‹ L'évolution littéraire dans les diverses races humainesChapitre 63 sur 209 · VIII. — La littérature monarchique dans t Amérique · texte numérisé non relu

VIII. — La littérature monarchique dans t Amérique

centrale.

Dans Tenquête, que nous poursuivons ici, à propos des origines et de l'évolution littéraires, la forme de Testhétique dans rAmérique centrale a de Timportance ; elle représente la deuxième phase du développement littéraire, celle que Ton peut appeler monarchique.

Chez les Peaux-Rouges, nous avons pu étudier la phase précédente, celle de l'esthétique dans le clan républicain. A cette époque première, les danses mimiques et chorales, où tout le monde prenait part, formaient le fond des manifestations littéraires. Ces manifestations constitua-ient de vraies cérémonies publiques ; mais, dans le détail de leur exécution, une assez grande liberté d'allure était laissée aux auteurs.

Dans les grands empires du Mexique et du Pérou, les danses chorales sont toujours en usage ; mais il n'est plus question de liberté esthétique. Tout est devenu rituel. Un clergé omnipotent a imposé une orthodoxie même à la danse ; tout jeté-battu incoiTCct est illicite ; c'est peut-être même un péché. La danse, la poésie, la musique sont choses confisquées par l'autel et le trône; l'esthétique est devenue une propriété sacerdotale. Les règles poétiques s'enseignent aux jeunes nobles, dans des sortes de petits séminaires. A Tezcuco, on est même allé plus loin, en instituant un tribunal dit de musique, parce que la poésie se chante encore ; ce tribunal a un pouvoir inquisitorial ; il décerne des prix à la poésie orthodoxe ; il châtie les poètes hétérodoxes. L'inspiration n'est plus guère tolérée que si elle est assez docile pour s'enfermer dans des formules toutes faites. Aussi la verve, sauvage sans doute mais parfois originale, que nous avons rencontrée chez les Peaux-Rouges, est à peu près éteinte dans ces empires si bien réglés. La rudesse, la spontanéité primitives ne persistent plus que dans certaines

166 l'ancienne UTTÉRATURE du PÉROU ET DU MEXIQUE.

poésies mythiques, réputées sacrées, par suite immuables et qui datent de Tâge précédent.

Çà et là, cependant, quelques courtes compositions lyriques chantent encore sans trop se soucier des rites littéraires. Elles se rattachent au genre sentimental et personnel, que nous avons vu naître durant la phase républicaine. Ce sont des poésies affectives.

Toute cette évolution atteste hautement l'étroite solidarité des formes esthétiques et des institutions politiques, qui les maîtrisent et leur imposent tel ou tel développement. — Cette situation dépendante de l'esthétique littéraire est générale. Nous aurons à la constater bien des fois au cours de notre enquête. Il serait donc inutile d'y trop insister en ce moment.

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