‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 2 sur 209 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Dans tous les pays civilisés, des histoires de la littérature, les unes nationales, les autres générales, ont été publiées par des écrivains professionnels, toujours très érudits et souvent du plus grand mérite. Mais ces ouvrages sont, tous, singulièrement incomplets, car tous ont été conçus de la manière la plus étroite ; jamais leurs auteurs n'ont même soupçonné que leur enquête dût comprendre la totalité du genre humain, depuis r Australien jusqu'à l'Européen le plus civilisé, c'est-àdire relever avant tout de l'anthropolo^e. Presque sans exception, les historiens littéraires n'ont donné au mot « littérature » que le sens strictement étymologique, celui de compositions savantes, écrites, fruit d'une civilisation avancée et faites surtout pour le plaisir et les besoins des classes dirigeantes*

Msds ce stade de la littérature est le dernier terme de son évolution historique ; il suppose l'existence d'une langue développée, châtiée, d'une métrique compliquée et méticuleuse, combinée pour flatter l'œil et l'oreille d'un public de dilettantes. Toute cette technique recherchée est chose parfaitement indifférente à la littérature non encore disciplinée, spontanée, naïve, folklorique, si l'on veut, qui par toute la terre a précédé la littérature savante, lui a même servi de sol nourricier et a

PREFAeE.

duré de nombreux milliers d'années. Pourtant cette littérature folklorique elle-même est déjà bien éloignée des origines tout à fait primitives et, seule, l'anthropologie ethnographique, est en mesure de ressusciter, d'évoquer devant nos yeux, la lente évolution qui l'a rendue possible.

C'est ce travail d'évocation, que l'on s'est efforcé de faire dans ce volume, en s' appuyant sur la méthode comparative, et en remontant avec son aide jusqu'aux primitives manifestations, qu'il faut bien appeler littéraires, quoiqu'elles correspondent à une phase sociale où les lettres alphabétiques n'étaient même pas soupçonnées.

Dans ce volume, et il est presque superflu de le remarquer, on n'a pas eu la prétention de faire une histoire complète de la littérature ; on s'est seulement attaché à marquer les phases principales par lesquelles elle a passé, à en scruter surtout la genèse, en la poursuivant jusqu'à une époque extrêmement lointaine où les manifestations de l'esthétique, non seulement n'avaient nul besoin de l'écriture, des lettres, mais parfois même savaient se passer de mots. — Si incomplète qu'elle puisse être, notre investigation dans la paléontologie littéraire montre pleinement, que, par de certains côtés, et non des moins importants, la littérature se rattache étroitement à l'anthropologie. C'est là une vérité'que ne contestera pas quiconque aura pris la peine de lire ce volume. On y verra que, seule, la science de l'homme est en mesure de dissiper les ténèbres qui cachent aux lettrés les plus érudits toute l'enfance littéraire du genre humain ; on y verra, en outre, que, pour répondre à la réalité, le sens du mot « littérature » doit être singulièrement élargi.

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