LA DANSE ET LA MUSIQUE
Les prostituées se servaient donc du Kinnor pour attirer leur clientèle.
Tous ces instruments étaient en usage en Judée, mais les Juifs ne les avaient pas inventés et nous avons vu que, même les instruments à percussion un peu compliqués étaient chez eux d'importation étrangère. A plus forte raison en devait-il être de même des instruments à cordes.
La Genèse fait bien remonter Finvention des instruments à cordes à une date antérieure au déluge et les attribue à Jubal, descendant de Gain (1) ; mais il est plus vraisemblable que le Kinnor et le Nébel représentent des emprunts faits à T Assyrie, à Tyr ou à l'Egypte. Le tambour de basque peut aussi avoir été apporté d'Egypte. Dans tous les cas, à la sortie de Miçraïm, la Bible nous montre Miriam, sœur de Moïse, et d'autres femmes chantant et dansant au son du tambourin (2).
Quelle que puisse être la provenance des instruments de muâque en Judée, il est sûr que les Juifs avaient, pour la musique en général, un goût des plus vifs. Dans la vie privée, les Hébreux faisaient très souvent intervenir la musique ; notamment dans les festins et les funérailles. Les poètes de la nation, du moins les poètes religieux, les seuls dont le souvenir soit parvenu jusqu'à nous, constituaient des communautés, sortes de clans qui s'inspiraient du son des instruments et exécutaiont des chœurs en pubHc (3). Rien qu'en les voyant, Saiil lui-même ne put se défendre de partager leur exaltation religieuse et musicale. L'impressionnabilité musicale de Saiil persista, même alors que sa raison chancelait, et tout le monde connaît l'influence sédative du Kinnor de David sur les accès furieux du vieux roi (4). Cette impressionnabilité était commune, puisque les sicaires de Satil, chargés d'appréhender David au corps, furent désarmés par le charme de ses chants ; jamais, depuis
(1) Genhe, TV, 21.
t Exode, XV, XX, XXI.
(3) I. Samuel, XIX, 3-13 (Traduction Ledrain). (il I. Samuel^ XVI, 13 (Traduction Ledrain).
lors, la musique n'a remporté un tel triomphe ; c'est presque la légende d'Orphée.
A la fois mélomane oi fanatique, David, quand il fui deven'i souverain absolu, ne manqua point d'organiser la musique religieuse, abandonnée jusqu'alors à l'anarchie de l'inspiration. La musique sacrée devint partie essentielle du culte. Le roi institua des chantres fonctionnaires, ayant leur place marquée dans le Temple et destinés à donner de la pompe aux holocaustes et en général aux cérémonies religieuses (1). Quatre mille lévites furent chargés de la musique sacrée. David était lui-même un artiste distingué. Sans doute tout le recueil des psaumes n'est pas de lui, mais il en a vraisemblablement composé une partie (2). A la tête de chaque groupe de chanteurs ou de musiciens sacrés se trouvait un directeur, sorte de chef d'orchestre qui lui-même exécutait des soli joués ou chantés (3). Ces troupes de musiciens religieux étaient nombreuses; elles se tenaient près de Tautel et chantaient ou jouaient d(»s cymbales, du luth, de la harpe. Un corps de cent vingt prêtres les appuyait, en sonnant de la trompette et célébrant lahvé (4). Même, en dehors de la porte du Temple, il y avait deux pièces réservées aux chanteurs (5). Les bataillons d'artistes, enrôlés au service du culte, devaient absorber toutes les aptitudes musicales du pays. Dans tous les cas, nous ne possédons que peu ou point de renseignements au sujet de la musique profane et il en est de même pour la poésie lyrique, si intimement unie chez les Juifs, à la musique ; car rien de ce que dédaignait la religion ne nous a été transmis.
(1) H. Chroniques, XXXV, 8-15 (Traduction Ledrain).
(2) II. Chroniques, XXÏX, 26-35.
(3) Munk, Palestine^ 454.
(4) II. Chroniques, V, 8 14 (Traduction Ledrain). ;5) Ezéchiel, XL, 37-47 (Traduction Ledrain}.