PRÉFACE
Étendant maintenant mon étude de l'évolution mentale au domaine de la psychologie humaine, je sens qu’il convient que j'indique, er quelques mots, les limites et le but de cette nouvelle partie, la plus importante de mon œuvre. Car il est évident que « l'Évolution mentale chez l'Homme » représente un sujet si vaste que, s’il n’est tiré quelques lignes en deçà desquelles la discussion doit être maintenue, aucun écrivain isolé ne pourrait oser le traiter.
Les lignes frontières que je me suis tracées sont les suivantes : Mon but est de rechercher les principes et les causes de l’évolution mentale chez l'homme, d’abord en ce qui concerne l'origine des facultés humaines, et ensuite en ce qui concerne Ics principales branches en lesquelles les facultés nettement humaines se sont, par la suite, ramifiées et développées. Pour y atteindre, dans la mesure du possible, il m'a paru désirable de prendre des vues d'ensemble et générales du tronc principal, et aussi de ses diverses branches. C'est pourquoi j'ai partout évité de céder à la tentation de suivre l’une queicoi que de ces branclies dans ses ramifications secondaires, ou d'entrer dans les détails du développement progressif. Ce sont là, je le sens, matières à traiter pour ceux qui, chacun de son côté, sont mieux préparés à ceite tâche, que leurs études aient porté sur le langage, l’archéologie, la technologie, la science, !4 littérature, les arts, la politique, la morale ou la religion. Mais, dans la mesure où
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j'aurai, par la suite, à traiter de ces sujets, je les traiterai dans le but d'arriver aux principes généraux qui concernent l’évolution mentale, et non dans la pensée de recueillir des faits et des opinions pour eux-mêmes, pour leur intérêt in trinsèque au point de vue purement historique.
M'apercevant que le labeur nécessaire pour cette tâche, même ainsi limitée, est beaucoup plus grand que je ne le croyais originellement, ii me paraît qu’il y aurait des inconvénients à retarder la publication jusqu'au moment où j'aurai achevé l’œuvre entière. Je me suis donc décidé à publier celle-ci par parties successives, et ce volume en constitue la première. Comme l'indique le titre, elle n’a trait qu'à l’origine des facultés humaines. Dans les autres parties, je traiterai de l'intelligence, des émotions, de la volonté, de la morale et de la religion. Plusieurs années, toutefois, s’écouleront avant que ie ne puisse publier celles-ci, bien que quelquesunes d’entre elles soient déjà fort avancées.
À l'égard du volume que voici, il suffira de faire remarquer qu’au point de vue de la controverse, c’est peut-être la partie la plus importante. Si une fois on a démontré que la pensée conceptuelle prend naissance dans des antécédents non conceptuels, la grande majorité des lecteurs compétents de notre époque sera disposée à admettre qu'il n'existe plus de barriere psychologique entre l’homme et l'animal. C'est pourquoi j'ai consacré à mon étude de cette origine des facultés humaines un espace qui pourrait autrement sembler disproportionné, — disproportionné, veux-je dire, par rapport à celui qui sera consacré à la question du développement de ces facultés selon les différentes directions énoncées plus haut. En outre, dans le présent volume, je m’occuperai surtout de la psychologie de mon sujet, me réservant, dans la pertie qui suivra, de traiter avec détails la question des arguments qui viennent indiquer ce que fut la condition mentale et sociale de l’homme primitif, et qui sont empruntés d'une part à l'étude des restes de celui-ci, et de l’autre à
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l'étude des sauvages act.els. Même ainsi limitée, la matière de ce volume sera plus étendue que ne s’y attendraient la plupart des lecteurs. C’est qu'en effet, il me parait que cette matière n’a point été analysée par les psychologues comme elle l’aurait pu être, à beaucoup près, et comme, en regard de la théorie générale de l’évolution, elle l’eût certainement dû. Mais j'ai partout essayé d'éviter les longueurs inutiles, persuadé que je suis que l'intelligence de quiconque me lira pourra apprécier la signification des points importants sans qu’il soit besoin que je m'y arrête longuement. Les seuls points sur lesquels je sens que l’on peut avec raison me à reprocher des redites inutiles sont ceux où.je cherche à # rendre pleinement intelligibles les points nouveaux de mon analyse. Mais, même ici, je ne prévois point que les lecteurs, à quelque catégorie qu'ils appartienrent, se plaindront des L efforts que je fais pour leur faciliter l'intelligence d'un sujet quelque peu ardu.
Comme personne n’a encore traité de ces questions, je me suis trouvé contraint de créer un certain nombre de
termes nouveaux, dans le but, à la fois, d'éviter des circonlocutions incessantes et de faciliter l'analyse. Je regrette cette nécessité, pour ma part, et je ne m'y suis rendu que dans les cas où elle m'a paru impérative. Je ne crois pas, en | somme, que les critiques hostiles puissent juger l’un queliconque de ces termes inutile au but que je me propose. Tout travailleur est libre de choisir ses outils, et, s’il n’en trouve point de tout faits qui conviennent à son but, il n'a Id'autre ressource que de s’en forger comme il peut. À quiconque accepte déjà la théorie générale de l’évolu- | tion il semblera assurément que j’entre, dans ce volume, en Do des détails inutilement minutieux. Je suis entièrement D d'accord avec tout évolutioniste qui aura l'impression que je dresse des béliers pour enfoncer des portes déjà ouvertes ; mais je le prierai de se rappeler deux points. Tout d’abord, si évidente et si claire que leur semble être la vérité, cette
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vérité n'est pas, à beaucoup près, acceptée de tous, même parmi les membres les plus intelligents de la société : élant donnée l'importance qu’il y a à établir cette vérité, comme partie intégrante üe la théorie de la descendance, je ne puis penser que le temps ou le travail consacrés à un sérieux effort pour établir cette vérité puissent être considérés comme perdus, quand bien même aux esprits déjà convertis il puisse sembler inutile d’écraser nos adversaires avec tant de minutie et d’une façon aussi impitoyable. En second lieu, je prierai ce lecteur ami de noter que, si la discussion a partout pris la forme d’une réponse à des objections, elle s'étend en réalité sur un domaine beaucoup plus vaste; elle vise non seulement à culbuter le parti hostile, mais encore et surtout à exposer les principes qui ont probablement été en jeu dans « l’origine des facultés humaines ». Le diagramme qui est reproduit d’après mon ouvrage précédent sur l’Évolution mentale chez les Animaux (1), et qui sert à représenter les traits principaux de la psychogenèse à travers le règne animal, se retrouvera dans les volumes qui suivront celui-ci, et sera complété de façon à représenter les phases principales de « l’évolution mentale chez l'homme ».
18, Cornwall Terrace, Regent’'s Park.
Juillet 1888.
(1) Traduction française par H. de Varigny, GC. Reinwald, 1884, Paris.
de tous, même 1 société : élant vérité, comme endance, je ne rés à un sérieux être considérés s déjà convertis saires avec tant En second lieu, la discussion a objections, elle oup plus vaste; ti hostile, mais i ont probablehumaines ».
on ouvrage prémaux (1), et qui psychogenèse à les volumes qui représenter les hez l’homme ».
884, Paris.