LA DANSE ET LA MUSIQUE
filles dansaient sur les coteaux couverts de vignes (1). Les danses des Hébreux étaient hiératiques et souvent collectives ; elles sei-vaient à rehausser Téclat des fêtes nationales. Dans les occasions solennelles, les filles et les femmes les plus honorables dansaient ensemble et en troupes (2). Pour son malheur, la fille de Jephté se mêla, en allant au devant de son père, à l'un de ces chœurs dansants et tambourinants (3). Quand David, prenant son courage à deux mains, fit transporter T Arche à Jérusalem, il crut accomplir un acte pieux en dansant nu et avec toute la maison d'Israël, en Thonneur dlahvé, pendant que résonnaient tous les instruments en usage dans le pays, savoir des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales (4). Selon des hébratsants fort doctes, David devait joindre à la danse une pantomine très animée (5). De même, alors qu'ils cédaient à leur inspiration lyrique, les prophètes improvisaient parfois au son des instruments et souvent ils soutenaient leurs paroles par des mimiques, des actes symboliques. Ainsi, pendant que les Assyriens envahissai<»nt la Palestine, le prophète Isaïe se montra sur la place publique, les pieds nus, comme un captif. Peut-être même le prophète était-il entièrement nu ; car, sur Tordre de lahvé, il avait ôté le sac qui couvrait ses épaules. Le but d'Isaïe était d'empêcher une alliance avec rÉgypte en prophétisant la mine de ce royaume et mimant par anticipation le sort des captifs égyptiens, emmenés « nus et déchaux, le derrière tout découvert » par les Assyriens (6).
La pantomine symbolique était, semble-t-il, dans les habitudes des prophètes; car Jérémie y recourut aussi pour décider le roi de Juda à se soumettre à Nabuchodono.^or afin d'é-
^l) Ledrain, Histoire du peuple d'Israël, 152.
(2 Jérémie 31-13. — I. Samuel, IK-G. — Exode, 15-20.
(3; Juges, XI, 33. (Traduction Ledrain).
(4) n. Samuel, VI, H-l-l, X'V.
(5) Munk, La Palestine, 457.
{6} Isate, XX, 1-6 (Traduction Ledrain).
viter une totale destruction et, dans cette circonstance, il parut devant le roi et le peuple, les épaules chargées d'un joug en bois (1). On est donc autorisé à croire qu'il y avait là la survivance d'une pratique très anciennement en usage chez les Juifs.
La musique, souvent très étroitement associée à la danse dans les cérémonies religieuses en Judée, était collective, comme elle. Cette musique était instrumentale et vocale. L'instrumentation paraît avoir été fort développée, puisqu'on y trouve des instruments des trois ordres : à percussion, à vent, à cordes. Les premiers étaient représentés par quatre types, d'abord par le Toph ou tambour de basque, en usage chez tous les peuples de race berbère ou sémitique. Le Toph était surtout employé par les femmes, qui, dans leurs danses et leurs chants, s'en servaient pour marquer la mesure. Puis venaient les cymbales, les unes grandes et en métal, les autres très-petites et en bois : les castagnettes. Enfin des Sistres égyptiens et des triangles syriens (2). — Les instruments à vent se composaient de YOugah, flûte, cornemuse ou flûte de Pan, dont la forme reste à déterminer. Puis venait la flûte de roseau, de bois ou de corne, la trompette droite et la trompe recourbée. Les Hébreux connaissaient aussi très bien les instruments que Ton peut appeler aristocratiques, les instruments à cordes. Ils en avaient deux principaux, le Kinnoi* ou harpe et le Nébel^ qui devait être une sorte de lyre. Peut-être existait-il plusieurs espèces de Néhel, mais il y en avait une à dix cordes (3). Ces instruments à cordes servaient à la fois à la musique sacrée et à la musique profane.
« Prends le Kinnor; — Fais le tour de la ville; — Paillarde oubliée; — Frappe sans relAche les cordes; — multiplie tes chansons, — afin qu'on se ressouvienne de toi »> (4).
(1) Jérémie, XXXVII, XXXVIII, 2-14.
(2) Munk, L'univers, 456.
(3) Psaumes, 33-2 ; 144-9.
(4; haïe, XXIII. 16.