, ne peut guère en appeler au tribunal du roi et rien ne la protège efficacement contre le seigneur. Nous avons vu que même les Communes libres sont désarmées contre les manques de foi d'un baron. Enfin il est une juridiction contre laquelle nul n'est protégé, celle de l'Église, poursuivant avec une rage dévote les crimes d'opinion et donnant l'exemple de la plus inique oppression juridique.
Comme elle, les autres juridictions fonctionnent avec une extrême barbarie; leurs grands moyens d'instruction sont l'ordalie et la torture ; leur procédé ordinaire pour trancher les cas douteux, c'est le duel judiciaire, le jugement de Dieu. Enfin, dans la pénalité, subsistent nombre de survivances sauvages, s'inspirant du talion : le juge a simplement pris la place de la partie lésée, mais il n'est pas moins féroce. (
Avec quelle ténacité s'est transmise à travers les âges et dans tous les pays cette idée du talion, base cardinale de la justice primitive ! On en trouve encore des traces jusqu'à nos jours et dans les contrées les plus civilisées, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, où je résumerai d'une manière générale les phases de l'évolution juridique.