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ture ; ils montrent aussi que la mère d'adoption n'était pas aveugle au caractère anormal de sa couvée, puisqu'elle adaptait ses actes à leurs exigences spéciales.
Pour voir jusqu'à quel point peut aller l'adaptation, je fis l’expérience en choisissant deux animaux aussi différents que je les pouvais imaginer, en donnant les petits de l’un à l’autre, pour que cette dernière leur servit de mère d'adoption, Les animaux dont je fis choix furent un furet et une poule. Voici le résultat de mes expériences, tel que je le publiai, à l'époque, dans Mature (1).
« Une femelle de furet s’étrangla en s’efforçant de passer par une ouverture trop étroite, en laissant une très jeune famille de trois orphelins. Je donnai ceux-ci, dans le milieu de la journée, à une poule de brahma, qui venait de couver de faux œufs pendant un mois environ. Elle les adopta presque immédiatement et demeura avec eux pendant plus d’une quinzaine ; je dus les séparer au bout de ce temps, car elle avait étranglé un des furets en se tenant sur son cou. Durant tout le temps que les furets demeurérent avec la poule, cette dernière dut rester sur son nid, car les jeunes furets n'étaient pas, naturellement, en état de suivre la poule, comme l’eussent fait des poussins, en vertu du puissant instinct que M. Spalding a montré exister chez eux, instinct qui les pousse à suivre. Comme on peut bien s’y attendre, la poule fut très intriguée par l’apathie de sa famille. Deux ou trois fois, chaque jour, elle quittait le nid, invitant sa couvée à la suivre ; mais, en les entendant crier à cause du froid, elle retournait auprès immédiatement et restait sur eux six ou sept heures encore. La poule n'eut besoin que d’une journée pour apprendre la signification des cris de détresse, car, dès le second jour, elle courait toujours avec grande agitation vers l'endroit où je cachais les furets, pourvu, toutefois, que cet endroit ne fùt pas trop éloigné pour laisser entendre les cris, Cependant je ne crois pas que l’on puisse concevoir de contraste plus grand qu’ertre la note aiguë du poussin et le grognement rauque du jeune furet. D'autre part, je ne
puis pas dire que les jeunes furets aient jamais paru comprendre la signification des gloussements de la poule. Durant tout le temps que la poule demeura avec les furets, elle avait coutume de peigner leurs poils avec son bec, comme les poules lissent les plumes de leurs poussins, Tandis qu’elle s'occupait ainsi, il lui arrivait
(1) Vol, XI, p. 853.
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souvent de s'arrêter et de regarder d’un œil étonné et interrogateur cette nichée remuante. D’autres fois, sa famille lui donnait, à bon droit, lieu d’être étonnée, car il lui arrivait souvent de s’envoler tout à coup en poussant un grand cri ; sans doute, elle avait dû éprouver une sensation inaccoutumée de morsure, provenant de ce que les furets cherchaient des tétines. Je ferai remarquer, en outre, que la poule manifestait une inquiétude telle, lorsqu'on venait prendre les furets pour les faire nourrir, que je crus, à un moment, qu'elle allait les abandonner entièrement. Aussi, à partir de ce jour, les furets furent-ils nourris dans le nid même, et cet arrangement parut parfaitement convenir à la poule, peut-être parce qu’elle croyait être pour quelque chose dans l’opération. En tous cas, elle se mettait à glousser, dès qu’elle voyait arriver le lait, et surveillait le repas avec une satisfaction évidente.
En somme, je regarde ce cas comme un exemple tout à fait remarquable de la plasticité de l'instinct. Il convient de le dire, la poule était jeune et n’avait jamais élevé de couvée de poussins. Avant d'élever la nichée de furets, elle avait été attaquée et presque tuée par un vieux furet qui s'était échappé de sa cage. Les jeunes furets lui furent enlevés plusieurs jours avant que leurs yeux fussent ouverts.
Pour conclure, je puis ajouter que, quelques semaines avant de tenter cette expérience avec les poules, je fis une expérience analogue avec une lapine qui avait mis bas quelques jours auparavant... La lapine, agissant très différemment de la poule, avait remarqué tout de suite l’imposture : elle attaqua le jeune furet avec une sauvagerie telle qu’elle lui cassa deux pattes avant que je pusse le retirer. Pour faire cette expérience parallèle à la précédente, il eût fallu que les deux mères eussent mis bas le même jour. »
Enfin, pour en venir aux mammifères, un ami du rév.M. White, de Selborne, a raconté à ce dernier qu'il a vu un levreau élevé par un chat (1). Prichard parle d’un chat qui a élivé un petit chien (2). Entre de nombreux exemples analogues que l'on pourrait citer, je ne rapporterai que le suivant, qui est remarquable en ce qu'il ontre l’adoption volontaire, par une chatte, de petits d’autres animaux que ses instincts et son expérience constante lui avaient appris à regarder comme un objet de proie.
(1) Bingley, Animal Biography, t. Ler, p, 269. (2) Nat, Hist. of mankind, t. Ier, p. 102.
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« Il y a quelques années, feu l'honorable Marmaduke Maxwell, de Terregles, me mena à son écurie pour me montrer une chatte occupée à élever une famille de jeunes rats. La chatte avait mis bas, quelques semaines auparavant, une portée de cinq petits chats; trois furent enlevés et tués peu après leur naissance; le lendemain, on s’aperçut que la chatte avait remplacé ses petits perdus par trois jeunes rats, qu’elle soignait avec les deux chats restints. Quelques jours après, on enleva les deux derniers chats, que la chatte remplaça à très bref délai par deux autres jeunes rats, et à l'époque où je les vis, les jeunes rats — enfermés dans une stalle vide — couraient agilement de tous côtés, ayant atteint environ le tiers de leur croissance. La chatte était absente au moment où nous entrâmes dans l'écurie, mais elle revint avant notre départ ; elle sauta par-dessus l’enclos et se coucha dans la stalle; son étrange famille d'adoption courut aussitôt vers elle et se mit à teter. Ce qui rend ce fait plus extraordinaire encore, c’est que la chatte était gardée à l'écurie à cause de ses qualités particulièrement développées comme ratier (1)».
(1) M. P. Dudgeon, Nature, vol. XX, p. 77,