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moindre lumière sur les questions plus profondes du pourquoi et du comment de la vie. De même, en cherchant à retracer les progrès par lesquels la conscience est sortie des phases inférieures de l’organisation mentale, je suis aussi éloigné qu'on peut l'être de la possibilité de jeter quelques lumières sur la nature intrinsèque de ce dont j'essaye de retracer la jeunesse probable, Aujourd'hui, tout autant qu'aux jours de Salomon, il est vrai que « de même que tu ne sais point comment les os poussent dans le sein de la femme enceinte, de même tu ignores quelle est la voie de l'esprit ».
Si nous sommes d'accord sur ce fait que c’est chez l'homme seul qu'existe la conscience, c’est chez l'homme seul que nous pouvons chercher des faits relatifs au développement de celle-ci. En outre, comme c’est durant les premières années de l’enfance seulement que l'être humain normal est privé de conscience, l'énoncé ci-dessus implique que c’est dans la psychologie de l'enfant seule qu’il nous faut chercher les faits dont nous avons besoin. Et encore, comme je maintiens que la conscience nait d'un mélange d’un élément-jugement avec un élément-signe (conformément à l'interprétation que j'ai déjà donnée de ces termes), il me faut appuyer cette opinion sur les faits tirés de l'étude de la psychologie de l'enfant. Toutefois, avant d'en venir au cœur du sujet, je crois qu’il sera bon d'étudier ces facultés mentales, qui, existant chez l'enfant et chez l'animal, précèdent chez le premier l'avénement de la conscience et selon moi lui préparent les voies.
Je pense que chacun admettra que la conscience consiste à prêter la mêine sorte d'attention au processus interne ou psychique que celle qui est habituellement prêtée aux phénomènes externes ou physiques ; à concentrer sur les phénomènes subjectifs les mêmes facultés de perception qui sont concentrées sur les phénomènes objectifs. Dans l’un et l’autre cas, le degré de l'attention varie beaucoup, mais ceci n’affecte en rien ma définition psychologique de la conscience.
Je suppose en outre que l’on admettra que dans l'esprit des animaux comme dans celui des enfants, il est un monde d'images jouant le rôle de signes d'objets extérieurs, et si ces images ne fixent pas l'attention à moins d'avoir été évoquées par les asso-
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Néanmoins ce monde d'images témoigne assurément d'une activité interne qui n'est point totalement dépendante d'associa- Wong sensitives fournies par le dehors. J'entends par là qu'une image en appelle une autre, et celle-ci une troisième, et ainsi de suite, bien que, comme je viens de le reconnaître, ceci ne puisse être dû à des actes successifs d'attention intérieure, ou à la contemplation consciente des images connues comme telles. Néanmoins, il existe dans l'esprit des brutes, et sans qu'il soit besoin d'associations immédiates fournies par les objets sensibles présents, un jeu d’idéation interne, bien que non intentionnel, et ceci peut être largement prouvé par les phénomènes du rêve, de l'hallucination, du mal du pays, du regret des amis absents ete phénomènes qui, je l'ai montré au long dans mon précédent ouvrage, ne peuvent s'expliquer que si l’on admet l'existence d'un travail de l’idéation introspective (2).
d'estime qu'il est important de noter la possibilité d'une opération introspective de l’idéation, même en l'absence de la conscience, car beaucoup d'écrivains ont admis sans preuves à l'appui que, sauf au cas où les idées sont intentionnellement considérées comme telles, leur occurrence doit dépendre entièrement d'associations fournies par les objets sensibles présents. Naturellement, il me paraît certain qu’un agent capshle de faire volontairement d'une idée l'objet d’une autre idée, est aussi infiniment plus apte que la brute à faire partir une idée d'une autre, indépendamment de toute stimulation du dehors. Tout mon désir ici est de faire remarquer que l’idéation des animaux n'est point entièrement dépendante de ce stimulus, mais peut, à un certain quoique faible degré, former des chaînes indépendantes et personnelles.
Ce que je veux rappeler ensuite à l'égard de l’idéation des ani-
U A plus haut, chapitres 11 et 1v.
2) Voy. l'Evoluti é tn mentale des Animaux (trad. H. de Varigny), le chapitre sur
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maux, c'est qu'elle n’est point bornée à la simple reproduction dans la mémoire d'objets particuliers d'impressions sensitives, mais qu’elle peut, ainsi que nous l'avons pleinement vu au chapitre ui, subir ce degré d'élaboration mentale qui appartient aux récepts.
En outre, ies bases de la conscience sont constituées en grande partie par ce fait qu'un organisme est un tout rassemblé ; toutes les parties étant mutuellement en relation dans une unité qui est la sensibilité individuelle. Tout stimulas venant du dehors, tout mouvement prenant son origine au dedans, porte avec lui ce caractère d'appartenir à ce qui sent et qui se meut. Par conséquent, un animal, comme un jeune enfant, a appris à distinguer ses propres membres, et aussi tout son corps, de tous les autres objets. Il sait comment éviter les sources de douleur, comment rechercher les sources de plaisir, il sait encore que des mouvements particuliers suivent des volitions particulières, et qu’en relation avec ces mouvements, il ressent constamment les mêmes sensations musculaires. Naturellement cette connaissance et cette expérience sont d'ordre réceptuel, mais ceci n'empêche qu'ils ne jouent un rôle important, en ce qu'ils jettent les fondations d’une conscience d'individualité (1).
Enfin, et je crois qu’au point de vue qui nous préoccupe, ils ont plus d'importance encore que beaucoup des antécédents cidessus désignés, un nombre proportionnellement considérable des récepts des animaux se rapporte non à des objets sensitifs, ni même à des sensations musculaires, mais aux états psychiques d'autres animaux. Geci veut dire que la logique des récepts, même chez les animaux, est suffisante pour permettre à l'esprit d'établir des analogies exactes entre ses propres étais (bien que ceux-ci re soient point encore l'objet d'une attention distincte, ou de ce qu’on peut appeler une connaissance subjec tive) et les états correspondant d’autres esprits. Je ne m'arrélerai pas sur ce fait, car il me paraît établi par l'observation de tous que les animaux interprètent habituellement, et correctement.
(1) Selon Wundt, la plus importante des conditions de la genèse de la conscience est fournie par le sens musculaire dans les actes de mouvement volontaire (Vor/esungen über die Menschen und Thierseele, chap. xviu). Tout en pensant, comme lui, que c'est là une condition de grande importance, je considère les autres ci-dessus mentionnées comme en ayant tout autant, sinon plus encore,
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l'état mental d'autres animaux, et qu'ils savent bien que d'autres animaux sont pareillement aptes à interpréter le leur propre, ainsi qu'il ressort du fait qu'ils pratiquent la ruse, la dissimulation, l'hypocrisie, etc. (4).
Ceci nous amène à la conclusion générale que les animaux intelligents ont connaissance d’un monde d'éjects aussi bien que d’un monde d'objets; l'existence mentale leur est connue éjectivement, Lien que l’on puisse concéder qu'elle ne fait jamais l'objet d'une réflexion subjective (2).
Il importe en outre de remarquer qu'à cette phase de l'évolution mentale, l'individu, qu'il soit animal ou enfant, réalise suffisamment sa propre individualité pour apprendre par la logique des récepts qu'il est une unité d'une catégorie. Je n'entends point par là dire qu'à cette phase l'individu réalise sa propre individualité, ou tout autre, en tant que telle. Mais il reconnaît le fait qu'il est un d’entre plusieurs organismes vivants, similaires quoique distincts. Par les luttes, les rivalités, le sentiment de la punition vraisemblable ou de la vengeance, etc., simprime sans cesse sur l'esprit de l'animal La vérité qu'il est une individualité séparée, et ceci, bien qu'il soit accordé que l'animal n’est jamais apte, fût-ce le plus vaguement du monde, à réfléchir sur sa propre individualité. De la sorte se produit une sorte de «conscience extérieure » qui diffère de la conscience véritable ou intérieure, uniquement par le fait qu'aucune attention n’est dirigée sur les états psychiques et internes en tant que
(1) Voy. Intelligence des Animaux.
(2) L'exemple qui suit sert bien à montrer l'existence de l’idéation éjective chez l'animal ; il le fait d'autant mieux peut-être qu'il est plus familier. Je cite d’après l'Espèce Humaine de de Quatrefages, pages 20-21. « Je demande la permission, ici, de rappeler mes luttes avec un mastiff de race pure, et qui avait atteint l’état adulte, demeurant toutefois très jeune de caractère, Nous étions très hons amis, et jouions ensemble, Aussitôt que je me mettais en attitude défensive devant lui, il sautait sur moi avec toutes les apparences de la fureur, saisissant dans sa gueule le bras que j'employais comme bouclier. Il aurait pu faire des marques profondes sur mon bras à la première attaque, mais jamais il ne le serra d’une façon qui pût provoquer la moindre douleur, Je prenais souvent sa mâchoire inférieure, mais jamais il ne se servit de ses dents comme pour me mordre, mais pourtant, la minute d’après, ces mêmes dents laissaient l'empreinte sur un morceau de bois que j'essayais de lui arracher, L’animal savait évidemment ce qu’il faisait quand il simulait une passion exactement opposée à celle qu'il ressentait réellement, quand, même dans l'excitation du jeu, il restait suffisamment maître de lui-même et de ses monvements pour éviter de me faire du mal. En réalité, il jouait un rôle dans une comédie, et nous ne pouvons faire ceci sans en ètre conscients. »
tels. Cette conscience extérieure nous est familière à tous, même chez l'adulte, car il est relativement rare que dans notre activité quotidienne nous nous arrêtions pour contempler les processus mentaux dont cette activité est l'expression. S'il en "st ainsi, nous nous trouverons dars la nécessité d'établir dans notre analyse de la conscience la distinction que nous avons eu à établir déjà dans nos analyses des autres facultés mentales. Il y a une conscience réceptuelle, et il en est une conceptuelle. Sans doute, c'est à la dernière catégorie seule que le mot s'applique strictement, de même que le mot jugement ne convient réellement qu'à la dénomination, ou à la prédication conceptuelle. Touiefois, ici comme auparavant, nous ne devons point ignorer une portion importante de l'esprit uniquement parce qu'elle n'a point été jusqu'ici enregistrée (1).
La conscience réceptuelle ou extérieure consiste donc en la reconnaissance pratique du soi en tant qu'agent actif et sensible. La conscience intérieure ou conceptuelle est la reconnaissance introspective du soi, en tant qu'objet de connaissance, et, par suite en tant que sujet. De là suit qu'une forme de conscience diffère de l’autre en ce qu’elle n’est qu'objective, et n’est jamais subjective (2).
(1) Elle n’a toutefois pas été entièrement ignorée. M. Chauncey Wright a clairement reconnu l’existeuce de ce que je nomme la conscience réceptuelle et lui à
donné le noin adopté plus haut de « conscience extérieure » (voir son Evolution of
Self-Consciousness). Darwiu semble également avoir reconnu cette distinction dans le passage suivant: « ‘ans doute, il faut admettre que nul animal n’est conscient, si nous entendons par ce mot qu'il réfléchit sur des points tels que son origine et sa destinée, la vie et la mort, ete. Mais comment pouvons-nous être assurés qu'un vieux chien doué d'une excellente mémoire et de quelque imagination, comme le montrent ses rèves, ne réfléchit jamais à ses plaisirs ou douleurs des chasses passées ? Ce seràit ici une forme de conscience, » (Descendance p. 83.) Naturellement un psychologue peut protester contre l'emploi du mot réfléchit dans ce passage, mais il me paraît définitivement prouvé par les faits de mal du pays, et de regret des amis absents, auxquels il a été fait allusion, que cette sorte de réflexion réceptuelle existe réellement chez le chien.
(2) A ce sujet, la phrase très importante qui suit, de Wundt, mérite d’être citée: « Si nous sommes renvoyés principalement à l'Empfindung en tant que poini de départ de tout le processus de développement, il faui pareillement que les débuts de cette différence entre le moi et Les circonstances soient donnés dans celle-ci. » Vorlesungen uber die Menschen und Thierseele, p. 287. Et à l'objection qu'il ne saurait y avoir de pensée sans connaissance de la pensée, il réplique qu’antérieurement au moment où existe la connaissance de la pensée, il doit exister un ordre de cogitation parallèle à l'ordre de perception qui précède l'avènement de la conscience : par exemple, des idées réceptuelles au sujet de l’espace, avant qu'il n'existe une connaissance conceptuelle de ces idées en tant que telles,
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Je considère donc comme établi que la conscience véritable ou conceptuelle consiste à prêter la même sorte d'attention aux opérations psychiques introspectives qu'aux opérations psychiques extérieures ; que dans l'esprit des animaux et des enfants, il est un monde d'images servant de signes des objets extérieurs, bien que nous puissions accorder que, pour la plupart, elles ne sont guère susceptibles d’être rappelées par l'association sensitive; qu'à cette phase de l’évolution mentale, la logique des récepts comprend également un monde éjectif et un monde objectif; et qu'ici aussi, nous avons la reconnaissance de l'individualité, dans la mesure où celle-ci est dépendante de ce que l'on a appelé une conscience extérieure, ou la conscience du soi en tant qu’agent actif et sensible, sans la conscience du soi en tant qu'objet de pensée, c’est-à-dire en tant que sujet.
Telles étant les conditions mentales qui précèdent la genèse de la véritable conscience, nous pouvons maintenant considérer l'enfant pour y trouver des preuves des phases ultérieures de l'évolution graduelle de cette faculié. Tous les observateurs sont d'accord pour reconnaître que, pendant un temps fort long après que l'enfant est capable d'employer des mots en tant qu'exprimant des idées, il n’y a point encore de rudiments de la conscience véritable. Mais pour commencer notre examen avant cette période, à l’âge d’un an, l'enfant ne connaît pas même son propre organisme en tant que partie de lui-même, ou plus correctement, en tant que partie ayant des relations spéciales avec ses sensations. Le professeur Preyer a remarqué que son fils, ayant déjà plus d’un an, mordit son propre bras exactement comme s’il eût été un corps étranger ; on peut dire qu’il avait encore moins conscience d'un membre comme appartenant à lui-même que ne l'avait le perroquet de Buffon qui commençait par se demander à lui-même sa propre patte, et ensuite acquiesçait à la demande, en mettant la patte dans son propre bec, exactement comme il l’eùt donnée à n'importe qui la lui eût demandée de la même façon.
Plus tard, quand la conscience extérieure dont il a été déjà parlé a commencé à se développer, nous voyons que l'enfant, comme l'animal, a appris à associer son propre organisme avec ses propres états psychiques, de telle façon qu'il reconnaît son
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corps comme appartenant d’une manière spéciale au moi, dans la mesure où le moi peut être reconnu dans la logique des récepts ; c’est là la phase que nous rencontrons chez les animaux. Puis l'enfant apprend à parler, et, comme nous pouvions nous y attendre, cette première traduction de la logique des récepts
+ le fait que jusque-là il n'est point de conscience éntrospective; l'enfant n'a prêté jusque-là aucune attention à ses propres états psychiques, il n’a pu que sentir qu'il les sent, et le résultat est que l'enfant se parle à lui-même comme à un objet, se servant de son nom propre, ou de la troisième personne. Ceci revient à dire que « l'enfant ne se place point encore en opposition avec tous les objets extérieurs, y compris toutes les autres personnes, mais se considère comme un d'entre plusieurs objets (1). »
Le changement de la phraséologie de l'enfant qui cesse de parler de soi en tant qu'objet, pour en parler en tant que sujet, se produit rarement, et le plus souvent ne se produit pas, avant la troisième année. Quand il s’est effectué, nous avons des preuves définies d'une conscience véritable, bien qu’encore rudimentaire. Il est même probable que cette modification ne se ferait point aussi tôt si elle n’était facilitée par le «milieu social », car, comme le fait remarquer M. Sully, « la relation du moi et du non-moi, comprenant celle qui existe entre le 7e et le vous, est constamment imposée à l'attention de l'enfant par le langage des autres » (2).
Mais, prenant cette grande modification à l'époque de la vie où elle est positivement en voie de développement, nous allons chercher à retracer les phases de ce dernier.
Il me semble certain que chacun accordera que, jusqu'au moment où l'enfant commence à parler, tout au moins, il ne pos-
(4) Sully, loc. cit., p. 376. V. aussi Wundt, loc. cit., I, p. 289. IL montre que cette façon de parler de soi-même à la troisième personne n’est pas due à « l'imitation », mais lui est au contraire opposée, car « mille fois l'enfant entend que st aînés ne parlent point ainsi d'eux-mêmes ». L'enfant entend ceux-ci l'appeler à M troisième personne, et en ceci il les imite, mais limitation que nous trouvons iti indique seulement le fait que jusque-là l'enfant n’a point distingué son moi-ohjet de son moi-sujet, C’est plus tard seulement, quand cette distinction a commencé À se faire, que, par imitation, l'enfant commence à appliquer à son moi la première personne, comme le font les autres moi (maintenant reconnus par l'enfant en tai que tels), et comme il les entend faire.
(2) Loc. cit., p. 371.
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sde aucun rudiment d'une conscience véritable ou introspective de soi; l'on m'accordera encore que, lorsque cette conscience commence à poindre, l'emploi de la parole par l'enfant peut être pris comme exposant clairement tous ses progrès ultérieurs. Nous avons déjà vu que, bien longtemps avant d'employer des mots quelconques indiquant même les débuts de la conscience de soi en tant que soi, l'enfant sait assez se servir du langage pour former des propositions implicites. Ne voulant point que l'on puisse croire mon jugement en cette matière rendu partial par les exigences de mon raisonnement, je veux citer encore une fois M. Sully, qui est en même temps un témoin impartial, et une autorité des plus compétentes en matière de doctrine purement psychologique.
« Quand un enfant de dix-huit mois, en voyant un chien dit: baouaou, ou en prenant sa nourriture, dit : of (pour hot, chaud), ou, en laissant tomber son jouet, dit : dow (pour down, en bas), on peut dire qu'il formule implicitement un jugement : cela est un chien, ce lait est chaud, mon jouet est par terre. Les premiers jugements explicites ont trait à des objets individuels.
«L'enfant note quelque chose d’inattendu ou de surprenant dans un objet, et exprime le résultat de son observation dans un jugement : ainsi par exemple le petit garçon dont il a été plusieurs fois parlé, et que nous appellerons C. formula son premier jugement distinct à l'âge de dix-neuf mois, en disant: dit ki (pour sister is crying, Sœur pleure). Ces premiers jugements se rapportent principalement à la nourriture de l'enfant, ou à d’autres objets d'importance essentielle. Ainsi, parmi les premières tentalives faites par C., pour réunir des mots en propositions, étaient ls suivantes : a in milk (quelque chose de mauvais dans le lait); mi74 dare now (lait là encore dans la tasse). Vers la fin de là second: année, de nombreux jugements s'expriment, qui se 'apportent aux particularités des objets qui impresionnent ou Surprennent l'esprit, quise rapportent à leurs modifications de situation dans l’espace, etc. Parmi ceux-ci, je citerai les sui- Yants: dat a big bow-wow (ça, un gros chien) ; dit naughty (Sœur méchante); dit dow ga (sœur sur gazon). À mesure que ls facultés d'observation se développent, l'intérêt que porte l'enfant aux objets s'accroît, le nombre de ses jugements aug-
mente, et, à mesure que sa faculté d'isoler les relations, d'énncer et de combiner des mots se développe, il se lance dans des pronosilions plus complexes comme « maman méchante, dire cela (1). »
S'il le fallait, je pourrais confirmer toutes ces affirmations au moyen de mes propres notes sur le développement de l'intelligence des enfants, mais je préfère, pour la raison déjà donnée, citer ces faits d’après un témoin impartial; ce sonten effet, àmon avis, des faits de la plus haute importance à l'égard de notre présent sujet, comme je vais le montrer immédiatement.
Nous possédons des preuves certaines établissant que che l'enfant en voie de développement, il existe une faculté, non seulement de former, mais d'exprimer un jugement pré-conceptuël longtemps avant qu'on ne puisse démontrer l'existence chez l'enfant du moindre rudiment de conscience interne, conceptuelle ou véritable.
En d’autres termes, il faut admettre que bien avant le moment où l'esprit lui-même est suffisamment développé pour percevoir des relations en tant que telles, ou pour énoncer une vérité en tant que vraie, il est apte à percevoir les relations, ou à énoncer la vérité. La logique des récepts opère ici sur ces jugements réceptuels supérieurs que j'ai nommés préconceptuels, et esl apte à exprimer de tels jugements en signes verbaux, sans l'intervention de la conscience véritable, introspective. On se rappelleri que j'aiimaginé ces différents termes pour reconnaître l'objection possible d'après laquelle il ne peut y avoir de véritable jugement ‘sans conscience véritable. Mais peu m'importent les termes qui sont employés pour désigner les phases de développement différentes et successives que je m'efforce en ce moment de mettre en lumière. Tout ce que je désire est de montrer clairement qu nous arrivons ici, incontestablement, à un développement, à ul progrès continu en degré, sans qu'il y ait de différence de nature.
Tout d'abord, notons que dans ces jugements rudimentaires il ! | ‘a déjà un progrès considérable sur ceux que nous avons regardé comme se présentant chez les animaux. Chez l'enfant de deuxol trois ans en effet, nous avons ces jugements rudimentaires, n0!
(4) Loc. cit., p.435-436.
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nt le moment ur percevoir ine vérité en pu à énoncer >s jugement tuels, et esl , sans l'interse rappellera re l’objection
le jugement s termes qu pement diffé de mettre en irement que pement, à ul ce de nature.
nentaires il Y
ons regardés t de deuxou ntaires, n01
seulement formés par la logique des récepts, mais exprimés par ne logique de préconcepts d'une manière qui ne peut se disinguer de la prédication, sauf par l'absence de conscience. Dit dow ga est une proposition à tous les points de vue, sauf ar l'absence de la copule, mais, comme je l'ai montré déjà, ea n'a point d'importance psychologique. L'enfant perçoit un ertain fait, et énonce la perception par des mots, de façon 4 comuniquer, à apprendre le fait à d'autres esprits, exactement omme un animal, dans des circonstances similaires, fera un geste ju un signe vocal, mais, pas plus que l'animal, l'enfant n'est métat de faire à son propre esprit de propos délibéré l'énoncé qu'il fait à un autre. Néanmoins comme l'enfant a maintenant à a disposition un système beaucoup plus efficace de signes que a l'animal, et comme il possède en outre le double avantage de possession héréditaire d’une forte tendance à communiquer ses rceptions par des signes, et de vivre dans le milieu de la jarole, nous pouvons à peine nous étonner de voir ses jugehents pratiques (bien qu’encore inconscients), plus habituellenent exprimés par des signes que ne le sont les jugements praiques des animaux.
Pour les mêmes raisons, nous ne pouvons nous étonner si les Blrases prédicatives de l'enfant, à cet âge, témoignent d'un rogrès considérable sur les phrases similaires chez le perroquet,
nce sens que les sujets et les prédicats ne sont plus liés nemble dans des phrases particulières, ou, pour reprendre
otre comparaison, ne sont plus stéréotypées dans des phrases ece genre, mais peuvent être utilisées comme des caractères obiles, de facon à construire par différentes combinaisons Due une variété de phrases différentes. Pour un niseau parleur,
mme nous l'avons vu, une phrase n'est pas plus, au point
tvue de la signification, qu'un mot unique, alors que pour afant, à la phase que nous considérons actuellement, c'est coup plus : c'est le véhicule fait de différentes pièces indé-
‘ndantes, assemblées en vue de la transmission d’une signi-
“ation particulière qui peut n'avoir jamais été transmise ni par le phrase, ni par une autre phrase quelconque, auparavant.
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