‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 59 sur 525 · V. — LA JUSTICE CHEZ LE8 ABORIGÈNES DE L'iNDE · texte numérisé non relu

V. — LA JUSTICE CHEZ LE8 ABORIGÈNES DE L'iNDE

Chez les Nagas du Bengale, aucune autorité constituée ne contient ni ne punit les violences individuelles ; le plus fort peut donner aux dépens du plus faible libre carrière à ses penchants, à ses passions * : il n'a pas à redouter autre chose que la vengeance des gens maltraités par lui. Les Koukis observent avec une scrupuleuse rigueur la loi du talion : vie pour vie. Ils poussent même le fanatisme de la retaliation jusqu'à l'appliquer aux animaux. Ainsi, quand il arrive qu'un des leurs est tué par un tigre, la famille du mort est mésestimée tant qu'elle ne s'est pas réhabilitée en tuant ou même en mangeant, si possible, le tigre homicide ou à son défaut un autre tigre8. — Chez les Kands, l'homicide, les blessures graves sont tenues pour de simples offenses privées ; mais le talion s'est déjà adouci et les compositions remplacent d'ordinaire les vengeances sanglantes. Ces compositions sont d'ailleurs sérieuses. Pour une blessure, une portion des biens du coupable doit être abandonnée à la famille, au clan du blessé, aux besoins duquel il faut en outre pourvoir jusqu'à complète guérison. En cas de meurtre,

1. Stowart, Journ. Atiat. Soc. of Bengal, XXIV, 608. S. Tylor, Civilisation prjjnitive, 328.

la composition peut englober la totalité des biens du meurtrier. Il faut entendre sans doute la totalité des biens et des objets mobiliers, la propriété foncière étant ordinairement familiale dans l'Inde. L'adultère peut aussi s'effacer par le simple remboursement au mari du prix de la femme; mais l'époux propriétaire a le droit de tuer la coupable, si bon lui semble. Dans l'Inde aborigène, comme ailleurs, c'est surtout de la propriété que la communauté a souci. Chez les Kands, par exemple, on est pleinement entré dans le stade agricole, et par suite, les crimes contre les biens émeuvent l'opinion publique bien plus que les attentats contre les personnes. Les coups, ayant ou non entraîné la mort, sont tenus pour de simples torts privés ; mais le Grand Conseil de la tribu s'occupe avec zèle de tout ce qui touche à la propriété. Celle-ci est même sous la protection d'une déesse spéciale, la déesse de la terre ; par conséquent tout litige au sujet d'un champ revêt un caractère religieux et il en est de même pour le bétail, considéré comme un produit du sol et à ce titre vénéré. Aussi, dans les contestations relatives aux troupeaux, le Conseil défère le serment1, qui se prête suivant un rituel spécial et consacré. Les parties doivent affirmer le bien fondé de leurs prétentions, en mettant dans leur bouche du riz imbibé du sang d'un mouton sacrifié à la déesse de te terre. Si le litige porte sur le sol même, le riz est remplacé par un peu de terre. Dans ces cas, le faux serment, étant un sacrilège, s'expie par la mort du parjure. Dans d'autres circonstances, on peut aussi jurer sur divers objets, sur la peau d'un ligre, sur celle d'un lézard *. Ce fait de l'existence du serment à la fois judiciaire et religieux chez les Kands esta noler. En effet, chez la plupart des tribus sauvages, la pratique du serment est ignorée ; nous

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