‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 45 sur 209 · V. — VEvoliUion liUéraire des Américains sauvages · texte numérisé non relu

V. — VEvoliUion liUéraire des Américains sauvages

L'étude analytique, que nous venons de faire au sujet de l'esthétique littéraire dans l'Amérique sauvage, nous dicte quelques généralisations importantes pour l'histoire de l'évolution littéraire en général. Nous trouvons en effet, en Amérique, une série de phases graduées, qui synthétisent les faits partiels observés dans d'autres contrées et chez d'autres races.

D'abord, à l'extrémité tout-à-fait méridionale de l'Amérique, nous rencontrons l'homme primitif, le Fuégien, qui n'a encore ni danse, ni musiqut» instrumentah», ni littérature. Déjà pour-

(1) Powell, loc. cit.

tant il chante des airs en mineur et il essaie d'y marier des paroles, mais stupidement, puisqu'il s:; contente de répéter indéfiniment un seul mot, même |)arfois une seule syllabe.

Dans rintérieur de TAmérique Méridionale, nous trouvons des artistes plus avancés, mais ils sont surtout musiciens. Ils ont même des instruments de musique ; mais avant tout ils sont passionnés pour Uî chant ; ils ressentent une inspiration lyrique mais n'ont pas (ucore, à proprement parler, de littérature.

Chez les Peaux-Rouges au contraire, nous voyons toute une évolution littéraire se dérouler devant nous. C'est d'abord, le chant tout-à-fait primitif, le chant interjectionnel, dépourvu de sens et pereistant à titre de survivance : œ chant n'est encore qu'un cri modulé, mais non articulé. Presque toujours ce chant et aussi le chant parlé, plus intelligent, qui lui a succédé, s'associent à la danse scénique, pantomimique, dans de grandes représentations nationales, auxquelles prennent part tous les hommes du clan républicain. Dans ces solennités, marquant tous les actes importants de la vie publique, la danse, la mimique et le chant s' entr' aident et se confondent pour exprimer des événements, des idées, des sentiments intéressant toute la communauté.

A côté de cxîtte littérature publique, d'autres branches littéraires naissent et se développent. 11 y a d'abord une littérature débitée en récitatif ou simplement parlée. Elle se compose de légendes traditionnelles et mythiques, de récits relatant des faits notables de la vie quotidienne, enfin de poésies personnelles, dont l'origine est très visible. La littérature communautaire, la grande littérature, ne peut s'occuper que des faits généraux intéressant tout le monde ; mais la vie sociale» ne saurait abolir la vie individuelle, qui, elle aussi, a besoin de se manifester littérairement. L'amour sexuel, l'amour maternel répondent à des sentiments h la fois très violents et très personnels ; ce sont eux, que chante la première poésie individuelle.

Enfin, à côté de la littérature chantée on rythmée, la cons-

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titution républicaine du petit groupe social donne naissance à une autre branche littéraire, à Tart oratoire. Dans la forme très républicaine de la tribu peau-rouge, l'éloquence, Fart de bien dire, était absolument nécessaire, puisqu'aucune résolution intéressant la communauté ne se prenait sans de longs débats publics ; puisque même on reconnaissait à un individu le droit de ne pas prendre part à une expédition guerrière, s'il la désapprouvait. Nous avons vu que cette éloquence peaurouge participait de la poésie par sa vigueur d'expression et par son besoin d'images.

Je termine ici ce résumé, A ce qu'il me semble, il justifie, une fois de plus et avec éclat, la méthode comparative, qui me sert de guide dans ces études.

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