‹ L'évolution juridique dans les diverses races humainesChapitre 68 sur 525 · II. — LA JUSTICE EN POLYNÉSIE · texte numérisé non relu

II. — LA JUSTICE EN POLYNÉSIE

A l'époque où elle fut découverte par les navigateurs européens, la Polynésie tout entière vivait sous le régime de la tribu monarchique. La primitive organisation républicaine ne s'accusait plus que par certaines survivances communautaires; mais, nulle part encore, la tribu ne s'était épanouie en petite monarchie barbare. On était mal sorti de la sauvagerie première et la dissémination de la race polynésienne sur de nombreuse îles se prêtait difficilement à la formation d'États quelque peu importants. Néanmoins la civilisation rudimentaire des Polynésiens était assez uniforme dans tous les archipels et l'on en peut faire une étude d'ensemble.

La justice polynésienne était très primitive au point de vue delà criminalité et delà pénalité; mais elle avait déjà un caractère monarchique bien accusé, en ce sens du moins que le maître, le chef, pouvait à son gré se permettre impunément des écarts réputés criminels pour le commun des mortels et qu'en outre lui manquer de respect ou l'offenser, c'était commettre des attentats sévèrement châtiés.

A la base de la criminalité polynésienne, on retrouve l'universel talion. La grande loi du coup pour coup florissait

surtout à la Nouvelle-Zélande1, le moins civilisé des archipels; là, le meurtre se payait toujours par le meurtre, les blessures par des blessures, le vol par le pillage. Mais à Taïti même, à Taïti, la métropole polynésienne, moins sauvage que les autres îles, le talion était encore en vigueur et s'appliquait conformément aux vieilles mœurs. Habituellement on ne dénonçait pas les délits aux chefs. Arrivait-il qu'un indigène en tuât un aulre dans une querelle? les parents et amis du mort, son clan, prenaient les armes; ils attaquaient le clan du meurtrier et l'issue du combat indiquait suffisamment de quel côté était le bon droit. Toujours le parti victorieux faisait -main basse sur les biens du parti vaincu et se les appropriait à titre de compensation3. — En Polynésie, le talion était autorisé par la coutume ; c'était la grande loi3. Quand des actes de pillage avaient allumé la guerre entre les tribus, la paix ne se concluait souvent qu'après un simulacre de talion. On détruisait, par exemple, symboliquement et du consentement de la tribu défenderesse, les palissades d'un ehamp désigné à l'avance, si les hostilités avaient eu pour cause un acte du même genre4. Quand une tribu avait tué un homme d'une autre tribu, elle s attendait parfaitement àdes représailles et criaità l'injustice seulement si on lui tuait plusieurs hommes pour un, si le talion lui semblait excessif8. — Un mari surprenant sa femme en flagrant délit d'adultère, avait le droit de l'assommer; le clan de la défunte ne cherchait pas à venger sa parente, il se contentait d'enlever le cadavre pour l'inhumer dans la sépulture commune; cependant pour bien attester leur droit de talion, les

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