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cultésrationnelles, à moins de regarder comme ayant une origine rationnelle les manifestations d'érotomanie, de manie infanticide, etc., que l’on observe peut-être plus fréquemment chez l'animal que chez l’homme.
Mais, en ce qui concerne l’imperfection de l’instinct, nous avons à considérer des sujets plus importants que la simple énumération des cas où Pinstinct a pu être surpris en défaut. Qu'il nous soit d'abord permis de remarquer que, sous le titre général :« Imperfection de l'instinct », nous pouvons comprendre deux classes de phénomènes, très distinctes ; en effet, les instincts peuvent être imparfaits parce qu'ils ne répondent pas complètement à quelque changement des circonstances de l'existence pour lesquelles ils ont été entièrement développés. Si les instincts ont été développés, il est évident qu'ils ont dù passer par diverses phases d’imperfection avant d'atteindre la perfection : nous pourrions donc nous attendre à rencontrer certains exemples d’instinct encore non perfectionné ; ces exemples diffèrent, qu’on le remarque bien, de céux qui ont été précédemment mentionnés, en ce que le défaut de l'instinct provient non de ce que les circonstances pour lesquelles l'instinct a été créé, ayant changé, l'instinct ne s’est pas encore modifié de façon à répondre à ces circonstances nouvelles, mais de ce que l'instinct ne s'est pas encore pleinement développé : ceci doit être plus particulièrement le cas pour les instincts dont la perfection n'est pas d'importance vitale pour l'espèce, car de tels instinc{s n’auraieni pas été aussi rigoureusement formés ou perfectionnés par la sélection naturelle, Un exemple satisfaisant de ce genre de fait semble être fourni par l'instinct qui pousse les abeilles à tuer les mâles de la ruche. Je cite, d'après l'/ntelligence des animaux : « Evidemment le but de ce massacre est de se débarrasser des bouches inutiles, mais il y a là une question plus difficile à résoudre : pourquoi ces êtres inutiles ont-ils vu le jour? On a dit, pour expliquer ce fait, que l'énorme disproportion entre le nombre actuel des mâles et l'unique femelle fertile doit être rapportée à une époque antérieure à celle où les instincts sociaux sont devenus aussi complexes et aussi bien établis qu'ils le sont actuellement, et où, par conséquent, les abeilles vivaient en communauté moindre. C’est probablement là l'explication qu'il faut adopter, bien que je pense que nous aurions pu nous attendre à ce que, avant cette période de leur évolution, il eût pu se développer chez les abeilles un
instinct de Compensation, consistant, soit à ne pas permettre à la réine de poadre autant d'œufs mâles, soit à massacrer les mâles pendant qu’ils sont encoré à l’état larvaire. Nous devons nous rappeler aussi que, chez les guêpes, les mâles travaillent (surtout à des occupations domestiques, en échange duquel travail leurs sœurs maraudeuses les nourrissent) ; il est donc possible que, dans la ruche, les mâles aient été autrefois des membres utilesà la communauté, et qu'ils aient perdu depuis leurs instincts primitivement utiles. De quelque façon qu'il faille expliquer le fait, il est curiéux que, chez des animaux considérés à juste titrecomme présentant l'instinct le plus perfectionné, nous rencontrions l'exemple le plus flagrant peut-être, dans le règne animal, d’une imperfection de l'instinct. Il est d'autant plus remarquable que l'instinct de tuér les mâles ne se soit pas plutôt développé dans le sens de les tuer au moment le plus profitable, c’est-à-dire à l'état d'œuf ou de larve, qu’à plusieurs points de vue cet instinct semble s'être développé à un degré de raffinement et de discernement très considérable, » g
Pour citer un autre exemple, voici ce que dit M. Spalding: « Une autre classe intéressante de phénomènes, et propre à faire réfléchir, à part ceux qui me sont tombés sous les yeux, peut se décrire comme phénomènes d’imperfection de l'instinct. Vers l'âge d’une semaine, mon dindonneau rencontra sur son chemin uñe abeille, la première qu’il eût vue, je pense. Il poussa son cri d'alarme, demeura pendant quelques secondes le cou tendu et manifestement effrayé, puis se détourna de son chemin pour suivre une autre direction. Prenant ce fait comme point de départ, je fis un grand nombre d'expériences sur les poussins et les abeilles. Dans la grande majorité des cas, les poussins manifestèrent une crainte instinctive de ces insectes, mais les résultats
n'ont pas été uniformes, et ce que j'en puis dire de la façon la | 4
plus générale et en même temps la plus exacte, c’est que les poussins étaient hésitants, méfiants et soupçonneux. Naturellement s'ils avaient été une fois piqués, c'en était assez pour confirmer à jamais leur défiance. Ils évitaient à peu près de la même manière les fourmis, surtout quand celles-ci se rencuntraient en grand nombre. »
De même, et durant l'existence de l'individu, M, Spalding a ob-
servé un instinct en voie de développement dans le cas déjà cité 4
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L'INSTINCT. oi
être observés durant le développement des instincts de l'enfant.
Ainsi, par exemple, le maintien de la tête dans une position ver+ ticale peut être considéré comme instinctif chez l’hoinme, car la faculté de ce faire s'acquiert vers la dixième semaine, grâce à des efforts constamment renouvelés : plus tard, elle devient indépendante de la volonté et de la réflexion. Preyer décrit les phases innombrables par lesquelles passe cet acte avant d’atteindre la perfection ; il faut au moins six semaines pour que la transition se fasse (1). 11 dit que l’enfant découvre par hasard les avantages que procure cette attitude, et qu'il l'adopte de plus en plus jusqu’à ce qu’elle devienne instinctive grâce à l'habitude. Il cite également des cas exactement parallèles en ce qui concerne l'éducation de l'enfant qui apprend à ramper, à s'asseoir, à se tenir debout, à marcher, etc., etc. (2).
Parmi les animaux à l’état de nature, nous pouvons, je pense, considérer tous les instincts qui, autant que nous le pouvons voir, sont inutiles ou vulgaires, comme des instincts imparfaits, en ce qu’ils ne répondent pas à des besoinsapparents, étant données les conditions actueiles de l'existence des animaux. Les instincts de ce genre ne sont pas très nombreux et, comme le fait remarquer M. Darwin (voir l’Appendice), on peut les citer comme des objections à sa théorie sur le développement de l'instinct sous l’influence de la sélection naturelle. Plus loin j'étudierai cette difficulté; il me suffit ici de fcire remarquer qu'il existe des instincts sans but apparent, et que, par suite de leur inutilité même, ils sont imparfaits. Tel est par exemple l'instinct de la poule qui glousse quand elle a pondu un œuf, du coq faisan qui chante quand il gagne son perchoir, du bétail et des éléphants qui maltraitent leurs compagnons malades ou blessés ; tels sont encore divers instincts relatifs aux excréments, par exemple ceux qui poussent à les enterrer, à les déposer toujours au même endroit, etc.; tels sont aussi divers exemples cités par Darwin dans l’appendice de ce livre.
Mais la catégorie de considérations qui nous importe le plus est une catégorie à laquelle celles qui précèdent nous conduisent en quelque sorte, Nous avons vu que si les instincts se sont développés par voie d'évolution, nous devrions nous attendre à rencontrer des cas où cette évolution est encore en voie de s’accom-
(1) Die Seele des Kindes, Leipzig, 1882, p. 166, 167. (9) Ibid, p. 167 à 175.
plir, et où les instincts ne sont point encore parfaits, et nous avons vu que cette attente n’a point été déçue.
Tant qu’un instinct a besoin d’être combiné avec de l'intelligence pour devenir efficace, il est imparfait en tant qu'instinct, il est en voie de développement, ou du moins il n’est pas parfaitement approprié aux circonstances possibles de l’existence. Par conséquent, tous les cas où il y a éducation de l'instinct par l’intelligence — que ce soit chez l'individu ou dans la race — doivent être examinés à ce propos. Mais l'étude de ce sujet nous plonge daus une étude plus approfondie et plus générale sur l’origine et
le développement de l'instinct dans son ensemble. Nous allons, en conséquence, aborder dès maintenant cette étude.
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