V. — • Vévohition littéraire chez les Iraniens
Noua serions maintenant en mesure de retracer, dans son ensemble, révolution littéraire chez les Persans, si tout ce qui a trait aux origines de cette littérature ne nous était entièrement inconnu. Les plus anciens monuments littéraires et les plus vieilles traditions historiques ne nous reportent guère, en effet, qu'à Tàge mûr de la Perse. Hérodote nous parle d'un peuple déjà vieux et courbé sous le joug de la monarchie, do la grande monarchie barbare et absolue. De son côté. XAvesia nous transporte dans un pays où la religion est puissamment organisée, où elle régente la morale et confond les fautes avec les péchés. D'autre part, la méthode comparative nous est, pour les races blanches, d'un faible secours ; car toutes les nations de race aiyenne ou iranienne, ce qui revient à peu près au même, sont depuis longtemps sorties de la sauvagerie prinaitive. L'évolution ordinaire des sociétés et l'organisation sociale des Ossètes caucasiens, qui semblent être des Perses restés à l'état primitif, nous permettent pourtant de supposer que les Perses ont, comme tous les peuples, débuté par la vie colléetive du clan. Mais nous ne pouvons que le supposer. Cependant au temps d'Hérodote encore, le souci de la collectivité était si vif en Perse, qu'en célébrant des sacrifices, un Perse ne devait pas demander aux dieux des faveurs particulières; il lui fallait prier pour les Perses en général et pour leur roi (1).
Peut-être les Kàfirs de l'Afghanistan, aujourd'hui encore extrêmement barbares, pourraient-ils nous représenter rétal social des Perses, antérieurement à rétablissement de la grande monarchie ; mais ces Aryens, encore très peu civilise^, nous ne les connaissons qu'imparfaitement surtout au point de vue de l'esthétique littéraire. Nous savons cependant que toutes
(1} Hérodote, I, par. 132.
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leurs réunions, guerrières ou pacifiques, sont accompagnées de musique et de danses collectives d'un caractère sauvage. Ces danses durent fort longtemps, car dès qu'un groupe est fatigué, un autre le remplace (1). Nous savons aussi que les Kâfii-s, qui n*usent pas encore d'instruments de musique à corder, ont pourtant des bardes de profession, qui chantent dans les réunions de guerriers (2). Il est assez probable que les Perses primitifs ont débuté dans l'esthétique littéraire, comme les Kâfirs et la plupart des autres peuples. Le large intervalle entre ces humbles commencements et la période de VAvesta, pourrait être comblé, si, comme le pensent beaucoup d'ethnographes russes, les races slave et iranienne ont été, à l'origine, parentes. Nombre de faits empruntés à la mythologie, aux traditions, etc., viennent à l'appui de cette hypothèse. Alors la littérature slave, la littérature mythique et héroïque, que nous étudierons bientôt, nous représenterait, dans ses traits généraux, ce qu'a du être la littérature des Perses avant le triomphe du despotisme politique et religieux. A partir de cette dernière phase, nous sommes suffisamment renseignés et nous avons vu la littérature persane se stériliser peu à peu, comme toutes les littératures soumises à ce régime. Pourtant quelques élans individuels, enregistrés par la littérature lyrique, attestent que des levains d'indépendance ont longtetedps persisté dans l'esprit de la race et permettent d'espérer qu'une résurrection n'est peut-être pas impossible, le jour sûrement très éloigné, où l'on pourra, en Perse, penser librement.
Nous venons de voir que ces germes ou restes d'initiative intellectuelle ne se remarquent point dans le théâtre, du moins dans le théâtre officiel des Persans; mais, en tout pays, le théâtre est le genre littéraire qui s'émancipe le dernier, parce
1) Guinaumc Capus, Kâfirs-Siahpouches [BulL soc. d'anthropologie ^ p. 255, année 1890). [i. Ibid,, 256.
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quil doit forcément compter avec le grand public, la ma^c. nécessairement médiocre. Ne désespérons donc point de l'avenir pour les Aryo-lraniens ; ils semblent être, beaucoup moins que les Arabes, plongés dans la léthargie intellectuelle, que provoque partout Tlslamisme.