CHAPITRE IV
Bien que les phénomènes de l'esprit et ceux du choix soient les uns et les autres complexes, et de causalité obscure, je crois que nous sommes maintenant autorisés à croire qu'ils ont tous une base physique. Ceci revient à dire : quelque opinion que nous puissions avoir au sujet de la nature ultime de ces phénomènes, en tenant compte des faits connus de la physiologie, nous deyrions ètre tous d'accord au sujet de la doctrine d’après laquelle les processus mentaux, que nous connaissons subjectivement, sont les équivalents psychiques des processus nerveux, que nous reconnaissons comme objectifs.
Ainsi que je l'ai déjà dit, j'ai passé ailleurs en revue les différentes hypothèses relalives à la nature de cette équivalence des processus mentaux et nerveux, et aux divers essais d'explication qu'on à voulu donner; ici je considérerai le fait de cette équivalence seulement en tant que fait. Peu importe donc pour ma discussion que nous nous arrêtions à ce fait comme à un fait final, avec les matérialistes, ou que, avec d’autres écoles, nous en cherchions une explication qui ait un caractère plus ultime. 1 suffit que nous soyons d'accord sur ce point que tout changeent psychique que nous éprouvons s'accompagne invariablement d'un changement physique, quelles que puissent être la nature et la signification de cette association.
Considérant donc les phénomènes mentaux comme présentant toujours un côté physique ou physiologique (l'expression est indifférente), je vais m'’efforcer de montrer ce que je crois être le drincipe ullime de physiologie que l'analyse montre être commun &tous ces phénomènes. Du côté mental, nous l’avons déjà vu, nous
æéprouvons pas de difficulté à reconnaitre ce principe ultime,
Qu cette caractéristique; c’est ce que nous appelons la sélection, choix. Si la faculté de choisir est la particularité distinctive Œun être mental, et si, comme nous l'avons tenu pour accordé, fout changement mental est accompagné de quelque changement Physique, il s'ensuit que cette particularité distinctive devrait
pouvoir se traduire en quelque équivalent physiologique. En outre, s’il existe quelque équivalent physiologique de ce genre, nous devons nous attendre à le rencontrer dans l'échelle du développement physiologique bien au-dessous de l'être humain. Car non seulement les animaux inférieurs manifestent, à mesure que l’on en descend la série, une faculté de sélection qui peu à peu diminue pour devenir de plus en plus simple; mais nous devons être conduits a priori à nous attendre, s’il existe un principe physiologique qui constitue la base objective du principe psychologique, à ce que le premier se maifeste plus tôt que le dernier au cours de l’évolution. Car, quelque opinion que nous puissions avoir au sujet des relations de l’âme et du corps, on ne peut douter, lorsqu'on admet la base que j’adopte, savoir la théorie de l'évolution, qu’en matière chronologique les principes physiologiques ne soient antérieurs aux principes psychologiques ; si donc, en conformité avec notre convention primitive, nous accordons que ces derniers ont leur base physique dans les premiers, ils’ensuit que les principes physiologiques, qui, maintenant, constituent la base objective de la sélection, quels qu'ils puissent être, ont probablement été en fonction longtemps avant qu'ils n’eussent assez évolué pour constituer la base de la psychologie,
Je pense que les prévisions a prior? que je viens d’esquisser, se trouvent pleinement réalisées par le fait d’un principe physiologique qui se manifeste dès le début, très bas dans l'échelle vitale, et quine me semble pas avoir attiré l'attention qu’il méritait d’attirer, surtout en ce qui concerne ses relations avec la psychologie. Le principe en question sera mieux démontré par un exemple. J'ai observé que si l’on place une actinie (anémone de mer) dans un aquarium, en la laissant se fixer latéralement près de la surface de l'eau, et si l’on dirige sur elle, d'en haut, un jet d’eau de mer continu, le résultat tout naturel est que l’animal est entouré d’un tourbillon d’eau et de bulles d’air, Au bout de peu de temps,
’actinie s’habitue à ce tourbillon, au point d’étendre ses tentacules pour chercher des aliments, tout comme elle fait dans l’eau tranquille. Si l’on touche doucement un de ces tentacules avec un corps résistant, tous les autres se replieront autour de ce corps comme ils eussent fait dans l’eau tranquille; c'est-à-dire que les tentacules sont capables de distinguer l'excitation fournie par le remous de l’eau de celle qui naît du contact d’un corps solide, ils
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répondent à la dernière excitation, bien qu’elle soit incomparablement moins intense que la première. C’est cette faculté de discerner les excitations, #ndépendamment de leur intensité mécanique respective, que je regarde comme étant le principe objectif que nous cherchons; elle représente le côté physiologique de la faculté de choisir.
Un caractère analogue a élé depuis longtemps remarqué chez les végétaux, bien que les faits les mieux observés relativement à cet intéressant sujet soient ceux que nous devons aux dernières recherches de M. Darwin et de son fils. L'extraordinaire délicatesse avec laquelle les feuilles distinguent, d’après ces recherches, Ja lumière et l'obscurité les moins intenses, n’est pas moins élonnante que la délicatesse déployée par les racines à la recherche de l'humidité et des lignes de moindre résistance du sol. Mais, relativement au sujet qui nous occupe, les faits les plus suggestifs sont ceux qu'ont établis les recherches de M, Darwin, sur les plantes grimpantes et sur les plantes carnivores, Car, d'après ces recherches, il semble que la faculté de distinguer les excitations, indépendamment de leur intensité mécanique relative, ou du degré de trouble mécanique, s’est ici développée au point de rivaliser avec les fonctions des nerfs, bien que les Lissus qui la présentent n'aient pas, au point de vue histologique, dépassé la phase cellulaire. Ainsi, les tentacules du drosera, qui se replient autour de leur proie comme les tentacules d’une actinie, ne répondront pas à la violente excitation fournie par des gouttes de pluie tombant sur leurs surfaces ou glandes sensilives, au lieu qu’elles répondront à des excilalions extrêmement faibles provoquées par Une parcelle solide exerçant, grâce à la pesanteur, une pression continue sur les mêmes surfaces.
M. Darwin dit : « La pression exercée par une parcelle de
cheveu, pesant seulement 1/78740 de grain et supportée par un
hquide dense, doit avoir été incomparablement faible. Nous pou-
ons penser qu'elle à à peine pu égaler { millionième de grain; JDous verrons plus loin que bien moins d'un millionième de grain de phosphate d'ammoniaque en solution, lorsqu'il est absorbé
Par une glande, agit sur elle et provoque une réaction... Il est très douteux qu'un nerf quelconque du corps humain, même en @lat d'inflammation, fût capable d'être affecté de quelque manière par une pareille parcelle supportée par un fluide dense, et ameà lentement au contact avec le nerf. Pourtant, les cellules des
rte
mm im
glandes du drosera sont par là excitées à envoyer une impulsion être : motrice à un point éloigné, et à provoquer ainsi un mouvement. suivi] Il me semble que c’est ici à peu près le fait le plus remarquable # [y qui ait été observé dans le règne végétal. » haut « Mais ce n'est pas tout. Chez une autre plante insectivore, la culté dionée ou piège à mouches de Vénus, la faculté de distinguer Des entre diverses sortes d’excitations a été développée dans une di- se ren rection exactement opposée à celle du drosera. Tandis que le plante drosera compte, pour attraper sa proie, sur l’engluement de plasmi celle-ci dans une sécrétion visqueuse fournie par ses glandes, la penter dionée se replie sur la sienne avec la rapidité d'un piège à res- « Le sort; en rapport avec cette différence dans le mode de capture de ont ati la proie, le principe de la distinction des excitations a été mo- certair difié. Chez le drosera, comme nous l’avons vu, c’est l'excitation visible fournie par une pression continue qui est si délicatement perçue; géomé! l'excitation provoquée par le contact n’est pas prise en considéra- Du fon tion; chez la dionée, le plus faible contact avec les surfaces ou grossier filaments irritables provoque immédiatement une réponse, tandis sécrété qu’il n’est pas répondu à l'excitation provoquée même par une forme pression relativement considérable sur ces mêmes surfaces. Selon large. L les expressions de M. Darwin: « Bien que les filaments soient en tests aussi sensibles à un contact délicat et passager, ils sont beaucoup nombre moins sensibles à une pression prolongée que nele sont les glan- Une au des du drosera. Maintes fois j'ai réussi à placer sur le bout d’un d'épong filament, à l’aide d’une aiguille mue avec une extrême lenteur, touches des fragments de cheveu assez épais; ils ne provoquèrent pas de us mouvement, bien qu’ils fussent plus de dix fois plus longs que sure. »
Ainsi avec le choix e je rega taux. Jd les facu
ceux qui provoqr tient le reploiement des tentacules du drosera, et bien que dans ce dernier cas ils fussent amplement supportés par une sécrétion épaisse. D'autre part, on peut frapper les glandes du drosera, une, deux, même trois fois, assez fortement, avec une aiguille, sans provoquer de mouvement, Cette singulière différence dans la sensibilité des filaments de la dionée et des glandes du drosera est évidemment en rapport avec les habitudes foit cor des deux plantes. Si un petit insecte se pose par ses pattes délicates entre le sur les glandes du drosera, il est englué par la sécrétion visqueuse. et la pression légère et prolongée qui en résulte avertit la plante È xque de la présence d’une proie qui est capturée par l’incurvation 4 Pour lente des tentacules. D’autre part, les filaments sensibles de la
dionée ne sont pas visqueux, et la capture des insectes ne peut
” (1) Cor
Le impulsion mouvement.
remarquable
isectivore, la le distinguer dans une dlil'andis que le gluement de es glandes, là piège à resde capture de ns à été most l'excitation ment perçue; en considéraes surfaces où éponse, tandis nème par une urfaces. Selon aments soient sont beaucoup e sont les glanle bout d’un trème lenteur, quèrent pas de plus longs que les du drosert.
ment supportés rapper les glanfortement, avec ette singulière , dionée et des ee les habitudes pattes délicates étion visqueuse.
avertit la plante ar l’incurvation sensibles de la nsectes ne peut
être assurée que par leur sensibilité à un contact momentané,
» suivi par le reploiement rapide ces lobes. »
Il y a donc, dans ces deux plantes, développement à un très
. haut degré, également étonnant, mais en sens opposé, de la fa-
culté de distinguer entre deux sortes d’excitations.
Des preuves définies de cette faculté de choisir judicieusement se rencontrent dans l'échelle vitale même plus bas que chez les plantes cellulaires; on les rencontre chez les organismes protoplasmiques. Voici un passage intéressant d’un travail de M. Carpenter (1):
« Les recherches en mer rrcfonde dont je viens de m'occuper ont attiré mon attention sur ce suiet plus que sur tout autre:
certains fragments ténus ‘'e gelée vivante, sans différenciation visible d'organes, construisent des carapaces ou enveloppes aussi
géométriquement symétriques, et aussi artificielles que possible. Du fond sableux, une espèce ramasse les grains de quartz plus grossiers, les cimente avec du phosphate de fer (?) qui doit être sécrété par leur propre substance, et construit ainsi un test en forme de bouteille à col court et muni d’un seul orifice assez large. Une autre espèce prend les grains plus fins et les cimente en tests parfaitement sphériques admirablement faits, perforés de hombreux petits canaux disposés à des intervalles assez réguliers. Une autre choisit les grains les plus fins et les pointes des spicules
d'éponges, les réunit, en apparence sans ciment, simplement par Couches, en sphères parfaites, analogues à des globules homæo-
is présentant chacun un orifice unique en forme de fissure. »
Ainsi, coétendus avec les phénomènes d’excitabilité, c’est-à-dire avec les phénomènes de la vie, nous trouvons cette faculté de choix et de sélection : comme je l'ai dit, c'est cette fonction que je regarde comme le principe fondamental des phénomènes menfaux. Je l'envisage ainsi, parce que, si nous considérons toutes les facultés mentales, nous verrons que le seul caractère qui leur
foit commun, du côté objectif, est cette faculté de distinguer
&ntre les excitations et de ne répondre qu'à celles qui, indépenlamment de l'intensité mécanique relative, sont les excitations
à xquelles les réponses sont appropriées.
à Pour voir ceci prenons les facultés mentales principales, une à
(1) Contemporary Review, avril 1873,
une, dans l’ordre ascendant, et voyons ce qu'elles sont, en dernière analyse, du côté physiologique. Tout d'abord nous avons les organes des sens spéciaux, dont les fonctions physiologiques constituent évidemment la base de tout le mécanisme psychologique. Nor. moins clairement, ces fonctions ne sont, en dernière analyse, autre chose que des aptitudes spécialement développées à répondre à des modes spéciaux d'excitalion. Aiasi, par exemple, la structure de l’œil est particulièrement adaptée pour ne répondre qu’à l'excitation produite par la lumière, celle de l'oreille est de même construite en vue du son, et ainsi de suite. En d’autres termes, les organes des sens spéciaux sont autant d'organes qui ont été différenciés à l'excès et d’une façon très variée, dans le but spécial d'obtenir une sensibilité extrêine à chacun des modes spéciaux d’excitation : chacun de ces organes ne perçoit qu'un seul de ces modes. Ceci revient à dire que la foncticn d'un organe de sens spécial a pour fonction de trier, de choisir, de discerner le mode spécial d’excitation auquel son mode de réponse est approprié.
En outre, nombre de mécanismes nerveux qui régissent les différents actes réflexes ne sont mis en jeu que par des modes d'excitation spéciaux. Tel est le cas notamment, pour ces mécanismes neuro-musculaires fort compliqués qui sont mis en action par ce mode d’excitation que nous appelons le chatouillement. De pareils exemples présentent un intérêt particulier, en ce que la particularité distinctive de ce mode d’excitation consiste à être d’une faible intensité. L’excitation relativement vive qui est provoquée par le passage des aliments dans l’æœsophage, ou par le contact de la plante des pieds avec le sol, ne provoque aucune réponse de la part des mécanismes qui sont mis en action d’une façon violente par l’excitation la plus douce possible des mêmes surfaces. Il en est de mème à l'égard des instincts. Ceux-ci, au point de vue physiologique, représentent l’activité de mécanismes nerveux extrèmement différenciés, qui se sont établis lentement, à travers les générations successives, dans le but spécial de répondre à quelque excitation spéciale d'un caractère particulièrement complexe, ei qui du côté psychologique, est une reconnaissance des circonstances auxquelles l'adaptation instinctive es appropriée. Il en est de même des émotions. Considérées au point de vue physiologique, les émotions représentent l’activité de mécanismes nerveux très raffinés, et cette activité n’est mise en
… prit, + entre " tensi
jeu nou:
eppe tacle veut l'act sorte une coup desr cani:
r'aisO de ce} savol sans gique est p üf,c cieux aspec juge del’ tat fi n’est l’exci le bie Enfin chois consi nerva nées.
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nous avons hysiologiques me psycholo- , en dernière t développées par exemple, r ne répondre l'oreille est de , En d’autres d'organes qui ariée, dans le un des modes perçoit qu'un n d'un organe , de discerner éponse est ap-
gissent les difes modes d’exes mécanismes 1 action par ce lement. De pa- ce que la parte à être d’une est provoquée par le contact ucune réponse »n d’une façon les mêmes surts. Ceux-ci, au de mécanismes \blis lentement,
jeu que par des excitations très syeciales que, du côté subjectif, nous reconnaissons être une classe particulière d'idées propres à appeler des émotions particulières. Nous ne rions pas d'un spectacle pénible ; nous ne pleurons pas à un spectacle risible : ceci veut dire, physiologiquement, que le mécanisme nerveux dont l’action est accompagnée par une émotion, ne répondra qu’à une sorte d’excitation très spéciale et complexe : il ne répondra pas à une sorte d'excitation autre et peut-être très analogue, à beaucoup de points de vue, qui néanmoins est capable de provoquer des réponses d’une partie autre et peut-être très analogue du mécanisme nerveux.
Il en est aussi de même du raisornement et du jugement. Le raisonnement, au point de vue physiologique, n'est qu'une série de changements nerveux compliqués au sujet desquels nous ne savons qu'une chose, c’est qu'aucun d’eux ne peut se produire sans un accompagnement physique adéquat : du côté physiologique, c’est donc une série de changements nerveux dont chacun est produit par des antécédents physiques. Aussi, du côté objectif, chaque pas dans le raisonnement consiste en un choix judicieux entre ces excitations extrêmement délicates que, sous leur aspect subjectif, nous connaissons sous le nom d'arguments. Le jugement, envisagé de la même facon, n’est que le résultat final de l'incidence d’une foule d’excilations très délicates, et ce résultat final, comme tous les pas du raisonnement qui y ont conduit, n’est autre chose que la pratique d’une faculté de discerner entre l'excitation que du côté subjectif nous connaissons komme étant le bien, et celle que, du même côté, nous connaissons être le mal. Enfin, la voi ‘ion considérée subjectivement est la faculté de choisir les motifs aver le concours de la conscience, et les motifs considérés objectivement ne sont que les excitations à l’action nerveuse, excilaiions très complexes et inconcevablement affinées.
Si, après avoir considéré l'échelle ascendante des facultés men-
4 tales chez l’homme, nous en venons à cette même échelle dans à le règne animal, nous rencontrerons de nouveaux arguments et 4 de plus nets encore, établissant que le propre distinctif de l’es- « prit, du côté physiologique, consiste en cette faculté de choisir entre diverses sortes d'excitations, sans tenir compte de leur in- * tensité mécanique respective. Mais avant de passer rapidement en * revue les preuves ainsi fournies, je veux résoudre une difficulté
, spécial de rére particulière est une reconn instinctive esl idérées au point nt l’activité de é n’est mise en
qui s’est déjà présentée. La difficulté consiste en ce que j'ai commencé par montrer qu'il est nécessaire de définir l'esprit comme étant le pouvoir de choisir, et qu’ensuite j'ai défini ce dernier comme un pouvoir n'appartenant qu'aux êtres capables de sentir. Pourtant, en envisageant le côté objectif du problème, j'ai montré que l’on rencontre l’équivalent physiologique ou objectif de la sélection, dans ses manifestations les plus simples chez des êtres incapables assurément de sentir, au sens propre du mot, tels que les plantes insectivores. Il semble donc que mon concept de ce qui constitue la sélection est en contradiction avec mon opinion que l'élément essentiel de la sélection se rencontre chez des êtres qu'on ne peut regarder véritablement comme susceptibles de sentir. Cet antagonisme, cette contradiction est véritable, maïs je pense qu'elle ne peut être évitée. Elle vient du fait que ni le sentiment ni la sélection n'apparaissent soudainement sur le théâtre de la vie. Nous ne pouvons pas dire, à beaucoup près, où l’un et l’autre commencent: tous deux se montrent graduellement; c’est pourquoi, dans notre langage courant, nous ne nous attardons pas à considérer où ils commencent à exister : nous les appliquons là seulement où nous voyons évidemment qu'ils sont applicables. Si nous cherchons à employer ces termes dans uneanalyse psychologique stricte, nousrencontrons tout de suite une difficulté à tracer la ligne en decà de laquelle ils ne sont pas applicables et au-delà de laquelle ils le deviennent. Il y a deux manières de résoudre la difficulté. L'une consiste à tracer une ligne arbitraire, l’autre consiste à n’en pas tracer du tout, mais à employer les mêmes termes en les appliquant à l'échelle tout entière des choses qu'ils signifient, jusqu’à ce que nous arrivions à la base même, aux principes. Sans doute, lorsque nous en serons arrivés là, nos termes auront perdu leur sens primitif : nous pourrions aussi bien appeler un gland un chêne, un œuf un poulet, que parler de la dionée sentant une mouche, ou du drosera choisissant d’enlacer sa proie. Pourtant cet emploi — appelons-le plutôt un mésemploi — des termes atteint un but important si, tandis que nous considérons le changement de signification que les termes subissent nécessairement, à mesure que nous descendons, ils contribuent à bien montrer qu'ils se rapportent à des choses qui sont le produit d'une évolution graduelle, à des choses qui proviennent d’autres choses aussi différentes que le sont le chène du gland, le poulet de l'œuf. Je suis ainsi justifié d’avoir été chercher dans le règne
végét que ll peut | vrai q ment
ment tel ac de di:
Qu simpl naiss senté!
culté ses m perfe d’elle ment
Je. dante prop.
pacité évide tions facul!
supér que d
ceux respo d'abs Quel bles ( mou livre mont orgal vores non « ils di servq
e j'ai comrit comme ce dernier ès de sentir.
j'aimontré ectif de la ez des êtres ot, tels que cept de ce on opinion ez des êtres eptibles de ble, mais je ni le sentile théâtre , où l’un et ment ; c’est tardons pas ppliquons là plicables. Si se psycholoulté à tracer s et au-delà résoudre la l’autre conmes termes qu'ils signiè, aux prinnos termes | bien appele la dionée er sa proie.
ploi — des considérons nt nécessaiient à bien t le produit ent d’autres d, le poulet 1s le règne
végétal les principes du sentiment et de la sélection. S'il est vrai que les plantes manifestent si peu de sentiment que ce terme ne peut leur être appliqué qu’au sens métaphorique, il est également vrai que la faculté de sélection manifestée jar elles est pareillement peu développée, elle se borne à un seul acte de discernement : aussi personne ne songerait à appliquer un tel mot à un tel acte, jusqu’à ce que l'analyse révèle que dans un tel acte isolé de discernement, nous avons le germe de toute la volition.
Qu'il soit donc bien compris que la difficulté en question vient simplement de la manière graäuelle dont les facultés considérées naissent. La faculté rudimentaire de discerner l'excitation, présentée par une plante, a pour correspondant proportionné la faculté rudimentaire d'adaptation choisie qu’elle manifeste dans ses mouvements : de même que l’une est destinée, par le fait du perfectionnement évolutif, à devenir une subjectivité consciente d'elle-même, de même l’autre est destinée, par un perfectionnement analogue, à devenir une volition délibérée.
Je jetterai maintenant un rapide coup d’æil sur l'échelle ascendante des organismes, dans le but de montrer que cette relation proportionnelle entre le degré de la capacité réceptive et la capacité exécutive se manifeste dans toute la série. Je désire rendre évident que la faculté de discernement, que, dans ses manifestations supérieures, nous reconnaissons être le sentiment, et la faculté de choisir les adaptations, que, dans ses manifestations supérieures, nous appelons sélection, se développent ensemble, et que d’un bout à l’autre leur développement est parallèle.
L'amibe est capable de distinguer les éléments nutritifs de ceux qui ne le sont pas ; à cet acte unique de discernement correspond un acte unique adapté ; elle est capable d’entourer et d'absorber les éléments nutritifs, tandis qu’elle rejette les autres. Quelques organismes unicellulaires, protoplasmiques, sont capables de distinguer la lumière de l'obscurité, et d'adapter leurs mouvements de façon à rechercher l’une et fuir l’autre; dans mon livre sur l’/ntelligence des animaux, je cite des faits tendant à montrer que les facultés de discernement et d'adaptation de ces organismes peuvent aller plus loin encore. Les plantes insectivores, comme nous l'avons déjà vu, sont capables de distinguer non seulement les éléments nutritifs de ceux qui ne le sont pas : ils distinguent encore les différentes sortes de contact ; nous observons, Correspondant à cet accroissement dans la faculté récep-
tive, un progrès proportionné dans le mécanisme des mouvements adaptés. De très nombreux autres exemples de facultés simples de ce genre pourraient êlre recueillis dans le règne végétal, mais aucun d'eux ne montre autre chose que la faculté de discerner une ou deux alternatives d'excitation, et d'y répondre par des mouvements proportionnellement simples. Quand le tissu nerveux se manifeste pour la première fois, nous voyons que les animaux munis de ‘ce tissu — les méduses — ont des organes sensitifs spéciaux pour distinguer avec une délicalesse et une rapidité relatives, la lumière de l'obscurité, et peut-être aussi le bruit du silence. Ils sont également pourvus d'un appareil tentaculaire perfectionné qui les rend capables de distinguer exactement et rapidement les objets mobiles des immobiles, qui s’approchent d’eux de divers côtés, aussi bien que les éléments nutritifs des non nutritifs,
Pour correspondre à cetle capacité réceptive accrue, nous observons un accroissement de la capacité exécutive : ces animaux sont très aptes à se déplacer : ils s’éloignent rapidement des sources de contact qu'ils jugent dangereuses, et manifestent divers autres actes réflexes de nature adaplée. De même aussi, les êtres mieux organisés : asléries, lombrics, chez qui les mécanismes neuro-musculaires sont mieux informés à l'égard de ce qui se passe dans le milieu ambiant et extérieur, sont mis en élat, par ces mécanismes mêmes, d'exécuter une variété plus considérable de mouvements adaptés. Chez les mollusques, nouveaux progrès aux deux points de vue, ces animaux ont des organes tactiles pour sentir leur chemin, ils choisissent divers sortes de nourriture, ils choisissent entre leurs pareils pour s’accoupler, quelques-uns ont presque un domicile dont ils se souviennent, Parmi les articulés, les formes inférieures présentent des mouvements coordonnés qui sont simples et peu nombreux par rapport à ceux qui manifestent les formes supérieures : leur faculté de discerner les excilations les unes des autres est relativement faible. Mais dans l'anatomie compliquée du crabe et du homard, beaucoup a été fait pour les mouvements coordonnés : les actes choisis sont parcillement nombreux et variés; tandis que chez les insectes et araignées, la faculté de la coordination musculaire surpasse celle des vertébrés inférieurs, la faculté de l'adaptalion intelligente étant plus considérable, aidée qu'elle est par des antennes délicates et des organes de sens spécial très développés. Les
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e, nous obes animaux int des soutstent divers Ssi, les êtres mécanismes e ce qui se en élat, par onsidérable aux progrès lactiles pour urriture, ils çues-uns ont es articulés, coordonnés x qui maniner les exci- . Mais dans ucoup a été sis sont pa- insectes et arpasse celle intelligente es antennes loppés. Les
mêmes principes subsistent chez les vertébrés. M. Spencer a déjà remarqué qu'il y a ici une correspondance générale entre la présence d'organes capables d'exécuter des actes variés, et le degré d'intelligence de l'animal. Ainsi, parmi les oiseaux, les perroquets sont les plus intelligents : plus qu'aucun autre genre de leur classe, ils sont capables d'utiliser leurs pattes, leur bec et leur langue pour examiner le monde extérieur. De même l'intelligence étonnante de l’éléphant peut êlre considérée comme correspondant à l'instrument de mouvement coordonné non moins étonnant qu'il possède : sa trompe. L'intelligence supérieure du singe, et l'intelligence suprème de l’homme peuvent être considérées comme correspondant à un instrument de mouvement coordonné plus étonnant encore, et qui semble atteindre la perfection idéale : la main. Enfin, et plus généralement, nous pouvons dire qu'à travers la série animale, les facultés de voir et d'entendre sont en rapsort direct avec la faculté de la locomotiou, et que cette dernière conduit au développement de l'intelligence (1). Nous pouvons maintenant faire remarquer que cette corrélation entre l’évolution musculaire et l’évolution mentale ou, plus généralement, entre la faculté du discernement et la variété des mouvements adaptés, n’est que ce que nous devions nous attendre à constater a priori. Il est clair, en effet, que le développement de l'une de ces facultés ne pouvait servir à rien sans le développement de l’autre. D'une part, il ne servirait de rien à un organisme d'être apte à discerner le caractère nuisible ou utile d’une excitation, si en mème tempsil ne possédait le pouvoir de coordonner les mouvements nécessaires pour s'adapter au résultat de son discernement; d'autre part, de quoi servirait-il à un organisme de posséder le pouvoir de coordination s’il lui manquait la faculté de discernement qui seule pourrait rendre utile le pouvoir de coordinalion? Nous savons que tous les mécanismes de coordination
musculaire sont en relation avec des mécanismes de coordination
nerveuse, et de fait, les premiers sans les seconds seraient abso- Jument inutiles, Pourtant nous ne savons presque rien sur les
{t) Le chat et le chien semblent, à première vue, constituer une exception au “principe invoqué plus haut, mais il faut se rappeler que ces animaux et leurs pareils possèdent des instruments de tact et de motilité très développés : langue, lèvres, mâchoires, pattes jusqu’à un certain point. Je crois que l'intelligence supérieure de l’octopus, parmi les mollusques, doit être altribuéc aux avantages exceptionnels que lui procurent ses bras flexibles, sensibles et puissants.
mécanismes nerveux ultimes qui jouent sur les mécanismes musculaires : nous ne voyons qu’un amas confus de cellules et de fibres dont nous ne pourrions deviner la fonction, encore moins le mécanisme intime, si nous n'avions les mécanismes plus grossiers du système musculaire, pour étudier l'effet de ces mécanismes plus délicats.
Les coordinations musculaires représentent donc autant d'indices « en grosses lettres » de coordinations correspondantes qui se produisent dans le système nerveux. Nous avons vu que les processus mentaux peuvent être de même regardés comme des indices et que, à l'exemple des mouvements musculaires, ce sont les seuls indices que nous ayons des opérations des mécanismes nerveux avec lesquels ils sont en relation. De plus nous avons vu que lorsque ce nouvel ordre d'indices a atteint un certain niveau dans son développement, indiquant naturellement un niveau correspondant de développement du système nerveux, il manifeste, sans doute possible, que les fonctions de discernement et de l'adaptation des mouvements prennent un point de départ nouveau avant de continuer leur cours d'évolution ; le système nerveux commence à discerner des excilations nouvelles et très complexes, il en discerne non seulement les résullats immédiats, mais les résultats éloignés possibles ; bref, le mécanisme nerveux commence à développer ces fonctions plus élevées, ces aptitudes supérieures à discerner el à adapter, que, vues subjectivement nous appelons raison.
Il est donc clair que ces deux facultés non seulement se développent ensemble, mais doivent se développer ainsi. Chaque progrès dans la faculté de discerner sera suivi dans la vie de l'individu comme dans celle de l'espèce, d'efforts vers l'acquisition des mouvements adaplés nécessaires, et dans tous les cas où ces mouvements exigent un progrès par rapport à la phase précédente de la coordination, ce progrès sera favorisé par la sélection naturelle. Ainsi tout progrès dans la faculté de discerner favorise un progrès dans la faculté de coordonner. Inversement nous pouvons remarquer que Lout progrès dans la faculté de coordonner favorise le progrès dans l’autre faculté. Car, comme un accroissement dans la coordination du mouvement implique la mise en relations nouvelles et plus variées des centres nerveux avec le monde extérieur, il s'offre aux centres nerveux par cela même une occasion proportionnellement accrue de discerner : occasion qui.
tôt o Ai unie:
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Ainsi, les deux facultés sont, pour ainsi dire, nécessairement unies l’une à l’autre. Mais ici se présente une autre considération. Elles ne sont unies ainsi que jusqu'au point où les mouvements adaptés dépendent du mécanisme fourni par la nature à l'organisme lui-même. Aussitôt que la faculté de discerner a suffisamment progressé pour être, non seulement consciente et pr'écipiente, mais délibérément ralionnelle, un nouvel état de choses commence. Maintenant l'organisme ne dépend plus, en ce qui concerne ses adaptations, des résultats immédials de ses propres mouvements coordonnés. Depuis le moment où une pierre fut pour la première fois utilisée par un singe pour casser une noix, par un oiseau pour briser une coquille, par une araignée pour y «accrocher sa toile, la connexicn nécessaire entre les progrès du discernement mental et la coordination musculaire fut nécessairement rompue. Avec l'emploi d'instruments furent donnés à l'esprit les moyens d'avancer indépendamment de tout progrès ultérieur dans la coordination musculaire. Le plus élevé des animaux a si merveilleusement utilisé ces moyens qu'aujourd'hui, parmi les races civilisées de l'humanité, plus de 4 million pour 100 de ses mouvements adaptés sont exécutés par des mécanismes construits par lui-même. Si étonnantes que soient les coordiñations musculaires d’un danseur sur la corde tendue, elles ne sont rien, au point de vue ulilitaire, comparées aux mouvements coordonnés du métier à tisser. Donc, bien que l’homme ait une dette de gratitude impossible à chiffrer, à l'égard de la longue série de ses ancêtres du règne animal pour lui avoir légué ce mécanisme exquis et merveilleux : le corps humain, mécanisme sans lequel il lui eût été impossible, quelles que fussent ses facultés mentales, de construire les machines qu'il construit, cependant l'homme peut à juste titre sentir que sa supériorité sur les autres animaux est avant tout acquise par ce fait que son pouvoir de mouvements adaptés à été dégagé de leur alliance nécessaire avec ses facultés de coordinalion musculaire. Je dis : de ses aptitudes à la coordination musculaire, parce qu'il est évident que nos aptitudes au mouvement adapté, et à l'adaptation en général, n’ont jamais été et ne pourront jamais êlre dégagées d’une alliance nécessaire avec notre faculté de coordination nerveuse.
Je résumerai maintenant les résultats de notre enquête tels qu'ils existent actuellement. D’abord nous avons vu que le crite-
rium des facultés mentales, considéré au point de vue éjectif, consiste dans la manifestation du choix, de la sélection, et nous avons vu'que la preuve de l’exercice de la sélection se trouve dans l’exécution d'actes adaptés, destinés à faire face à des circonstances quine se sont pas assez fréquemment et invariablementrencontrées dans l’histoire de la race pour qu'il y ait été pourvu d’avance par un mécanisme du système nerveux, acquis et transmis par héritage. La faculté de s’instruire par l'expérience individuelle est donc le criterium de l'esprit. Mais ce criterium n’est ni absolu ni infaillible, tout ce qu'on en peut dire, c’est qu'il est le meilleur qu’on puisse se procurer, et qu'il sert à fixer la limite supérieure des actions d'origine non mentale, mieux qu’à fixer la limite inférieure des actions d’origine mentale, car il est probable que la faculté de sentir a la priorité sur celle d’apprendre et d’avoir conscience.
Ayant ainsi obtenu le meilleur criterium possible de l'activité mentale en tant qu'éject, nous avons ensuite considéré les conditions objectives dans lesquelles il est bien avéré que l’activité mentale se rencontre mvariablement. Ceci nous a conduit à exaaainer rapidement la structure et les fonctions du système nerveux, et, en traitant de la physiologie des actes réflexes, nous avons trouvé que partout le mécanisme nerveux est arrangé de telle sorte qu’il n’y à pas d’alternative possible d’action, offerte aux centres nerveux, autre que celle de coordonner le groupe musculaire aux contractions combinées duquel ils président respec tivement. Une question s’est alors posée : Comment expliquer le fait que la disposition anatomique d'un centre nerveux et des filets qui en dépendent vienne à être celle qui est requise pour diriger ainsi les excilations nerveuses dans les endroits voulus? Nous avons trouvé la réponse dans la propriété que possède le tissu nerveux de se développer, par l'usage, dans les directions nécessaires pour de nouvelles utilisations. Ce sujet est encore obscur, surtout en ce qui concerne les premières phases de ce développement adaptatif, mais d’une facon générale nous pouvons comprendre que l’utilisation héréditaire, combinée avec la sélection naturelle, ait pu suffire à édifier les innombrables mécanismes réflexes qui se montrent dans le règne animal.
Passant de l'acte réflexe à l'acte d’origine cérébrale, nous avons remarqué d’abord que, puisque les hémisphères cérébraux ressemblent assez par leur structure intime aux ganglions en géné-
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ral, on ne saurait douter raisonnablement que leur mode d’opération ne soit, en substance, identique. En outre, nous avons noté que, puisque cette opération est indubitablement accompagnée d’un acte mental, il s'élève une forte présomption que l’une doit représenter une sorte d'image obverse de l’autre. En étant venus à étudier cette image probablement obverse, nous avons vu qu'à beaucoup d'égards, il est étonnamment exact que les principes fondamentaux des opérations mentales correspondent aux principes fondamentaux de l’action ganglionnaire. Ainsi, nous avons vu quetelest le cas pour la mémoire et l’association des idées, dont l’une et l’autre ont leur contre-partie objective dans les facultés d'acquisition non mentale présentées par les ganglions inférieurs. Nous avons vu en effet que ces ganglions apprennent inconsciemment à exécuter les actes qu'ils sont souvent appelés à exécuter, qu'ils oublient la manière de les exécuter si un intervalle de temps trop long s'écoule entre les occasions de les répéter, mais que même lorsqu'ils sont en apparence le plus oubliés, ces actes sont plus aisément réappris qu’ils n’ont été primitivement appris. Nous avons vu que l’association des idées par contiguité, en particulier, présente une ressemblance de détails remarquable avec l'association des mouvements musculaires par contiguité. Car, étant convenus de prendre les idées comme des analogues objectifs des mouvements musculaires, nous avons observé, lorsque nous avons ainsi changé d'indice d'opération nerveuse, en prenant les idées à la place des muscles, que les preuves évidentes abondaïent de l'’uniformité générale de la méthode de l'évolution nerveuse. Ainsi, nous avons remarqué que les sensations, perceptions, idées et émotions ressemblent toutes, plus ou moins, à des coordinations musculaires, en ce qu'elles sont des états de conscience habituellement réunis, où chaque partie constituante doit correspondre à l'activité de quelque élément nerveux particulier : un grand nombre d'éléments de ce genre étant donc impliqués dans l’état complexe de conscience, tout comme un nombre variable de ces éléments sont impliqués dans un mouvement musculaire combiné. in outre, de même que l'association des idées ne consiste pas exclusivement à réunir plusieurs idées simultanées en une seule idée composée, mais consiste aussi à unir une idée à une autre en succession sériale, de même les mouvements musculaires manifestent une tendance précisément analogue à revenir dans la même succession sériale
où ils se sont déjà produits. Enfin, nous avons remarqué que tous les dérangements pathologiques qui se produisent dans les centres nerveux présidant aux activités musculaires ont leurs parallèles dans des dérangements analogues des centres nerveux régissant l’activité mentale.
Ayant ainsi traité de la base physique des facultés mentales, nous avons considéré dans le chapitre suivant les principes fondamentaux de ces facultés. Le but, ici, était de désigner les principes ultimes de physiologie que l’on pût regarder comme constituant le côté objectif des phénomènes que, du côté subjectif et éjectif, nous regardons comme mentaux. Ces principes se trouvent être : la faculté de discerner entre différentes espèces d’excitation, indépendamment de leur degré relatif d'intensité mécanique, et la faculté d'exécuter des mouvements adaptés, conformes aux résultats de ce discernement. Ces deux pouvoirs ou facultés, nous en avons vu le germe dans les organismes protoplasmiques et unicellulaires; nous avons vu qu'à partir de ces organismes jusqu’au haut de l'échelle animale, l’organisation peut être regardée comme consistant à fournir les organes nécessaires au développement toujours croissant de ces deux facultés, qui progressent et doivent nécessairement progresser ensemble. Quand leur perfectionnement est arrivé jusqu’à un certain point, elles commencent à s'associer avec le sentiment, et quand cette association existe entièrement, les termes : choix et dessein leur deviennent respectivement applicables. Continuant leur évolution ascendante, elles deviennent ensuite délibérées; enfin, elles deviennent rationnelles. Mais, bien que, lorsqu'on les envisage du côté subjectif ou éjectif, elles semblent, pendant leur développement progressif, se transformer d’une entité à une autre, le cas est tout autre lorsqu'on les envisage du côté objectif. Vus de ce côté objectif, en effet, les procédés de raisonnement les plus perfectionnés, ou les jugements les plus compréhensifs, se montrent comme n'étant rien de plus que des cas de discernement très affiné, par des organes nerveux admirablement construits, entre des excitations d’un caractère très complexe, tandis que le plus prévoyant des actes, destiné à parer aux éventualités d'excitation les plus reculées, n’est rien de plus qu’une adaptation neuro-musculaire aux circonstances présentées par le milieu ambiant.
Donc, si nous prenons encore les opérations mentales comme
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indices au moyen desquels on étudie le mode d'action plus affiné des centres nerveux, comme nous prenons les mouvements musculaires pour indices « en grosses lettres » du mode d’action plus grossier de ces mêmes centres, nous voyons s'imposer de nouveau à notre esprit cette vérité, que la méthode de l'évolution nerveuse a partout été uniforme; elle a partout consisté en un développement progressif de la faculté de distinguer les excitations les unes des autres, combiné avec la faculté complémentaire de produire des réponses adaptées.
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