PARALLÈLE ENTRE LES DEUX LITTÉRATURES
positions mythiques, auxquelles ont succédé des légendes héroïques, encore fortement teintées de mythologie. Des récits de plus en plus historiques, comme les bylines slaves, les sagas Scandinaves, les voyages merveilleux des Irlandais, les légendes bretonnes, ont terminé la série. La loi est donc générale ÂQ moins pour l'Europe : la primitive pensée littéraire a commencé par se perdre dans le rêve ; puis lentement elle s* est acheminée vers le réel et c'est surtout dans la période intermédiaire de cette transformation, qu'elle a rencontré les inspirations à la fois naïves, audacieuses et empreintes de grandeur morale, que nous appelons épiques.
Mais, pour générale que soit cette loi, ses effets secondaires varient très sensiblement suivant les races, dont chacune obéit à sa manière.
Je n'ai pas à revenir sur les littératures finnoise et slave. Nous avons constaté combien elles diffèrent ; mais nous ne possédons de la littérature finnoise que la période mythique. Pour les Germains et les Celtes, le parallèle peut être suivi plus longtemps. Or, la comparaison accuse de très notables dissemblances. Les deux mythologie:; sont déraisonnables, ce qui est assez ordinaire ; mais la mythologie Scandinave est de plus extrêmement grossière, en moine temps qu'elle est vague et confuse. De tous les paradis il n'en est pas de plus sauvage que le Walhalla Scandinave, où la goinfrerie, l'ivrognerie et le plaisir de se tailler en pièces i ïtre soi constituent les voluptés réservées aux élus, aux hôt ; d'Odin.
L'imagination mythique des Tdtes a été de qualité moins inférieure; dans leur Panthéon, les Romains retrouvèrent sans trop de peine les équivalents de leurs divinités et lour doctrine de la métempsycose appartient déjà à une métaphysique relevée. Au point de vue moral, la différence est bien plus grande encore. Sans doute les deux races prisent très haut la valeur guerrière; pour les pe:] pies primitifs, c'est u;:«? condition d'existence ; mais les Scandinaves pout^sent ce couiage jusqu'à la férocité des fauves ; ils aiment la tuerie pour la tuerie elle-même.
4d0 PRIMinVB UTTÉRATURE DES EUROPiEHS BARBARES.
Enfin la ruse, la trahison Tassassinat tiennent une place trop grande dans leurs légendes héroïques, où Ton trouve même des survivances cannibales. Ajoutons que, dans la légende de Gudrun, le mobile de toutes ces horreurs est une cupidité insatiable et sans scrupule. Rien de pareil dans les poésies celtiques, où, au contraire, les actions et les paroles empreintes de noble héroïsme ne sont pas rares. — Dans les deux races aussi, le cas que Ton fait des choses intellectuelles est bien diiTérent. 11 ne semble pas que les Scandinaves aient jamais rien eu d'analogue à la savante organisation des file irlandais, qui assimilait la noblesse de Tesprit à celle du sang. Les scaldcs Scandinaves paraissent n'avoir été que des poètes populaires, comme on en trouve en tout pays, à Torigine des civilisations.
Y a-t-il une relation de cause à effet entre ces indéniables différences psychiques et les différences physiques des deux races? Dans Tétat de notre science anthropologique, il serait bien téméraire de répondre à cette question par raffirmative. Contentons-nous, pour le moment, de constater la coïncidence.