‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 2 sur 67 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Reprenant le problème de la Psychogenèse au point où je l'ai laissé dans mon précédent ouvrage, l'Évolution mentale chez les Animaux (1), j'ai, dans le présent traité, à considérer l'étendue entière de i’évolution mentale chez l’homme. Evidemment, le sujet ainsi présenté est si vaste que, dans l’une ou l’autre de ses branches, il peut être considéré comme renfermant l'histoire entière de notre espèce, avec notre développement préhistorique hors des formes inférieures de la vie, comme je l'ai indiqué déjà dans ma préface. Cependant ce n'est pas mon intention d'écrire une histoire de la civilisation, encore moins d'élaborer une hypothèse anthropogenétique. Mon but est simplement de porter dans l’investigation de la psychologie humaine une suite de principes que j'ai déjà appliqués aux tentatives d’éclaircissement de la psychologie animale. Je désire montrer que, dans un département comme dans l’autre, la lumière qui a été répandue par la doctrine de l'évolution est d’une importance que nous commençons maintenant seulement à apprécier, et que, en adoptant la théorie du développement continu d’un ordre d'esprit à l'autre, nous sommes mis en état d'expliquer scientifiquement toute la constitution mentale de l'homme, même dans certaines parties qui, aux générations précédentes, avaient semblé inexplicables.

Pour atteindre ce but, il n’est pas nécessaire que je cherche à entrer dans les détails, dans l'application de ces principes aux

(2) 4 vol. in-8, 1887, traduction française par H. de Varigny (Reinwald). Romanes. Évol. ment, 1

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faits de l’histoire. Je pense, au contraire, qu'un tel essai, fussé-je qualifié pour le faire, tendrait seulement à obseurcir mon exposition de ces principes mêmes. C'est assez que je trace l’action de ces mêmes principes, en contours pour ainsi dire, et je laisse à l'historien de profession la tâche de les appliquer dans iles cas spéciaux.

Cet ouvrage étant ainsi un traité de la psychologie humaine envisagée au point de vue de la théorie de la descendance, la première question qui se pose est évidemment celle des preuves montrant que l'esprit humain dérive des facultés mentales telles que nous les rencontrons chez les animaux inférieurs. Et ici, je pense, ce n'est pas trop de dire que nous touchons à un problème qui n'est pas simplement le plus intéressant de ceux qui se trouvent dans le domaine de mes recherches, mais peut-être le plus intéressant de ceux qui aient jamais été soumis à l'esprit de l'homme. S'il est vrai que « l'étude naturelle de l'humanité soit l'étude de l'homme », assurément l'étude de la nature n'a jamais pénétré jusqu'ici dans un domaine aussi important à tous les points de vue que celui que notre propre génération a pour la première fois abordé. Après des siècles de conquêtes intellectuelles dans toutes les régions des phénomènes de l'univers, l'homme a, à la fin, commencé à trouver qu'il pouvait appliquer d'une mauière nouvelle et inattendue l’adage de l'antiquité « Connais-L:i toi-même », car il a commencé à comprendre qu'il est très probable, sinon absolument certain, que sa propre vie naturelle est identique par la forme et par la nature avec toute autre forme de vie, et que même le côté le plus surprenant de sa propre nature, la plus surprenante de toutes les choses à la portée de ses connaissances, l'esprit humain lui-même, n’est que le sommet d'un arbre puissant dont les racines, la tige et beaucoup de branches sont cachées dans l’abîime des temps planétaires. C'est pourquoi avec le professeur Huxley on peut dire que « l'importance d’une telle recherche est en vérité intuitivement manifeste. Ramené face à face avec des images vagues de luimême, le moins réfléchi des hommes éprouve une certaine secousse due peut-être moins au dégoût inspiré par l'aspect de ce qui paraît comme une insultante caricature qu'à l'éveil d’une soudaine et profonde défiance des théories consacrées par le

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On se rappellera que, dans l'Introduction de mon précédent ouvrage, j'ai déjà brièvement esquissé la manière dont j : propose de traiter la question. ie En conséquence, il suffira de faire remarquer que je cor mençai par admettre la vérité de la théorie générale als ps

Gi dde Place in Nature, p. 59.

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dance, en ce qui concerne le règne animal, au double point de vue de l'organisation mentale et de l’organisation corporelle. Mais en faisant ceci, j'exclus expressément l’organisation mentale de l’homme, comme constituant un département de la psychologie comparée au sujet duquel je ne me sentais pas en état d'admettre les principes de l’évolution. La raison pour laquelle je fis cette exception spéciale, je l'ai suffisamment expliquée, et j'en viendrai à présent, sans autré préambule, à une étude complète du problème qui est devant nous.

Premièrement, considérons la question a priori. En accord avec notre hypothèse originelle sur laquelle tous les naturalistes modernes de quelque renom s'accordent, le processus de l’évolution organique et mentale a été continu dans tout le domaine physique et psychique, sauf une seule exception, celle de l'esprit de l’homme.

Par analogie, il nous paraît a priori improbable que l’évolution, ailleurs si uniforme et constante, ait été interrompue à sa phase dernière, et, donnant une plus large extension à cette analogie, la présomption a priori qui s'élève est si considérable qu'à mon avis elle ne peut être contrebalancée que par quelques faits puissants et évidents, dénotant entre les psychologies humaine et animale une différence si nette qu'il soit pour ainsi dire virtuellement impossible que l’une ait jamais pu se développer en l’autre. Voilà une première considération.

Ensuite, nous tenant toujours sur le terrain de l’a priori, il est certain que la psychologie humaine, dans le cas de chaque individualité humaine, présente à l'observation directe une suite de développements graduels, une évolution s'étendant de l'enfance à la virilité, et que, dans cette succession qui commence à un niveau zéro de la vie mentale et peut arriver au point culminant du génie, il n’y a nulle psrt, et nulle part il n’a été observé un saut tel que le passage d’un ordre d’être psychique à un autre pourrait en présenter. En conséquence, c'est un fait d'observation que l'intelligence humaine diffère, Fille ou non de celle des animaux par la nature, on doit certainement admettre pour elle un développement graduel à partir d’un niveau zéro. Ceci, je le pose comme la seconde considération.

En outre, tant qu'il r‘sse à travers les phases supérieures de

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son développement, l'esprit humain s'élève à travers une échelle de facultés mentales qui sont semblables à celles qui sont, en permanence, présentées par les espèces psychologiques animales.

Un regard sur le diagramme que j'ai placé au commencement de mon précédent ouvrage servira à montrer combien le développement de l'esprit humain individuel suit l’ordre de l'évolution mentale dans le règne animal, tant au point de vue quantitatif qu'au point de vue qualitatif.

Et quand nous nous rappelons que, dans tous les cas jusqu'au niveau où ce parallèle finit, le diagramme en question est l'expression non d'une théorie psychologique, mais d'un fait psychologique bien observé et incontestable, je pense que chaque être doué de raison peut admettre que, quelle que soit l’explication de cette remarquable conformité, il doit être admis une explication quelconque, en dehors du simple hasard. Mais s’il en est ainsi, la seule explication valable est celle que fournit la théorie de la descendance.

Ces faits, qui constituent ma troisième considération, contribuent encore et, je pense, plus fortement, à augmenter la force de la précédente présomption contre une hypothèse qui suppose que le processus de l’évolution peut avoir été interrompu dans le domaine mental.

Enfin, c’est aussi un fait d'observation, comme je le montrerai dans l'ouvrage qui fera suite à celui-ci, que dans l'histoire de notre race, comme le rapportent les documents, les traditions,les ruines antiques, les instruments de l’âge de pierre, l'intelligence de la race a été soumise à une suite régulière de développement graduel.

La force de cette considération repose dans la preuve qu'elle fournit que, si le cours de l’évolution mentale a pu être arrêté entre les singes anthropoïdes et l'homme primitif, il a repris chez l'homme primitif et a continué depuis, aussi ininterrompu dans l'espèce humaine qu'il l'avait été d'abord dans les espèces animales. Étant donnés ces faits, et simplement a priori, cette supposition me paraît au moins improbable. Dans tous les cas, ce n’est certainement pas la sorte de supposition que les hommes de science seront disposés à regarder avec faveur, car une longue et difficile expérience nous a enseigné que la plus admissible des

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