‹ L'évolution mentale chez l'homme [microforme]Chapitre 7 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de:

Le fait de créer des symboles pour les idées, et d'employer ceux- re ci à la place des idées, contribue à la formation des idées abs- sen traites les plus élevées, comme cela se voit aisément. Par sim exemple, observant que beaucoup d'objets présentent une cer- sc taine qualité en commun, telle que la couleur rouge, nous trou- k adje vons commode de donner à cette qualité un nom, et, ayant ceci | dur fait, nous parlons de la couleur rouge dans le sens abstrait, lire comme d'une chose distincte de tout objet particulier. Notre mot as « rouge » sert de signe, ou symbole, d’une qualité considérée, qu'il isolée de l'objet particulier qui peut la présenter. Cette abstrac- dec tion symbolique une fois faite dans le cas d’une qualité simple, à qui ( nous pouvons ensuite la combiner avec d'autres abstractions man symboliques, ct ainsi de suite jusqu’à ce que nous arrivions aux aucu symboles verbaux des qualités de plus en plus abstraites ou adjec générales, aussi bien que des qualités toujours plus éloignées de Tout la perception immédiate. Ainsi, voyant que beaucoup d'autres k tenu objets se ressemblent en ce qu'ils sont jaunes, d’autres bleus, l'atte

et ainsi de suite, nous combinons toutes ces abstractions en un concept plus général encore, celui de couleur, lequel, étant plus abstrait, est pius éloigné de la perception immédiate, car il est impossible que nous puissions jamais avoir un percept répondant au concept amalgamé la couleur, bien que nous ayons beaucoup de percepts répondant aux concepts constituants couleurs.

Il en est de même pour les objets. Les noms propres Pierre, Paul, Jean sont dans mon esprit comme des marques de mes Pr concepts individuels. Le terme homme sert à accumuler tous les un t points de ressemblance entre eux — et aussi entre tous les autre autres individus de leur espèce, sans avoir égard à leurs points des ic

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de dissemblance ; le mot anima prend une extension plus grande encore, et il en est de même pour presque tous les mots dénotant des objets. Comme les mots dénotant des qualités, ils peuvent être classés en rangs superposés selon l'étendue de leur généralité, et il est évident que plus grande sera cette extension, et plus leur signification sera distante de toute chose ayant jamais pu être un objet de perception immédiate.

Nous verrons par la suite qu'il est de la plus haute importance de noter que ces remarques s'appliquent tout autant aux actions et conditions, qu'aux objets et qualités. Les verbes, comme les noms et les adjectifs, peuvent être simplement les noms de simples récepts, ou ils peuvent être des composés d'autres concepts ; dans l’un et l’autre cas, ils ne diffèrent des noms et des adjectifs, qu'en ce qu'ils correspondent à ces actions et états. Semer, creuser, arroser, etc., voilà des noms d'actions particulières ; labourer est le nom d'une action plus générale ; vivre est le symbole &’un concept plus général encore. Et il est évident qu'ici, comme précédemment, les concepts plus généraux sont faits de concepts plus spéciaux. Plus loin, je rapporterai les preuves qui établissent que chez l'enfant, comme dans l'histoire de l'humanité telis que nous la révèlent les recherches des philologues, aucune de ces divisions des concepts simples, savoir, les noms, adjectifs, et verbes, ne paraît avoir eu la priorité sur les autres. Tout au plus, s’il y a eu quelque priorité, elle semble avoir appartenu aux noms et verbes. Mais le fait sur lequel je désire attirer l'attention ici est l'énorme force, le levier puissant qui est fourni à la faculté de l'Idéation par l'emploi des mots en tant qu'équivalents mentaux des idées. Car, à l’aide de ces symboles, nous nous élevons de plus en plus haut dans les régions de l'abstraction : en pensant avec des signes verbaux, nous pensons, pour ainsi dire, avee l'image des idées, nous nous passons totalement des images actuelles, des percepts ou des récepts ; nous quittons la sphère des sens, et nous élevons dans celle de la pensée,

Prenons, par exemple, un autre type d'idéation abstraite, un type qui ne sert pas seulement mieux que la plupart des autres à montrer l'importance des signes, comme représentant des idées, mais qui aussi expliquera mieux les résultats extraor-

celle à se de fr regist

Air est ir langa Hanil notre progri

dinaires auxquels ce symbolisme peut conduire, quand il est appliqué avec persistance. Je veux parler des mathématiques. Naturellement, avant que l'idée de nombre ou de relation puisse s'élever, la faculté de la conception doit avoir fait de grands progrès, mais prenons cette faculté au point où l’artifice de substituer les signes aux idées est allé assez loin pour mettre l'esprit à même de comnier au moyen de la simple notation. Il serait clairement impossible de suivre les enchaînements les iwoins difficiles Gu saisonnement qui éveillent ou invoquent les idées de nombre cu de proportion, si nous étions privés du pouvoir d’attacher des signes particuliers aux idées particulières de ultérid nombre. Nous re pourrions pas même dire si une pendule a sonné de la onze heures ou midi, si nous ne pouvions marquer chaque coup conqu successif d'un signe successif ; et quand on dit, comme on le fait D la pen souvent, qu'un animal ne peut compter,nous devonsnousrappeler ES manidr

que l'homme leplus intelligent ne pourrait compter s'il était privé dévelo üe ces symboles. « L'homme commence par compter les choses, corail. par les grouper visiblement {c'est-à-dire par la logique des à son récepts|. Il apprend ensuite à compter simplement les nombres, logue, en l'absence des objets, faisant usage de ses doigts et orteils en ESSson tor tant que :vm.:oles. Il y substitue alors des signes abstraits, et velie. l'arithmétique commence. Puis il passe à l'algèbre, dont les ilsen signes ne sont pas simplement abstraits, mais généraux, et alors de l'éta ii calcule des rapports numériques, non des nombres. Puis il tion. L passe au calcul supérieur des relations. » Et de même que, dans de iout les mathématiques, les symboles qui sont employés con- ESjétudie tiennent, sous une forme facile à manier, d'énormes corps de néthod pensée — peut-être en fait la pensée entière d’un long calcul, — D'apr de même, dans toutes les sortes d'idéation abstraite, les symboles Des plus que nous employons, dans la mimique, la parole ou l'écriture par que les exemple, contiennent des masses plus ou moins condensées de concept signification. Ou, pour prendre un autre exemple qui, comme le de pere: précédent, est emprunté à Lewes: « Îl en est de même dans le dé- (divers veloppement du commerce. Les hommes commencent par échan- ESpeuvent ger les objets, puis passent à l'échange des valeurs. L'argent lais de d'abord, puis les lettres ou billets, sont les symboles de la valeur, ESSgroupés

Finalement, les hommes débitent et créditent, simplement, de façon que d'immenses transactions s'effectuent au moyen de

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cette équation des équations. Le processus compliqué consistant à semer, faucher, rassembler, expédier et livrer une quantité de froment, est condensé dans une courte écrituré, dans un registre. »

Ainsi, sans insister plus longuement, il est évident qu'il nous est impossible pour nous d'évaluer trop haut l'importance du langage comme servante de la pensée. Gomme le dit Sir William Hanilton : « Un signe est nécessaire pour donner de la stabilité à notre progrès intellectuel, pour suivre chaque pas dans notre progrès, comme nouveau point de départ pour notre marche ultérieure vers un point plus élevé. Les mots sont la forteresse de la pensée ; ils nous rendent capables de faire de chaque conquête intellectuelle la base d'autres conquêtes. » Au surplus, la pensée et le langage agissent et réagissent l'un sur l’autre, de manière que, selon l'heureuse métaphore de Max Muller, le développement de la pensée et du langage ressemble à celui du corail. Ghaque branche est le produit de la vie, mais devient

Là son tour la base d'une nouvelle existence. D'une facon ana-

logue, chaque mot est le produit de la pensée, mais devient à son tour une nouvelle base pour l’éclosion d'une pensée nouvelie,

Ilsemble inutile d'insister davantage sur l'immense importance de l'établissement des signes pour le développement de lIdéation. Le fait étant universellement reconnu par les écrivains de ioute école, j'en viens donc au sujet du présent chapitre, et

j'étudierai avec plus de détaiis la logique de cette faculté, ou la Mnélliode de son développement.

D'après ce que j'ai déjà dit, on a pu comprendre que les concepts

Dies plus simples sont simplement les noms des récepts ; tandis

que les concepts d'un ordre plus élevé sont les noms d’autres concepts. De même que les récepts peuvent être ou les souvenirs

de percepts particuliers, ou les résultats de beaucoup de percepts

(divers autres récepls) groupés en classe, de même les concepts

peuvent être soit des noms de récepts particuliers, soit les résul-

lis de beaucoup de récepts nonunés (divers autres concepts) groupés en classe. Le mot « rouge », par exemple, est le nom que ‘emploie pour un récept particulier; mais le nom « couleur » est celui que j'emploierai pour un groupe entier de récepts nommés.

Il en est de même pour les mots signifiant des objets, des états et des actions.

Nous pouvons donc distinguer d'une façon générale deux ordres de concepts : ceux qui se rapportent aux récepts et ceux qui se rapportent à d'autres concepts. Car un concept est toujours un concept, quand même il pourrait n'être qu’un récept nommé ; et c'est toujours un concept, bien qu’il tienne lieu des généralisations les plus élevées de la pensée. Je rendrai cette distinction plus claire encore au moyen d'exemples meilleurs. La poule d’eau adopte une manière de se poser à terre ou méme sur la glace quelque peu différentede celle qu'elle pratique quand elle descend sur l'eau, et les espèces qui plongent de haut (telles que les hirondelles de mer et les fous) ne font jamais ainsi sur terre ou sur la glace. Ces faits prouvent que ces animaux ont un récept répondant à une substance fluide. De même, un homme ne plongera pas sur la terre dure ou sur la glace, et il ne sautera pas dans l’eau de la même façon qu'il le fera sur la terre ferme. En d'autres mots, comme la poule d'eau, il a deux récepts distincts, un qui répond à la terre solide, et l'autre au fluide sans résistance. Mais, différent de la poule d'eau, il est capable de mettre un nom sur chacun de ces récepts, et ainsi de les élever l'un et l’autre au niveau des concepts.

En ce qui concerne le but pratique de la locomotion, il es naturellement peu important qu'il ait ou non élevé ses récepts au rang des concepts. Mais, comme nous l'avons vu pour beaucoup d'autres buts, il est de la plus haute importance qu'il soit capable de le faire. Pour y arriver, il faut qu'il puisse poser son récept devant son propre esprit comme un objet de pensée; avant de pouvoir placer sur ces idées génériques les noms de solide et de fluide, il faut qu'il en ait pris connaissance en lan qu'idées, Antérieurement à cet acte de connaissance, ces idées ne diffèrent sous aucun rapport des récepts de la poule d'eau, et, pour les besoins ordinaires de sa locomotion, cette différence n'est pas nécessaire ; pour ces besoins, l'homme ne fait aucu appel à ses facultés élevées d'Idéation, Mais, en vertu de l'acte de connaissance par lequel il assigne un nom à une idée connut comme telle, il a créé, pour lui-même, et pour des buts autres que la locomotion, un trésor inestimable; il a formé un concept.

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Néanmoins le concept qu'il a formé est des plus simples, et se réduit en fait à la nomination de l’un de ses récepts les plus habituels. Mais il est de la nature des concepts qu'une fois formés, ils peuvent être intentionnellement comparés, et de la sorte naît une nouvelle possibilité dans la manière de grouper les idées ; il peut les grouper non plus au moyen des associations sensitives, mais au moyen des représentations symboliques. Les noms des récepts servent de symboles des récepts eux-mêmes, et peuvent ainsi se grouper indépendamment des perceptions sensitives, hors desquelles ils sont originellement nés. Sans être plus longtemps soumises au temps ou au lieu, aux circonstances ou à l'occasion, les idées peuvent être maintenant rappelées et manipulées à plaisir. Car, dans cette nouvelle méthode d'idéation, l'esprit a, pour ainsi dire, acquis une algèbre de récepts: il n'est plus nécessaire que les récepts actuels eux-mêmes soient présents dans la perception sensitive ou même dans l'imagination représentalive. Et comme les concepts sont ainsi les symboles des récepls, ils peuvent, comme je l'ai dit, être comparés et combinés indépendamment des récepts qu'ils servent à symboliser. De la sorte, nous devenons aptes, pour ainsi dire, à calculer en concept selon une méthode, et à un degré qui seraient tout à fait im, ssibles dans le milieu purement perceptuel des récepts.

C'est dans cette algèbre de l'imagination que s'accomplit le

puravail le plus élevé de l'Idéation, et le résultat de synthèses lon-

gues el compliquées des concepts consiste en productions menlales d'une complication énorme, qui néanmoins peuvent être incorporées dans de simples mots. Des mots tels que vertu, gouvernement, équivalent mécanique, représentent des concepls infiniment plus perfectionnés que les mots solide ou [luide, étant donné que les premiers n'ont pas d'équivalents possibles dans la sphère des récepts.

[nous faut donc, tout d'abord, reconnaitre la grande étendue du territoire intellectuel qui est compris dans ce que nous appelons les concepts. Au niveau le plus bas, ce ne sont rien de plus que des récepts nommés ; plus haut, ils deviennent les noms d'autres Concepts, et par la suite ils deviennent les produits nommés des Coordinations de concepts les plus élevées et les plus complexes que l'esprit humain ait produites, Sous le terme concepts supc-

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LA 76 L'ÉVOLUTION MENTALE CHEZ L'HOMME Pr mnsalcu

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&e second point que je désire éclaircir est que les concepts de LS l'ordre le plus inférieur dont je parle, bien qu'étant de l'espèce la plus simple possible, sont déjà quelque chose de plus que les noms des idées particulières : ce sont les noms de ce que j'a Le. tu appelé idées génériques ou récepts. Nous pouvons fouiller tout ER Dire le dictionnaire d’une langue quelconque sans y trouver un seul à bis à mot qui serve de nom pour une idée particulière véritable, c'est- Le riginc à-dire pour le souvenir d'un percept particulier. Les noms ele pr propres sont ceux qui s’en rapprochent le plus ; mais les noms bre propres même sont en ré: té des noms de récepts (distingués des percepts particuliers), puisque chaque objet auquel ils sont appliqués est un objet fort complexe, présentant un grand nombre de qualités diverses qui, toutes, demandent à être enre- le gistrées dans la mémoire comme appartenant à cet objet, pour À empêcher qu'on ne le confonde avec d'autres.

Les noms, done, ne répondent pas aux idées particulières au sens strict ; les concepts, même de l'ordre le plus inférieur, se rapportent aux idées génériqu :. En outre, les idées génériques auxquelles ils se rapportent sont pour la plupart géntriques à un haut degré : même avant qu'un récept ne soit 43507

rieurs, je comprendrai ceux qui ne sont rien de pa: ane de

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avancé pour être baptisé — ou suffisamment bies développé pour En'en étre admis comme un membre du ec; conceptuel — c'est déjà trait un produit organisé supérieur de lIdi .uvn. Nous avons vu dans un ob le chapitre précédent combien la puissance de l'imagination ns l'é peut aller loin sans l'aide du langage, et la conséquence estqu'a- essif vant l'avènement du langage, l'esprit est déjà pourvu d'une masse vmbol d'idées méthodiques groupées ensemble en bien des systèmes bologie logiquement cohérents. Quand donc le langage prend naissance, Loun il est inutile que ce travail de groupements logiques soit recom- conce mencé ab initio. icepls L'œuvre du langage consiste à reprendre le travail de groupe- D llme mentau poin: où il a été laissé par l'idéation générique; et s'il esl la fi trouvé avantageux de nommer des idées génériques, ce sont les sit plus sénriques, aussi bien que les moins génériques, qui sont ESS la

choisies pour ce but, Nref, si grand que soit le pouvoir organi-

LOGIQUE DES COXCEPTS 71

ME s | sateur du Los, ii ne surgit pas dans un tout informe et vide ;

Je ds des Mi trouve aù contraire un groupement d'un ordre assez élevé érieurs, j unten db daconné par des influences antérieures, un cosmos véritable

Ki D'autre part, tous les concepts, en dernier ressort, dépendent

es récepts communs, et ceux-ci dépendent des percepts. Ceci est hisé à prouver non seulement paï des considérations générales, nais aussi par la dérivation étymologique des termes abstraits. es termes les plus abstraits sont dérivés de termes moins nbstraits, et ceux-ci, d’autres qui le sont moins, et, par deux ou rois degrés au plus, nous sommes ramenés exactement à leur rigine, à un « concept inférieur », à un nom de récept. Gomme e le prouverai plus loin, il n°y a pas de mot abstrait ou de terme énéral dans un langage quelconque qui, si son origine peut ire connue, ne se trouve avoir ses racines dans le nom d’un écept. Les concepts, donc, ne sont originellement rien de plus Minc des récepts nommés ; il est donc « priori impossible qu'un oncept incomplet puisse se former, s'il ne repose éventuelleent sur la base des récepts. Grâce à l'élaboration qu'il subit ar la suite dans la région du symbolisme, il peut, cela est vrai, si ien perdre toute ressemblance avec son ascendant, que le phi-

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tant de l'espèce

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Dologue seul est capable d'en retracer l'origine. Quand nous barlons de la vertu, nous n'avons pas besoin de penser à un Morume, ni de réfléchir consciemment à l'action de gouverner un

aisseau, quand nous nous servons du mot gouvernement; mais

! n'en est pas moins évident que l'un et l'autre de ces mots très

dbstraits tirent leur origine de la nomination des récepts (l'un ‘un objet, l'autre d'une action), et que leur élévation ultérieure ans l'échelle de la généralité a été due à un élargissement proressif de la signification conceptuelle de la part de la pensée ymbolique. En d'autres termes, et pour en revenir à ma termi-

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ologie précédente, les « concepts supérieurs » ne peuvent en

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| ue Ilime faut maintenant revenir à un point que nous avons traité rique; et s'il es

la fin du chapitre précédent, F'ai montré là que l'espèce de assilication ou groupement mental des idé : qui sert à consti er la logique des récepts diffère du groupe nent mental d'idées

ues, ce sont les iques, qui sont jouvoir organi-

qui constitue la logique des récepts, en ce que, tandis que la première se rapporte aux similitudes qui sont les plus sensibles à la perception, et en conséquence aux analogies qui s'imposent le plus à l'attention, la dernière se rapporte aux similitudes qui sont moins évidentes à la perception, et par conséquent aux analogies qui apparaissent moins promptement aux sens. Il ya classification dans l'un et l’autre cas ; mais, tandis que l’une repose sur l'étroitesse des ressemblances dans un acte de per. ception, l’autre en exprime l'éloignement. De ceci il résulte que plus la classification est conceptuelle, et moins sensibles à la perception immédiate sont les similitudes entre les choses classées ; par conséquent, plus une généralisation sera élevée, plus grande sera la distance par laquelle elle se séparera des groupements simplement automatiques de l’idéation réceptuelle. Par exemple, la première classification du règne animal que nous connaissons groupait ensemble, sous la désignation conmune « d'êtres rampants », les articulés, mollusques, reptiles, amphibies et même certains mammifères comme la helette, ete. Ici, cela est évident, la classification repose seulement sur les ressemblan.es très superficielles que présentent ces différentes créatures dans leur mode de locomotion. Jusqu'alors la pensie conceptueile n'avait pas encore été dirigée vers l'anatomie des animaux, et, quand elle entreprit une classification de ceux-ti, elle se contenta naturellement de noter les différences les plu évidentes quant à la forme extérieure et au mouvement. En d'autres termes, celle toute première classification conceptuelle n'était guère plus que l'énoncé verbal d'une classification réceptuelle. Mais, quand la science de l'anatomie comparée fut inat: gurée par les Grecs, une classification beaucoup plus concep tuelle des animaux prit naissance, bien que l'importance d'un arrangeineat systématique du règne animal, considéré comme un tout, fût si peu sppréciée qu'il ne semble pas avoir été tenté, même par Aristale, Car, si merveilleux que soit le progrès dl groupement coutepiuel établi par lui, l'auteur grec se content de l'établir aux comparaisons anatomiques entre un group

d'animaux et ur autre ; il n'a pas eu l'idée de la subordinatiohé

d'un ::oupe à un autre, et il a, par la suite, constitué le prit cipe dominant des recherches taxonomiques; nulle part Î

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ne donne un exposé synoptique de ses propres résultats, ce qu'il n'eût pas manqué de faire s'il avait apprécié l'importance de la classification du règne animal comme un tout systématique.

Enfin, depuis l’époque de Ray, le meilleur de la pensée des meilleurs naturalistes a été appliqué à cette œuvre, avec ce résultat que l'idéation conceptuelle a constamment progressé à travers des généralisations de plus en plus larges, ou des généralisations de plus en plus châtiées par les accumulations intentionnelles et combinées des connaissances. Le contraste est énorme entre le premier essai simple de classification fait par les premiers Juifs, et l'ensemble perfectionné de la pensée abstraite qui est présenté par la science taxonomique d'aujourd'hui.

Des exemples similaires pourraient être tirés de tous les autres départements de l'évolution conceptuelle, parce que partout chaque évolution a consisté essentiellement en l’achèvement d'intégrations idéales de plus en plus éloignées des simples perceptions. Ou, comme le dit Sir W. Hamilton : « Far une première généralisation, nous avons obtenu plusieurs classes d’individus ayant des analogies entre eux. Mais ces classes, nous pouvons les comparer ensemble, observer leurs similitudes, faire abstraction de leurs différences, et donner un nom commun à leurs points communs. Sur les secondes classes, nous pouvons exécuter à nouveau la même opération, et ainsi, montant à travers l'échelle des notions générales, écartant toujours un nombre plus grand de différences et embrassant toujours de moindres similitudes dans la formation de nos classes, nous arrivons, à la fin, à la limite de notre ascension, à la notion de l'être ou de l'existence (4). »

Le point que je désire particulièrement dégager est que ce processus d'idéation conceptuelle par lequel les idées deviennent générales doit être soigneusement distingué du processus d'idéalion réceptuelle, par lequel les idées deviennent génériques. Ces derniers processus consistent, en effet, en idées particulières qui sont fournies immédiatement par la perception sensitive, et qui arrivent à se fusionner automatiquement par l'association

(1) Lectures, t. II, p.290,

de similitude ou de contiguïté, de telle sorte que de plusieurs tautd de ces percepts associés il s'est formé un récept, sans le besoin limi d'une coopération intentionnelle de l'esprit. D

D'un autre côté, une idée générale, ou concept, ne peut être de p formée que par l'esprit lui-même, qui classe, avec intention, ses ave récepts connus comme tels — ou, dans le cas de la création de dll o « concepts supérieurs», exécute le même processus avec ses idées ne p générales déjà acquises, dans le but de construire des idées plus conti

générales encore. Une idée générique est donc généralisée dans Lion le sens où un naturaliste dit qu'un organisme peu élevé es ax

généralisé, c'est-à-dire non encore différeneié en les groupes tatior d'organes plus élevés et plus spéciaux, qui en émanent ultérieur l'iné rement. Mais une idée générale est généralisée en ce sens qu'elle Ca

comprend un groupe de certains organes plus élevés et plus le m: spécialisés, déjà formés et munis d'une désignation commune D et ] qui se rapporte à leurs points de contact, Il y a classification matic

dans tous les cas, maïs, dans l'ordre réceptuel, elle est automa- pianis tique, tandis que dans l'ordre conceptuel elle est introspeclive. qu'au Jusqu'ici je ne pense pas que mon analyse puisse m'attirer des exéct

critiques ou des dissentiments, de la part des psychologues, à celle quelque école qu'ils puissent appartenir. Mais il est un point l'éffor d'importance secondaire qu'il me sera plus commode de traiter DS mani iei, bien que mes vues à cet égard puissent ne pas oblenir Rs opéra un asseaiiment unanime. | D'al

Ce me semble être un trait bien net de notre vie introspective D d'ôtre que notre aptitude à suivre des processus complexes sans l'aide chaqu des mots, ou, pour énoncer les choses sous une forme para- sur |: doxale, notre aptitude à concevoir sans concepts. Je n'ignor D iabin pas naturellement que cette faculté, en apparence évidente, de D pour : perser sans répétition mentale de signes verbaux (le verbum SN arvot mentale des scolastiques) est niée par plusieurs écrivains d'im- D passa: porlance, notamment, par exemple, par M. Max Muller, qui à d'un s cherche à grand peine à prouver que « non seulement à un ÆS bit w degré considérable, mais toujours, et totalement, nous pensons DS symh au moyen des noms (1) ». M le ch:

Ceci me paraît! être ou bien un truisme ou une erreur; il y a la suce verbu ôtre vi

(1) Science of Thought, pp. 30-64.

MME

que de plusieurs t, sans le besoin

ept, ne peut être vec intention, ses de la création de sus avec ses idées ire des idées plus généralisée dans ne peu élevé esl é en les groupes émanent ultérieuen ce sens qu'elle us élevés et plus rnation commune | y a classification , elle est automiest introspeclive.

isse m'attirer des s psychologues, à s il est un point bmmode de trailer tne pas oblenir

vie introspective

plexes sans l'aide une forme paraepts. Je n'ignore

nce évidente, de à baux (le verbum

s écrivains d'im- Max Muller, qui seulement à un 1l, nous pensons

ne erreur; il y à

tautologie dans l'expression, où erreur dans le fait. Si nous limitons le terme « pensée » à l'opération de dénommer, c'est simplement un truisme que de dire qu'il ne peut y avoir de pensée sans langage, car c'est simplement dire qu'il ne peut yavoir de dénomination sans noms. Mais si le terme « pensée » est employé pour couvrir tous les processus d'idéation que nous ne partageons pas avec les brutes, je tiens l'affirmation pour contraire au fait palpable, et, en conséquence, je me joins à cette longue suite de logiciens et de philosophes que le professeur Max Muller cite comme manifestant ce qu'il appelle de « l'hésitation » à accepter une doctrine qui, dans son opinion, est l'inévitable conclusion du Nominalisme.

Car, pour moi, il est évident que, dans la région des concepts, le maniement fréquent de ceux avec lesquels l'esprit est familier met l'esprit en état d'en user avec eux un peu de la façon automatique dont, à un degré inférieur d'action coordonnée, le pianiste en use avec les notes et les phrases de musique : ‘andis qu'au début il fallait un effort laborieux et intentionnel pour exécuter des accords très variés et comjlexes, par la pratique celle exécution passe de plus en plus en dehors du domaine de

E l'effort conscient, si bien que, finalement, ils sont exécutés d'une

manière presque mécanique. Îl en va de même dans le cas des opérations purement mentales, mème de l'ordre le plus élevé. D'abord, chaque anneau de la chaîne de l'idéation a besoin d'être rattaché isolément à l'attention au moyen d'un mot; chaque pas dans un processus de raisonnement veul ètre appuyé sur la base solide d'une proposition. Mais, par une fréquente habitude, la faculté de pensée cesse d’être ainsi limitée; elle passe, pour ainsi dire, d'un bout de la chaîne à l'autre, sans réclamer un arrêt à chaque chaînon, car à la série originelle de dalles de passage elle a substitué un pont qu'elle peut presque franchir

L d'un seul bond. Ou encore, pour changer de métaphore, il s'éta-

blit une méthode de penser sténographique dans laquelle les symboles des idées (concepts) n'ont pas besoin d'entrer dans le champ de la conscience; le jugement suit le jugement dans la succession logique, sans une expression articulée de la part du verbum mentale. C'est là, dis-je, un fait qui me paraît pouvoir être vérifié au moyen d'une très petite somme d'introspection.

Romanes, Évol, ment, 6

En lisant une lettre par exemple, nous pouvons instantanément

décider de notre réponse, et cependant avoir à réfléchir avant de ve pouvoir formuler les propositons nécessaires pour exprimer cette A réponse; ou encore, pendant que nous rédigeons un travail, que ol de fois ne séntons-nous pas, pour ainsi dire, qu'une certaine gue vérité est sur le point d'être énoncée, bien que ce soit une vérité Let que nous ne puissions immédiatement faire passer dans des un mots. Nous savons, d’une manière générale, qu'une vérité es! ec là, mais nous ne pouvons fournir le véhicule qui doit l'amener sh ici. Ce n'est qu'après avoir essayé différentes phrases, dont . chacune implique une longue suite de propositions successives, sas que nous commençons à avoir la satisfaction de rendre explicite = P par le langage ce qui antérieurement était implicite dans la nn pensée. Ou encore, en jouant une partie d'échecs, nous avons . besoin de prendre connaissance d’un grand nombre de relations ps complexes, actuelles et contingentes, de façon que, pour jouer ie le jeu comme il doit l'être, il nous faut faire un puissant appel sl à nos facultés de pensée abstraite. Cependant, en ce faisant, hum nous n'avons pas besoin de nous réciter un silencieux mono- . logue sur tout ce que nous pouvons jouer et tout ce qui pourra être joué par notre adversaire. Enfin, pour donner un dernier ; à exemple, dans quelques formes de l’aphasie, le patient a perdu “ tout vestige de mémoire verbale, et pourtant ses facultés de pen- dilré ser pour tous les besoins pratiques de la vie ne sont pas maté- e riellement altérées. Se En somme, donc, je conclus que, quoique le langage soit une sq condition nécessaire à la construction originelle de la pensée n conceptionnelle, quand une fois la construction a été achevée, (je l'échafaudage peut être retiré et laisser cependant l'édifice aussi Eh stable qu'avant. De cette manière, les concepts familiers se l'évolu dégradent, pour ainsi dire, en récepts, mais récepts d'un degré apns de complexité et d'organisation qui n'ont été rendus possibles instine que par leurs ancêtres conceptuels. Avec Geiger, nous pouvons ne dire : So ist denn uberall die Sprache primar, der Begriff dégre: entsteht durch das Wort (4). Cela n'empéche cependant mi pas qu'avec Frédéric Muller nous n'ajoutions : Sprechen ist W. . (1) Ursprung der Sprache, p. 91. tury d

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nicht Denken, sondern es ist nur Ausdruck des Denkens (1).

A l'exception du dernier paragraphe, mon analyse, comme je l'ai déjà dit, ne sera probablement attaquée par aucun psychologue évolutioniste ou non évolutioniste, car, à l'exception de ce paragraphe, j'ai arrangé à dessein mes arguments, de manière à éviter jusqu'ici les questions sujettes à controverse. On remarquera encore que ce paragraphe lui-même n'a en réalité rien à faire avec le point en litige, étant donné que la question dont il s'agit n’a trait qu'au processus intellectuel humain seul. Mais maintenant, après avoir ainsi déblayé le terrain — quelquefois un peu longuement — nous avons à nous demander s'il est possible de concevoir que la faculté de parler, avec l'édifice qui en résulte, a pu prendre naissance, par une genèse naturelle, hors des facultés inférieures de l'esprit.

Comme nous l'avons précédemment vu, il est, de tous côtés, reconnu que la seule et unique distinction entre la psychologie humaine et la psychologie animale consiste en ce que la première présente cette faculté qui, autrement dit, signifie, comme nous l'avons déjà vu, le pouvoir de traduire les idées en symboles, et d'employer ces symboles à la place des idées.

C'est là, dis-je, la seule différence sur laquelle nous soyons tous d'accord. et toute la question est de savoir si c’est une différence de nature ou de degré. Depuis le temps où les anciens Grecs employaient le même mot pour désigner la faculté du langage et la faculté de penser, la convenance philosophique de l'identification est devenue de plus en plus apparente, La

(1) Grundriss der Sprachwissenschaf!, 1, p. 16. On remarquera qu'il y a une analogie évidente entre le processus ci-dessus décrit, par lequel l'idéation conceptuelle descend au rang de l'idéation réceptuelle, et celui par lequel, à un degré inférieur de l'évolution mentale, l'intelligence descend jusqu'au niveau de l'instinct. Dans mon précédent ouvrage, j'ai consacré bien des pages à l'étude de ce sujet, et montré que les conditions de la transformation des adaptations intelligentes, ou adaptations instinctives, se trouvent invariablement dans la fréquence de la répétition. Les Instiucts de cette sorte (Instincts secondaires), peuvent être nommés des récepts dégradés, comme les récepts, dont il a été question dans le texte, sont des concepts dégradés, Ni les uns ni les autres ne pourraient ètre ce qu'ils sont maintenant sans leurs ancètres plus développés, Quiconque s'intéresse spécialement à la question de savoir si la pensée peut exister sans mots peut consulter la correspondance entre M. Max Muller, M, Francis Galton, moi-même et d'autres daus Nature (mai et juin {8N7, depuis publiée à part); entre le premier et M. Mivart, dans Nature, mars 1888), Voir aussi un article par M. le juge Stephen dans le Nineleenth Cen-

tury d'avril 1888, M. Whitney a fait quelques remarques excellentes sur ce sujet dans son Language and the Study of Language, pp. 405-411,

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