CHAPITRE X
Dans ce chapitre, je veux m'efforcer de prouver qu'étant donné un perfectionnement suffisant de la faculté de faire des signes pour que la phase dénotative ait été atteinte; qu'étant donné aussi que le jugement s'est élevé jusqu'au niveau où l'esprit énonce une vérité sans être encore suffisamment développé pour être conscient de lui-même en tant qu'objet de pensée, et où, par conséquent, il ne peut encore s'affirmer à lui-même une vérité en tant que vraie ; la réunion de ces deux éléments représente un acte fertilisateur tel que les processus ultérieurs de l'organisation mentale marchent de pair, et atteignent bientôt la phase où se fait la différenciation entre le sujet et l'objet.
Dès maintenant, pour éviter les malentendus, je tiens à préciser que, dans les pages qui vont suivre, je ne m'occupe nullement de la philosophie de ce changenent, et n'ai affaire qu'à son histoire. Du côté philosophique, nul ne peut avoir pour le problème de la conscience plus de respect que je n'en ai, car nul ne peut être plus convaincu que moi de l'impossibilité où nous nous trouvons d'obtenir la solution du sujet ainsi envisagé. En d'autres termes, à l'égard de ce côté de la question, je suis complètement en accord avec l'idéaliste le plus avancé, et j'estime que dans la donnée de la conscience, nous possédons tous, non seulement notre seule connaissance ultime, ou ce qui seul est « vrai dans son propre droit », mais encore le mode d'existence que seul l'esprit humain est capable de concevoir en tant qu'existence, et par suite la conditio sine qua non de la possibilité d'un monde extérieur. Mais, je le répète, je n'ai pas à moccuper de ce côté de la question. L'embryologiste a pour mission de retracer simplement l'histoire du développement de l'être vivant, et, certes, il est fort éloigné de pouvoir jeter la RoyanEs, Évol, ment, 13