‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 159 sur 209 · LES PHASES DE LA POESIE ÉPIQUE · texte numérisé non relu

LES PHASES DE LA POESIE ÉPIQUE

enfanté un tel lils — Réjouis-toi, Miloch de Pozerye,et que ton nom

et ton souvenir puissent vivre aussi longtemps que le soleil brillera dans le ciel! » (1).

Les chansons épiques ou héroïques ne forment qu'une partie de la littérature spontanée, primitive, des Slaves. Il en est d'un caractère plus doux, ce que les paysans de la Russie septentrionale et les Serbes s'accordent pour appeler des « histoires » ou des « chansons de femmes ». De ces poésies sentimentales il en est beaucoup qui sont pleines de grâce, de délicatesse, de noblesse. Je ne saurais m'y anêter, quelque attrayantes qu'elles soient. Ces poésies beaucoup plus personnelles, n'ont pas de date et n'en sauraient avoir ; or, dans cette étude, si succincte, force m'est de me limiter, de m'attacher surtout à ce qui peut nous renseigner sur les origines et l'évolution de la littérature chez les diverses races. A ce titre, les chants mythiques ou héroïques, ont une valeur spéciale ; souvent ils portent leurs dates en eux-mêmes et toujours ils expriment des sentiments plus ou moins communs à tout un peuple et par conséquent nous renseignent sur sa manière de sentir et de penser.

lY. — Les phases de la poésie épique.

La poésie des Finnois et celle dos Slaves marquent des phases différentes de l'évolution littéraire. Le Kalévala est beaucoup plus primitif que les poèmes des Slaves. H nous reporte à un âge où l'on vivait encore au jour le jour, sans garder le souvenir des événements passés, même assez récents; aussi, les faits de la vie réelle ne trouvaient-ils pas de place dans les poèmes, toujours chantés. Ce qui intéressait surtout, à ce moment de révolution mentale, c'étaient les fantaisies mythiques, où les souvenirs de choses et d'êtres authentiques ne se mêlaient qu'en se déformant profondément. Tels sont les sujets

(1) Ed. Laboulaye, Chansons populaires des peuples Slaves j 13 (conférence).

iM PRIMITIVE LITTERATURE DES EUROPEENS BARfiARES.

ordinaires de la poésie grossière des Holtentots, des Australiens. Celle des Finnois, tout en attestant un développement intellectuel de beaucoup supérieur, appartient à la même période.

A partir de ce stade, le progrès consiste en une très lente retraite de l'imagination devant le souci grandissant du réel. Les événements humains occupent dans les compositions poétiques une place de plus en plus considérable. Les dieux ne s'évanouissent pas, mais ils s'humanisent et agissent de plus en plus à la manière des hommes. La plus ancienne phase de la poésie slave, qui nous soit connue, répond à cette période transitoire.

Puis, l'évolution continuant dans le même sens, l'homme finit par supplanter presque entièrement la divinité dans le domaine littéraire ; les héros prennent la place des dieux, mais en usurpant une partie de leurs attributs, en restant dotés de facultés plus qu'humaines.

Plus tard la poésie devient franchement historique. Elle raconte les hauts faits ou les méfaits de personnages ayant réellement vécu, seulement en faisant bon marché de l'exactitude, en exposant les événements non pas comme ils se sont passés, mais comme le poète les aurait voulus.

Puis, faisant encore quelques pas en avant, la littérature devient tout à fait civilisée, c'est-à-dire précise, souvent terre à terre, mais exacte, se piquant de refléter exactement la réalité historique et psychique.

Dans le monde slave, surtout en Russie, cette évolution a été brusquée et la dernière période singulièrement raccourcie par la subite invasion d'une civilisation étrangère et vieillie, celle de l'Europe occidentale avec son long passé romain etmédioéval. En très peu d'années, les bylines ont perdu leur couleur et leur saveur, tuées qu'elles étaient par la littérature écrite. Ce phénomène n'est point particulier à la Russie, mais il y est produit beaucoup plus rapidement qu'ailleurs.

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