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Étymologiquement, le mot langage signifie « faire des signes » au moyen de la langue, c’est-à-dire la « parole articulée ». Mais, dans un sens plus large, le mot est habituellement employé pour désigner tout acte de faire des signes en général, commelorsque nous parlons du « langage des doigts » des sourds-muets, du «langage des fleurs », etc. Où, comme le ditle professeur Broca, «il y a plusieurs sortes de langage, tout système de signes qui donne une expression aux idées d'une manière plus ou moins intelligible, plus ou moins parfaite, ou plus ou moins rapide, est un langage au sens général du mot. Ainsi la parole, le geste, la 4 dactylologie, l'écriture hiéroglyphique ou phonétique sont autant de sortes de langage. Il y a donc une faculté générale du langage qui préside à tous ces modes d'expression, et qui peut étre définie : la faculté d'établir une relation constante entre une idée et un signe, que ce soit un son, un geste, une figure ou un dessin de quelque espèce. »
La meilleure classification des diverses formes de la faculté de faire des signes que j'aie trouvée est celle qui est donnée par M. Mivart dans ses Lessons from Nature (p. 83), et je la citerai en ses propres termes :
« Nous pouvons, en somme, distinguer six différentes espèces de langage :
« 4° Les sons qui ne sont ni articulés ni rationnels, tels que les cris de la douleur ou le murmure de la mère à son enfant ;
« 2 Les sons qui sont articulés mais non rationnels, tels quele caquetage des perroquets, ou de certains idiots, qui répéteront sans la comprendre toute phrase qu'ils entendront ;
« 3° Les sons qui sont rationnels mais non articulés, par les-
quels nous exprimons quelquefois notre approbation ou notre désapprobation de propositions données;
« 4° Les sons qui sont à la fois rationnels et articulés, constituant la parole vraie ;
« 5° Les gestes qui ne répondent pas aux conceptions rationnelles, mais sont simplement les manifestations des émotions et des sentiments ;
« 6° Les gestes qui répondent aux conceptions rationnelles, et sont en conséquence des manifestations « extérieures » mais non orales du verbum mentale. »
A cette liste des « Catégories du Langage » une septième espèce peut être ajoutée, qui renfermera tous les signes écrits ; mais avec cette addition évidemment nécessaire, j'accepte cette élassification, et la considère comme renfermant au complet toutes les formes qui peuvent être comprises dans le genre langage.
Un premier point à remarquer est que les signes faits peuvent être manifestés avec ou sans intention, En second lieu, les signes intentionnels peuvent être commodément subdivisés en deux classes, savoir: les signes intentionnels qui sont naturels, et les signes intentionnels qui sont conventionnels.
* Les signes conventionnels peuvent encore se diviser en ceux qui sont dus aux:associations passées, et ceux qui sont dus aux inférences de l'expérience présente. Un chien qui « demande » sa nourriture, ou un perroquet qui baisse la tête pour qu'on la gratte, peuvent agir ainsi simplement, parce que l'expérience passée leur a enseigné que l'animal, lorsqu'il agit ainsi, reçoit la satisfaction qu'il désire. Ici, il n’est pas nécessaire que la raison, c'est-à-dire l'induction, intervienne. Mais si l'animal n’a eu aucune expérience précédente et, en conséquence, ne peut savoir par une association spéciale que tel geste particulier ou signe amènera telle conséquence particulière, et si, dans de telles circonstances, un chien voyait un autre chien demander et imitail le mouvement en observant le résultat auquel il a conduit, ou si, dans des circonsta:ices analogues, un perroquet baissait spontanément la tête dans le but de faire un mouvement expressif, alors le signe pourrait strictement étre appelé rationnel. * Mais il est évident que les signes rationnels présentent des
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degrés presque innombrables de complexité et de perfection, de manière que la raison elle-même ne présente pas une plus grande variété de manifestations sous ce rapport que ne le fait le symbolisme par lequel elle est exprimée; une formule d'algèbre rentre dans la même catégorie de signes que le plus simple mouvement par lequel nous communiquons intentionnellement l’idée la plus simple. Les signes rationnels, en conséquence, peuvent être faits par le geste, le ton, l'articulation cu l'écriture, chacun de ces mots étant pris dans son acception la plus large (1).
Le tableau suivant peut servir à montrer cette classification sous une forme diagrammatique, c'est-à-dire la classification que j'ai adoptée, et qui correspond étroitement avec celle qu'a donnée M. Mivart. Véritablement, il n'y a aucune différence entre les deux, si ce n'est que je me suis efforcé de rendre la distinction entre les signes intentionnels, inintentionnels, naturels, conventionnels, émotionnels et intellectuels.
Les subdivisions de ceax-ci en dénotatifs, connotatifs, dénominatifs et prédicatifs, seront expliquées dans le chapitre vnr. Ou encore, en laissant de côté les signes inteniionnels et simplement initiatifs comme n'étant pas des signes, à proprement
(1) Par ceci on verra qu’en faisant usage de mots tels que « inférence », «raison », « rationnel », ete., en parlant des processus mentaux des animaux inférieurs, je ne préjuge en nucune manière de la question relative à la distinction entre l'homme et la brute. Dans la région la plus élevée des récepts, l'homme et la brute arrivent d'une façon marquée à percevoir les analogies ou relations, Geci est de l’inférence ou de la ratiocination dans sa forme la plus directe, etelle ne ditfère du processus tel qu'il se présente dans la sphère de la pensée conceptuelle qu'en ce qu’il n’est pas lui-même un objet de connaissance. Mais, considéré comme un processus d'inférence ou de ratiocination, je ne vois pas que notre terminologie doive différer selon qu'il arrive ou non à être un objet de connaissance. En conséquence, je ne suivrai pas les nombreux écrivains qui limitent ces termes aux manifestations les plus élevées du processus, ou à la ratiocination qui ne se rapporte qu'à la pensée introspective. Peut-être y aurait-il là matière à des distinctions plus fixes, mais je pense qu’il est préférable d'établir les distinctions là où les distinctions se présentent, et je ne puis voir que le processus d'inférence comme inférence soit modifié selon que l'esprit, en vertu d'une faculté surajoutée, est ou non capable de réfléchir au processus en tant que processus, pas plus, par exemple, quele processus d'association n'est altéré en devenant lui-même un objet de connaissance, Par conséquent, j'espère avoir montré ciairement qu'en croyant à la rationalité des bètes, je prétends simplement qu'elles ont le pouvoir, comme Mivart lui-même le reconnait, de tirer des « inférences pratiques »,
Jusqu'ici, donc, le point sur lequel je diffère avec M. Mivart et, autant que je le puis savoir, avec tous les autres écrivains modernes qui maintiennent l'irrationalité des brutes, n'est qu'un point de terminologie.
parler, tous les signes intentionnels peuvent être représentés diagrammaticalement, comme dans la figure ci-jointe. Le) Le]
LANGAGE OU FACULTÉ DE FAIRE DES SIGNES A DEpenens à 1 2 8
Inintentionnel Intentionnel Sans compréhension
Naturel Conyentionnel
Émotionnel Intellectuel