lbid.y
54 lt- L'ÉVOLUTION JURIDIQUE.
parents de la morte s'emparaient de quelque valeur insignifiante, par exemple de quelques corbeilles de patates appartenant au mari1.
Le talion était si bien considéré comme l'expression même de la justice, que certains crimes, notamment le vol, donnaient à ceux qui en avaient souffert le droit moral de tuer parfois, tout au moins de piller le voleur9. Cette saisie par retaliation s'appelait le harourâ; elle était ordinaire dans les basses classes, et tenue pour si absolument légitime que les gens, sur qui on la pratiquait, n'osaient se défendre, paralysés qu'ils étaient par l'opinion publique. Si les coupables avaient tenté de résister, la population du district aurait tout entière prêté main forte à leurs agresseurs3.
En Polynésie, comme il arrive dans toutes les sociétés primitives, le délit le plus habituellement et le plus sévèrement puni, c'était le vol. Mais il était châtié non pas au point de vue d'une atteinte à un droit abstrait, mais bien comme un simple tort, un dommage insupportable. On punissait durement, souvent de mort, les voleurs qui se laissaient prendre*. A Tongatabou, le coupable d'un vol était souvent contraint à se baigner dans certaines baies hantées par des requins; s'il était mordu ou dévoré, cela indiquait sûrement sa culpabilité5. La pratique est curieuse en ce qu'elle est déjà une forme grossière de l'épreuve judiciaire. Parfois, on attachait l'homme convaincu de vol sur un vieux canot et on le lançait à la mer où les requins en faisaient leur proie0. Plus souvent le larron était tué ou gravement blessé; il n'était pas rare pourtant que l'on fut plus indulgent, quand il n'y avait pas