‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 12 sur 209 · LES INFLUENCES SOCIALES · texte numérisé non relu

LES INFLUENCES SOCIALES

et en leur honneur. Suivre toute cette évolution littéraire, en déteniiiner les phases principales, ce sera l'objet même de ce livre. Dans ce chapitre, j'ai dû me borner à signaler les origines de Testhétique et les foiines premières qu'elle revêt. L'origine primordiale est psychique : c'est le besoin d'extériorer, en les fixant pai* des imitations artificielles, certaines représentations mentales qui semblent dignes d'un particulier intérêt. Nous avons vu, que, sous sa forme la plus grossière, ce besoin est commun à l'homme et à certains vertébrés supérieurs; en outre, que la forme tout à fait primitive de la représentation esthétique a dû être la mimique, vite associée au chant, seul langage oral de l'homme, avant l'invention du langage articulé. Cette association du cri modulé aux gestes obligeait à rythmer la mimique, c'est-à-dire à la danser. Quand la parole articulée naquit, dans les clans primitifs, du besoin de s'entendre pour concerter les efforts, la poésie parlée apparut simultanément, mais bien rudimentaire I Très pauvre et très imagée, comme les premières langues, elle se bornait à de courtes phrases, entrecoupées et accompagnées d'onomatopées, de cris modulés, de sons inarticulés.

L'étroite solidarité du clan originel ne se prêtait guère qu'à une esthétique collective, à des danses chorales, auxquelles tout le monde prenait part. Le chant individuel est rare en effet chez les primitifs. On ne le retrouve guère que chez les Fuégiens, et il i-ésulte chez eux de leur état d'anarchie. Le plus souvent d'ailleurs, ce chant individuel des Fuégiens ne se compose que d'un mot, même seulement d'une syllabe que le chanteur répète à satiété. C'est la vie en société, qui partout a enfanté le langage articulé et la poésie primitive.

En étudiant la littérature dans toutes les races, après les avoir hiérarchiquement classées, on assiste au graduel développement de l'esthétique littéraire et l'on voit que, tout en se développant, tout en devenant savamment artistique, la littérature ne cesse jamais de se rattacher par les liens les plus étroits à la constitution politique et à l'organisation intime des

sociétés. Cette nécessaire corrélation n'a jamais suffisamment frappé les auteurs d'histoires des littératures, parce qu'ils ne daignent pas s'occuper des races inférieures. Mais, même dans les sociétés les plus civilisées, comment les artistes et les écrivains pourraient-ils s'abstraire du milieu social et politique, qui est, en quelque sorte, l'air respirable de leur esprit, de ce milieu qui les a formés ou déformés et, avant eux, la série de leurs ancêtres ? Même alors que le joug social s'allège et semble laisser le champ libre au moins à la littérature, qui, en apparence, devient individualiste à outrance, force est bien encore aux écrivains de compter avec les goûts, les mœurs, les opinions de leurs contemporains et, dans leur ensemble, ces goûts, ces opinions résultent toujours de la structure même des sociétés, non seulement de la forme poUtique, mais des institutions, de la répartition de la propriété, de la constitution du mariage et de la famille, des opinions religieuses, de tout ce qui influe sur la mentalité humaine. Mais, dans ce premier chapitre, je n'ai pas à insister sur la nécessaire importance des facteurs sociaux en littérature. Il me suffit d'avoir indiqué les origines premières de l'esthétique littéraire, d'avoir montré qu'avec tous les autres arts elle est née d'un besoin mental, commun à l'homme et à certains animaux, du besoin d'extériorer certaines représentations psychiques.

A l'origine, l'homme ou même son ancêtre immédiat, l'anthropopithèque, gardaient le souvenir de quelques scènes de guerre, de chasse, d'amour, et ils désiraient extériorer ces souvenir, leur donner un coips, les réaliser. Pour cela, ils recouraient à la mimique rythmée par un chant, dans le principe, sans parole, interjoctionnel. Nous verrons quel rôle capital ont joué et jouent encore ces danses chorales dans l'esthétique primitive de tous les pays et de tous les temps. Est-il besoin de faire remarquer qu'ainsi envisagées, les origines littéraires, comme toutes les autres, rattachent directement l'homme à Tanimalité d'où il est si certainement sorti ?

SECTION PREMIÈRE La Littérature dans les races nègres

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