LE THEATRE PERSAN
ques passages des dialogues uniquement pour en signaler le ton emphatique, grandiloquent et Texagération des images employées. Ali, voyant pleurer le prophète, s'écrie : « Je vois des larmes couler, comme autant de perles, sur la page blanche de tes joues. Toi pleurer, toi, source du possible, toi, source des vertus miraculeuses, etc. » (1). Dieu a fait savoir au Prophète par Tarchange Gabriel que Hassan et Hassein doivent périr pour rédimer les fidèles Chiites ; Ali y consent, mais Gabriel veut encore Tassentiment de Fathema, femme d'Ali. A quoi le Prophète répond, « qu'il n'est pas assez habile pour pouvoir enfermer la perle de ce mystère dans Tentendement de sa fille... dont les sens seraient bouleversés, comme une chevelure en désordre ». En voyant pleurer son père, Fathema trouve, « que la prunelle de ses yeux s est changée en nuage d'automne ». En pensant au triste destin de son fils Hassan, la même Fathema déclare, que « tout un fleuve Oxus coule de ses yeux » (3).
Ces exagérations, ces comparaisons démesurées, toutes ces amplifications de rhétorique dénotent ordinairement la fin d'un genre littéraire, non pas quand elles proviennent, comme chez les primitifs, simplement d'une grande inexpérience, d'une imagination forte et d'une impressionnabilité vive, mais quand elles sont cherchées, alambiquées, dictées par un enthousiasme de commande, comme il arrive dans les téaziés. Ce genre est d'ailleurs épuisé, puisque l'on n'enrichit plus l'ancien répertoire, et il ne sert plus guère qu'à donner satisfaction au goût des Persans pour le théâtre, tout en répondant au fanatisme de la foule et permettant à l'ostentation des grands de se déployer avec éclat.
(1) A. Chodzko, Théâtre persan^ 6.
't) Ibid., 8.
:3; llnd,, 14.
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