LE PASSÉ ET L AVENIR DE LA LITTÉRATURE
Ton peut accoler ces deux mots, se maintiennent encore pendant un temps plus ou moins long; c'est qu'elles bénéfident d'un regain de stabilité temporaire dû à des sentiments altruistes, legs d'un passé disparu ou en voie de dispariUon, comme le patriotisme, comme un confus instinct de mutuelle assistance; mais ces survivances morales ne sauraient indéfiniment durer si les institutions mêmes ne les entretiennent pas. Une nouvelle genèse de large altruisme sera donc nécessaire aux sociétés qui voudront vivre, prospérer, durer, et, poiur que cette genèse se puisse accomplir, il est besoin que l'organisation sociale se base non plus sur la concurrence acharnée, mais sur l'aide mutuelle.
Les rénovations sociales ne se font pas en un jour ; il y a donc peu de chance pour que la génération actuelle assiste à Téclosion de ce monde nouveau, que déjà pourtant notre société contemporaine porte dans ses flancs. Dès à présent, les poètes, qui prendraient ces aspirations nouvelles pour sujet de leurs compositions, créeraient des œuvres durables. Que de telles œuvres soient encore à naître, c'est déjà un phénomène singulier, attestant que nos classes lettrées vivent dans une atmosphère entièrement artificielle. Mais un peu plus tôt, un peu plus tard, ces œuvres naîtront; les premières seront les plus émues, les plus vibrantes ; elles sentiront encore la bataille. Les autres, plus calmes d'allure, pourront être plus belles encore ; car la comparaison du passé, du présent, des horizons largement ouverts sur l'avenir leur fourniront de puissants efl*ets de contraste.
J'ai peur que les critiques de l'avenir ne jugent bien sévèrement notre littérature contemporaine. Quoi ! Tant de niaiseries et tant de grossièreté ! Tant de poètes incapables de s'abstraire de leur petite personnalité ; tant d'écrivains nous racontant avec une ridicule minutie les très négligeables événements psychiques, qui se passent dans leur cœur ou leur esprit et qui leur semblent gros uniquement parce qu'ils les étudient avec le microscope de Tégoïsme ! Tant d'autres littéra-