‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 46 sur 67 · Craindre. 120. Faire · texte numérisé non relu

Craindre. 120. Faire

1, Rafraîchir. 121. Être.

« Ces cent vingt et un concepts constituent les éléments grâce axquels toute pensée qui a jamais pu passer à travers l'esprit de l'Inde, dans la mesure où elle nous est connue par sa littérature, a dû s'exprimer. Il aurait été facile de réduire encore son ombre, car il en est plusieurs qui auraient pu être rattachés ensemble à des concepts plus généraux. Mais je laisse à d'autres k soin d'opérer cette réduction, me contentant d’avoir dans lle première tentative montré combien un petit nombre de gaines peut produire, et a produit, la colossale végétation intelkctuelle qui a couvert le sol de l'Inde depuis la plus haute antiquité jusqu'à l'époque actuelle (1). »

Le premier fait qui nous frappe, à la lecture de cette liste, c'est Quelle corrobore indubitablement la conclusion de son auteur quand il dit que « si la science du langage a prouvé quelque those, elle a prouvé que tout mot qui est appliqué à une idée ou Wobjet en particulier (si ce n'est un nom propre) est déjà un krme général ». Ge qui frappe ensuite, immédiatement, c'est que telle liste, étonnamment courte comme elle l’est, est cependant Daucoup trop longue pour que nous puissions l'interpréter tomme étant dans un sens intelligible des mots un inventaire de ‘toncepts originels », à moins que par « originels » nous n’'enkndions désigner les résultats ultimes de l'analyse philologique. Deux faits prouvent abondamment que tous ces concepts ne sont Point « originels », et ne représentent pas l'idéat n de l'homme Waiment primitif.

11) Science of Thought, p. 349.

Le premier, c’est que l’on pourrait en supprimer un tiers sans qu'il se produisit de lacunes importantes dans les ressources déjà limitées de la liste, pour la communication ou la réflexion,

Cracher, vomir, transpirer, etc., ne sont point des formes d'activité ayant une telle importance vitale pour les besoins del communauté primitive qu'il soit nécessaire que les auteurs originels du langage aient eu hâte de les nommer. En outre, comme M. Max Müller le fait remarquer lui-même ailleurs, « ces cent vingt et un concepts pourraient même être réduits à un beaucoup plus petit nombre s’il nous plaisait de le faire. Quiconque les étudie attentivement verra combien il eût été aisé d'exprimer l'acte de piocher par celui de couper ou de frapper, l'acte de mordre par celui de couper ou d'écraser, l'acte de traire par celui de presser, l'acte de glaner par celui de cueillir, l'acte de voler par celui de soulever... Si nous voyons combien de buts spéciaux peuvent être remplis par une seule racine comme Z (aller) ou Ps (attacher, fixer), l'idée qu'une douzaine de racines eût pu fournir toutes les richesses de notre dictionnaire ne paraît nullement en elle-même être aussi ridicule qu'on le suppose souvent (1). »

En second lieu, une proportion considérable de ces mots se rapporte à un degré de culture déjà fort supérieur à celui qu existe chez la plupart des sauvages actuels. « Beaucoup de concepts tels que ceux de cuire, rôtir, mesurer, habiller, orner appartiennent évidemment à une phase plus récente de la vie civilisée (2). » On pourrait ajouter avec raison que les concepts tels que piocher, tresser, traire, indiquent une vie pastorale, te qui, comme nous le savons, par des preuves abondantes, représente un niveau relativement élevé dans l’évolution sociale (3).

(1) Science of Thought, p. 551-552.

(2) Ibid., 551-552,

(3) « Les langues aryÿennes sont les langues d'une race civilisée; la langü maternelle à laquelle nous pouvons par induction les rattacher était parlée pa des hommes d'un degré de culture relativement élevé. » (Sayce, Introduction, 1,5.

« La tribu primitive qui parlait la langue mère de la famille indo-européennt

n'était point uniquement nomade, elle avait des demeures fixes, et mème des villes &

et places fortifiées, et s'adonnait en partie à l'élève du bétail, en partie à l'agrculture, Elle possédait nos principaux animaux domestiques, le cheval, le bœuf, chèvre, le porc et le chien; l'ours et le loup étaient les ennemis qui ravageaient ses troupeaux. La souris et la mouche étaient déjà des fléaux domestiques. Le seigle, et peut-être aussi Le froment, étaient cultivés pour l'alimentation, et transformés el farine, Une boisson alcoolique était extraite du miel pour réjouir et enivrer ; l'emph de certains métaux était connu, mais on ne suit si le fer étai’ de ceux-ci, On savail

Mais si bea possible, à qui nous g celte garai les meille montrent « moins élev d'autres ter toncepts ne analysés pli comme nou langage arti Néanmoir cation, en vraisemblah me depuis :

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Mais si beaucoup de ces concepts se rapportent ainsi, sans doute possible, à un état demi-civilisé bien distinct de l'état sauvage, qui nous garantit que les autres sont originels? Evidemment tte garantie nous manque, mais, au contraire, nous avons ls meilleures preuves, des preuves éntrinsèques, qui nous montrent qu'ils appartiennent à un degré de culture plus ou moins élevé, fort distant de celui de l’homme primitif. En d'autres termes, nous devons conclure que ces cent vingt et un concepts ne sont originels qu'en ce sens qu'ils ne peuvent être analysés plus loin par les philologues ; ils ne sont point originels comme nous rapprochant d’une facon mesurable des origines du langage articulé (1).

Néanmoins, ils ont une grande valeur et une grande signication, en ce qu'ils nous amènent à une période d'idéation vraisemblablement restreinte, comparée au développement énorme depuis atteint par différents rameaux de cette source indoeuropéenne, dans la mesure, du moins, où l'état du langage peut être considéré comme une expression sincère de ce développement. Ils sont encore d’une importance extrême en ce qu'ils montrent en combien peu de temps, vraisemblablement, pour parler au figuré) un développement aussi considérable et divergent peut se faire, qui a pour point de départ un état idéationnel aussi simple et aussi rudimentaire (2). Enfin, ils servent à montrer d’une façon frappante que les idées représentées, bien qu'ayant toutes un caractère général, appartiennent au niveau le moins élevé de la généralité. À peine en est-il

lisser; la laine, le chanvre et peut-être le coton étaient les matériaux employés, les armes offensives et défensives étaient celles qui sont en usage chez tous les peuples primitifs : Le sabre, la lance, l'arc et le bouclier. Ils se faisaient des bateaux qui marchaient à l'aviron.….. Ils savaient compter, au moins jusqu'à 100. IL n’y a pas de mot indo-européen général pour 1000, Quelques-unes des étoiles furent remarquées, et reçurent un nom ; la lune était la principale mesure du temps, Au poin! de vue religieux le polythéisme régnait, le culte des puissances naturelles bérsouniliées, » (Whitney, Language and the Study of Language, p. 207, 208.) Pour plus de détails sur ce peuple intéressant, voir Poescher, Die Arier,

(1) « Nos racines ne sont point les racines primitives ; nous n'avons devant nous deun vocable primitif, originel, pas plus que nous n'avons une signification origielle, » (Geiger, Ursprung der Sprache, p. 65.) Cette opinion, autant que j'en Puis juger, est adoptée comme un axiome par tous les autres philologues,

(2) « Il est impossible de ramener l'époque à laquelle les tribus aryennes habilient encore la mème région, et parlaient la môme langue, à une date beaucoup Plus rapprochée que le troisième millénaire avant l'ère chrétienne, » (Sayce, Introduclion, 11, 320.)

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quelques-uns qui témoignent d'une pensée réfléchie, en tant que distinguée de la nomination des objets de la perception sensitive, ou des plus simples formes d'activité immédiatement connaissables en tant que telles (1). En d’autres mots, peu de ces concepts originels correspondent, dans l'idéation, à un niveau plus élevé que celui où j'ai antérieurement placé ce que j'ai appelé les « récepts nommés », ou « préconcepts ». Un animal muet, ou un enfant, possède une appréciation réceptuelle complète dela plupart des actes que renferme la liste; donc, si une société d'êtres humains pouvait parler, c’est-à-dire présenter la faculté de nommer ces récepts, il est difficile de voir comment elle aurait pu éviter une dénotation des récepts plus importants qui sont en jeu ici.

Un autre trait des plus intéressants, et d'un caractère général, c'est que cette liste se compose exclusivement de verbes (2). Cette particularité des racines ultimes connues de toutes les langues, qui montre qu’elles ont exprimé des états et des actes, et non des objets et qualités, est un trait sur lequel Max Müller insiste beaucoup, mais la conclusion qu'il tire de ce fait n'es évidemment pas justifiée. Cette conclusion, c'est que, comme toute racine exprime «la conscience d’actes répétés tels que ceux de gratter, fouiller, frapper, » etc., la nomination des actions, distinguées des objets, « doit être considérée comme le premier pas dans la formation des concepts ». Dans cette conclusion — et, au surplus, dans tous ses ouvrages, autant que je puis me le rappeler, — Max Müller a entièrement méconnu deux considérations des plus importantes. Tout d'abord, comme cela a déjà été remarqué, il ne tient point compte du fait démontré que les racines en question sont fort éloignées d’avoir été les matériaux originels du langage, tel qu'il a été d'abord (1) Ce fait seul suffirait à écarter ce qui me paraît être à tous les points de vue une absurdité évidente, Je veux parler de la doctrine d’après laquelle « la formation de la pensée est le but premier et naturel du langage, alors que sa communication n'est qu’un fait accidentel » (Science of Thought, p. #0). Un pareil but impliquerait la préformation de la pensée; la doctrine doit donc supposer qu'un but peut précéder les conditions de sa propre possibilité.

(2) J'emploie le mot verbes pour plus de brièveté et de clarté, Naturellement, il ne peut y avoir eu des verbes au sens strict de ce mot tant qu'il n’y aura pas el des parties du langage quelconques. Je m'explique plus clairement dans la phrase

qui suit, et je désire que l'interprétation qui y est donnée soit désormais acceptée peur l’expression abrégée verbes,

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forgé par l'homme primitif — et ceci peut être démontré. En second lieu, il oublie que quels qu'aient pu être ces ftée riaux originels, il a dû, dès le début, y avoir une lutte pour l'existence entre les racines réellement primitives, celles-là seules survivant qui étaient le plus aptes à Sbrae crie racines, c'est-à-dire comme souches originelles de créations verbales ultérieures. Il me semble évident que les mots archaïques — quoique non nécessairement originels — qui exprimaient des actes, auraient eu plus de chances de surviyie comme racines, que ceux qui exprimaient des objets, d'ahotd parce qu'ils avaient plus de chances d’être plus fréquemment employés, et ensuite parce que beaucoup d'entre eux ont dû se prèter plus aisément à l'extension métaphorique, principalemené avec un système de pensée animistique (4). Et s'il en “ait ainsi, il n'est rien d'étonnant à ce que les mots signiant des actes aient seuls survécu comme racines (2). ;

La considération d’après laquelle ces mots là seuls qui ont été victorieux dans la lutte pour l'existence, ont pu devenir les pro-

(1) « IL faut se rappeler que l’homme primitif ne distinguait point les phé mènes et les actes de volonié, mais qu'il réunissait les uns et a autre k k nes mème groupe, celui des actions, et non seulement les actions (bvolantai tes d Ex ue humains comme la respiration, mais aussi les mouvements des otiosés-in di e D lever et le coucher du soleil, le vent, l'écoulement de l’eau, et même les ous L Anar PASS tels que le feu, l'électricité, etc. ; bref, tous les en de ibuts des étaie i i V He vai ER dr conçus comme des actes volontaires. » (Sweet, Words, Logic (2) Eu fait, comme nous le verrons ultérieurement, les faits purement philologi dhondent qui prouvent que les verbes sont réellement un produit de dév qi A linguistique beaucoup plus tardif que les noms et pronoms. Ceci est : “ele kur rareté relative dans nombre de langues peu développées, où leur its 48 t, ist par des appositions pronominales, etc, ; on arrive au même Haute He ana ur Mau Rte leur origine dans d’autres parties du Hiuaidee Me Li Fe el au de Garnett; On the Celtic Language, de Pritchard nat A is de À le of Lis ds PA ul and Prepodans , . Soc., vo ; et On the Natur d À 1 of the Verbs, Ibid., vol, II, Plus loin, je montreral ( t Au Hahn le ) , IE, Plus je que dans les phases ré Ho Fes SARL Dai langage, il n'y a point de distinction Re sion mu SE ARE archigiacre Farrar dit avec raison : « L'invention d'un verbe Mure. Le grand etfort que l'invention d'un nom... Nous-ne pouvons mème pas “et Lu a seulement possible que hors de racines signifiant briller, reshs a pu are des noms pour le soleil, la lune, les éloiles, ete, » Dans ve à at $ Lo Müller paraît toutefois adopter l'opinion correcte d'après sos He À Ve racines tenaient lieu de chacune et de toutes les parties du LE agens ent comme le font les expressions monosyllabiques des enfants. Anar "ANGUA ES Di 196, 197; voir aussi quelques bonnes remarques sur et par Sir Graves Haughton, Bengali Grammaï, p. 108.) ”

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géniteurs d. la langue — et peuvent seuls, par conséquent, être arrivés jusqu’à nous sous forme de racines — a une importance plus grande encore à l'égard d'une autre des généralisations de M. Max Müller. Du fait que ses cent vingt et une racines sanscrites expriment toutes des idées « générales » (et per là. il entend ce que j'appelle les idées génériques) il conclut que dès son origine la plus reculée le langage a dû, de la sorte, exprimer des idées générales ; ou, en d’autres mots, que le langage humain n'a pas pu commencer par la nomination d’ebjets particuliers: dès le début, il a dû servir à nommer des « idées ». Natureliement, si la moindre preuve réelle pouvait être invoquée pour montrer qu’il « doit en avoir été ainsi », la plupart des chapitres qui précèdent celui-ci n'auraient pas été écrits. Tout leur but, en effet, a été de montrer que pour des raisons psychologiques, on comprend très aisément comment la phase conceptuelle de l'idéation a pu graduellement évoluer hors de la phase réceptuelle, la faculté de former des idées générales, ou véritablement conceptuelles, dérivant de la faculté de former des idées particulières et génériques. Mais si l'on pouvait montrer, ou seulement rendre probable à quelque degré, que celte faculté distinctement spéciale à l’homme de former des idées véritablement générales a surgi de novo à la première apparition du langage articulé, assurément tout mon travail serait anéanti. L'esprit humain présenterait, dans ce cas, une qualité qui différerait par l’origine, c'est-àdire par la nature, de tous les autres degrés de l'intelligence: à sa phase terminale, la loi de continuité s’interromprait, un abime infranchissable se creuserait entre l'animal et l’homme. En fait. toutefois, non seulement il n’y a pas trace de pareille preuve. ni même de pareille probabilité, mais, comme nous le verrons dans nos deux chapitres suivants, il y à des preuves si uniformes et si écrasantes en faveur de la doctrine exactement opposée, qu'elles ont depuis longtemps amené tous les autres philologues à accepter cette dernière doctrine comme l’un du axiomes de leur science. Nous étudierons ces preuves au moment voulu:il me suffira ici d'indiquer l'insuffisance des preuves sur lesquelles s'appuie Max Müller.

Ces preuves consistent simplement en ce fait que les « cenl vingtetun concepts originels » qui sont incorporés dansles racines

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des langues aryennes expriment des «idées générales ». Cet argument mériterait considération s’il y avait la moindre raison de croire que dans ces racines nous possédons les éléments originels du langage, tel qu'il fut primitivement parlé par l'homme. Mais comme nous savons fort bien que ceci n’est nullement le cas, tout l'argument tombe. Le simple fait que beaucoup de mots qui ont survécu comme racines sont des mots exprimant des idées générales n’est, à tout prendre, qu'un fait auquel nous pouvions nous attendre. Nous rappelant que c'est une condition favorable à la survivance d’un mot sous forme de racine que ce mot donne naissance à une nombreuse progéniture d'autres mots, ce sont évidemment les vocables exprimant les idées de quelque généralité qui ont dù avoir le plus de chances pour arriver ainsi jusqu'à nous, même à partir du niveau relativement élevé de culture qui, nous l'avons vu, est certifié par « les cent vingt et un concepts originaux ».

Naturellement, comme je l'ai déjà dit, si l’on était en droit de supposer, même comme étant une simple possibilité logique, que ce niveau de culture représentait celui de l’homme primitif quand il commença à se servir du langage articulé, ia situation serait différente. Mais toute supposition de ce genre est en dehors du domaine de la discussion rationnelle. Les cent vingt et un concepts eux-mêmes montrent d’une facon évidente qu'ils appartiennent à une époque infiniment plus récente que celle à laquelle pouvait appartenir l'ancêtre alalique de l’omo sapiens ; et dans l’énorme intervalle (quel qu'il ait pu être), de hombreuses générations de mots ont certainement vécu et passé (1).

Ces remarques se rapportent aux exemples relativement rares d'idées générales que présente cette liste des cent vingt et un concepts. Comme je l’ai déjà fait remarquer, on ne trouve point, dans la majorité de ces concepts, un degré de «généralité» supérieur à celui (1) « Étiez-vous présent quand le premier son articulé sortit de la poitrine de l'homme primitif? L'avez-vous compris ? Ou vous a t-on, à 100.000 ans de distance, transmis les racines originelles de ce premier homme ? Ce que vous nous montrez tomme des racines — et qui constitue réellement des racines — sont-ce les racines Primitives, les sons reflexes, purs, et sans altération ? Les racines ont-elles plus de 6,000 où de 10,000 ans ? Et quelles modifications n'ont pu subir les racines primi-

lives au cours des premiers âges, combien leur signification n’a-t-elle pas changé ? » (Sleinthal, Zeits, b. Votkerpsych. u, Sprachwiss, 1867, p. 76.)

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