LE PASSÉ ET L*AVE.MR DE LA UTTÉRATLRE
premiei's âges était la forme d* esthétique la plus propre à ini> pressionner fortement spectateurs et acteurs, à satisfaire en même temps un très vif besoin psychique, celui d'extériorer les images mentales, de reproduire avec tout le relief de la réalité ce qui n'existe dans le cerveau qu'à l'état de souvenir ou de désir. Le théâtre civilisé n'est que le développement naturel de cet opéra-ballet et il conserve un égal attrait et un pouvoir égal, même après avoir perdu la forme lyrique, qui datait de son origine.
Comme il était naturel, l'art dramatique fut plus encore que la poésie lyrique asservi par les classes dominantes et nous avons vu en Grèce, dans l'Inde, dans l'Europe du Moyen-âge, le clergé des grandes religions s'emparer de ce puissant moyen d'expression, même le confisquer plus ou moins longtemps et ne lui permettre qu'à regret de devenir laïque. L'art dramatique étant un genre littéraire essentiellement collectif, s adressant à la foule, ne saurait guère exprimer que la moyenne des sentiments qui régnent, des idées qui ont cours dans le milieu social ambiant ; les vues trop originales, les sentiments trop particuliers ne sont pas de son domaine ; en revanche il est, plus que tout autre genre littéraire, le reflet de l'état intellectuel et moral d'un peuple ou d'une classe, suivant qu'il est populaire ou aristocratique ; bien loin de corriger les mœurs, il se borne toujours à les peindre. Au beau temps de la (irèce, le théâtre est lyrique et héroïque ; avec la décadence sociale el politique, la tragédie hellénique ne supporte pas la concurrence de la comédie satirique, qui est une protestation sociale. A Rome, où l'iniquité sociale fut, de très bonne heure, beaucoup plus criante qu'en Grèce, le théâtre n'eut même pas d'âge héroïque.
Dans tous les temps, dans tous les pays, nous avons vu la littérature décliner moralement, perdre de sa noblesse, de sa force, même de sa beauté esthétique, aux époques de décomposition morale; mais, de tous les genres littéraires, le premier qui s'avilit et déchoit, c'est le genre dramatique; car les