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à supposer qu'un recept nommé ne fût à l'origine qu'un mot employé pour désigner une idée « particulière », distinguée d'une idée « générique », évidemment il n’eût eu qu'une faible chance de survivre sous forme de racine s’il n'avait au préalable subi un degré d’ex'ension suffisant pour devenir ce que j'ai appelé réceptuellement connotatif. Un nom propre, par exemple, n'a pas pu, comme tel, devenir une racine. Ce n’est que lorsqu'il a été étendu à d’autres personnes, ou objets, de même classe, qu'il a pu avoir une chance de survivre, comme racine, dans la lutte pour l'existence. En fait, il me paraît très probable, — non seulement d’après des conditions générales, mais aussi d’après l'étude des noms que les enfants inventent spontanément dans leur langage — que le langage originel nommait simultanément les idées particulières et les idées génériques, c'est-à-dire les percepts individuels et les récepts. On se rappellera qu'au chapitre, en parlant de la logique des récepts, j'ai asssez longuement insisté sur ce point. [Il me suffira donc, ici, de rappeler la conclusion à laquelle mon analyse m'avait conduit.
« Une idée générique est une idée générique parce que les idées particulières dont elle est composée présentent des ressemblances si évidentes qu'elles fusionnent spontanément dans la conscience ; mais une idée générale est générale pour la raison exactement opposée; elle est générale parce que les points de ressemblance qu'elle a saisis ne sont point appréciables à la perception immédiate, et par là n'auraient jamais pu se fusionner dans la conscience sans le secours de l'abstraction intentionnelle, ou de }'aptitude de l'esprit à se fixer sciemment sur ses propres idées en tant qu'idées. En d'autres termes, la sorte de classification dans laquelle interviennent les récepts est celle qui se rapproche le plus de la sorte de classification don dépendent aussi tous les processus de soi-disant inductions perceptuelles : telle l'erreur de prendre un bol pour une sphère. Mais ia sorte de classification qui se rapporte aux concepts est celle qui ressemble le moins à ce groupement purement automàtique des perceptions. Sans doute, il y classification dans les deux cas, mais dans l’un elle est due à l'étroitesse des r'essni-
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Naturellement, il va sans dire que cette étroitesse des ressemblances dans l'acte perceptuel peut être due, ou bien à des similitudes dans les perceptions sensitives elles-mêmes (comme lorsque l'on voit la ressemblance de la couleur du rubis avec celle du sang de pigeon), ou à la fréquence de leurs associations dans l'expérience (comme lorsque l'oiseau de mer groupe en un recept unique les différentes sensations dont l'ensemble constitue la perception de l’eau, et classifie génériquement l'eau comme un milieu dans lequel on peut plonger). Si nous nous rappelons ces faits, pouvons-nous nous étonner que la paléontologie du langage prouve que les racines primitives ont surtout exprimé des idées «génériques », distinguées des idées « générales » d'une part, el des idées « particulières » de l’autre ? En n'observant point cette distinction réelle entre la classification réceptuelle et la classifi- «ation conceptuelle, l’une donnée immédiatement par l'acte de à perception même, l’autre élaborée de propos délibéré par la pensée introspective, Max Müller appuie toute son argumenlation sur une distinction autre et mal fondée ; partant, il considère le fait de donner un nom comme constituant en luimême une preuve suffisante de pensée conceptuelle, et il fait de la faculté de dénoter, aussi bien que celle de dénommer, k critérium distinctif de l'esprit conscient de soi. Mais, omme nous l'avons maintenant vu à lant de reprises, tel d'est certainement pas le cas. Des actes et processus aussi habiluels, ou aussi immédiatement apparents à la perception que le sont ceux auxquels se rapportent la grande majorité de ces cent vingt et un concepts, ne témoignent pas d'un ordre d'idéation supérieur à l’ordre préconceptuel, grâce auquel un jeune enfant peut donner une expression à sa vie réceptuelle supérieure, antérieurement à l'avènement de la conscience de soi. Ou encore, tomme le dit fort bien Geiger : « Dans les cas isolés, on n’en peut guère douter, les caractères génériques sont nés de la pauvreté de la distinction (2). »
(1) Voir ci-dessus, p. 68.
À) Ursprung der Sprache, p.74. Je puis encore citer Wundt qui, d'autre part, et 4 point de vue psychologique, s'exprime ainsi: « On a souvent, à cause de cela,
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Si nous considérons en outre l’analogie plus étroite encore fournie par les sauvages, nous avons une nouvelle corroboration de cette opinion. C'est ainsi que M. Sayce fait remarquer que dans « tous les dialectes sauvages et barbares, les termes généraux sont aussi rares que sont surabondants les noms correspondantaux objets sensitifs individuels », etil en cite un certain nombre d'exemples remarquables (/néroduction, I, p. 5, 6).
Étant données ces considérations, la seule chose qui m'étonne est que ces cent vingt et un mots-racines ne témoignent pas mieux de la pensée conceptuelle. J'ai déjà dit pourquoi je me refuse à supposer que nous avons ici affaire aux créateurs originels du langage parlé, et, considérant le niveau relativement élevé de culture qu'ont dû atteindre ceux-ci, il semble remarquable que les mots-racines de leur langage se soient si rarement élevés au-dessus du niveau préconceptuel (1).
Ceci, toutefois, montre seulement combien la réflexion consciente peut jouer un faible rôle dans la vie pratique de l'homme non cultivé ; cela ne prouve point que les hommes dont il s'agil fussent particulièrement pauvres, en ce qui concerne celle
faculté nettement caractéristique de l'homme. L'archidiacre Farrar nous dit avoir remarqué que tout le vocabulaire employt par une certaine catégorie de paysans anglsis ne renferme pas plus d'une centaine de mots, et il est probaile que des observations plus approfondies montreraient que {a plupart de ceuxci sont employés sans significalion conceptuelle. Si donc ces paysans avaient eu à se faire leur langage, il est probable que
cru trouver dans le langage un passage de l'abstrait au concret, parce que celui-ei désigne, en fait, tout d’abord des notions plus générales, puis des notions plus je viduelles, et qu'enfin les noms des objets individuels finissent par servir de mots généraux. Mais il y à au début de cette série tout autre chose que ce qu'a pu montrer la fin : les noms généraux sont les signes véritables des idées et notions DSP premières idées que la conscience établit ou que la parole exprime, ne sont pas à idées générales (A/lgemein-vorslellunjen) mais des idées embrassantes (unis sende) ce sont là des choses très différentes. » (Vorlesungen, IH, p. 382.) L'auteur discute ensuite la psychologie de la matière.
(1) Et mème en ce qui concerne cette minorité (étre, penser, faire, etc. js nous rappeler une considération importante à laquelle Geiger consacre un Ceri J nombre d'excellentes pages. Il fait observer que les descendants des mots ont je tout progressivement changé de signification, d'une façon successive, et selon . lignes divergentes. Appliquant cette loi générale au cas des racines, il suit La plus ancienne signification que la philologie puisse trouver avoir été rendue pal pu racine peut ne pas se rapprocher du tout de la signification qui se rattachait à S ancètres : ces derniers ont pu être beaucoup moins conceptuels.
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celui-ci eût été entièrement dépourvu de termes témoignant d'un ordre d'idéation supérieur à l'ordre préconceptuel. Néanmoins ces hommes ont dû être capables, peut-être à un degré très peu développé, d'idéation vraiment conceptuelle ; et ceci montre combien il serait imprudent de conclure de l'absence de termes nettement conceptuels à la pauvreté de la faculté conceptuelle de tout peuple dont les mots-racines nous seraient parvenus; pourtant, dans ce cas, il semble que nous nous rapprochions relativement beaucoup de l'origine de cette faculté.
Le point à considérer maintenant, toutefois, c'est que les noms réellement originels, et par conséquent purement dénotatifs, ont certainement dù être « génériques », aussi bien que « particuculiers » ; ils doivent avoir été des noms de recepts aussi bien que de perceplts, d'actions aussi bien que d'objets ou de qualités. En outre, il est également certain que dans cet ensemble originel de noms dénotaiifs particuliers et génériques, ceux-là seuls qui appartenaient à cette dernière catégorie ont pu avoir quelques chances de survivre sous forme de racines. En d’autres termes, aucun nom originel n’a pu survivre sous cette forme avant d'avoir pu acquérir quelque valeur réceptuelle, et par conséquent connotative, plus ou moins importante. Le fait que le résultat ultime de l'analyse philologique de toute langue est de ramener celle-ci à un petit nombre de racines, et le fait que
boutes ces racines expriment des idées générales et génériques,
ces faits en eux-mêmes ne fournissent aucun appui à la docline d’après laquelle les racines ont été elles-mêmes les éléments originels du langage, ni, «a fortiori à la doctrine d'après laquelle ces éléments originels exprimaient des idées générales (1).
(1) M. Max Müller dit en uA certain passage que « la science du langage, dans son étude de l'origine des mots généraux, a établi deux faits de la plus haute imbittance. Elle a montré d'abord que tous ses noms étaient originellement géné- HÉTAUX ; elle à montré en second lieu qu'ils ne pouvaient être que généraux », (Science of Thought, 456.) Pourtant il s'exprime ailleurs de la façon suivaute : “Bien que durant la période où le développement du langage devient historique, ei par conséquent, très accessible à notre observation, la tendance soit certairement du général au spécial, je ne puis résister à la conviction qu'avant cette époque, il Y à eu uns période préhistorique durant laquelle le langage suivit une direction tpposée. Durant cette période, ies racines qui avaient, au début, des significations spéciales, prirent des sens de plus en plus généraux, et ce nest qu'après avoir lleint cette phase qu’elles se spécialisèrent de nouveau. » (Ibid., 383-84.) Dans son