RARE ES
dans les « idées originales », il ne reste rien de plus à dire de celles-ci. Si elles se présentent les mêmes, et simultanément dans un grand nombre d'individus, ainsi que le cas peut s’observer là où la nouvelle adaptation est simple, et se présente avec évidence à l'esprit, il peut ne pas y avoir besoin de l'imitation pour aider à changer l'instinct. Mais, dans d'autres cas, je suis tenté de croire que l’imitation peut jouer un rôle considérable dans l’opération. Je dois avouer cependant qu’en cherchant des faits établissant qu'une espèce d'animaux à imité les habitudes avantageuses de lelle autre espèce, j’ai été surpris de la rareté de ce genre de faits, bien que, comme nous le verrons bientôt, il y ait beaucoup de faits montrant qu’un individu copie les habitudes d'un autre individu, soit de même espèce, soit d'espèce différente, que l'action imitée soit avantageuse ou inutile. Cette différence, ce me semble, doit probablement s'expliquer de la façon suivante : si nous y réfléchissons, nous voyons que, dans tous les cas où il a pu y avoir imitation d’une espèce par l'autre, dans le passé, nous ne devons constater actuellement que la communauté d'un même instinct à deux espèces; nous ne pouvons obtenir aucune preuve que cette communauté n'a pas toujours existé. Aussi n’est-ce que dans les cas où l’imitation existe à l’état initial, rudimentaire, que nous pouvons rencontrer des exemples du fait dont il s’agit. Les exemples qui suivent sont les seuls que j'aie pu rencontrer; j'y ajoute un certain nombre d'exemples d'imitation individuelle, car ce doit être là la base de limitation chez les espèces.
Je cite d'après les manuscrits de Darwin :
a Par suite de certaines expériences que je faisais, j'avais l’occasion de surveiller de très près quelques rangées de grands plants de Phaseolus vulgaris, et, chaque jour, je vis d'innombrables abeilles de ruche se poser sur les fleurs, sur l'aile gauche de la corolle, et sucer l'intérieur de la fleur par sa bouche. Un matin, pour la première fois, je vis plusieurs bourdons (jusque-là extraordinairement rares cet été) visiter ces fleurs, et je les vis percer avec leurs mandibules des trous à travers le côté inférieur du calice, et sucer le nectar par ce trou. Le lendemain même, je trouvai toutes les abeilles de ruche, sans exception, occupées à sucer à travers les trous forés par les bourdons. Comment les abeilles avaient-elles découvert que les fleurs étaient forées, et comment prirent-elles si vite l’habitude de se servir de ees trous ? Je n’ai
jamais vu, quoique je me sois longtemps occupé du sujet, des abeilles creuser elles-mêmes des trous dans les fleurs, et je ne l'ai jamais entendu dire. Les petits trous faits par les bourdons n'étaient pas visibles de la bouche de la fleur où jusque-là les abeilles étaient invariablement allées se poser ; et je ne crois pas, d'après quelques expériences que j'ai faites, que les abeilles aient pu être guidées par l’odeur du nectar qui s’échapperait plus aisément, par ces petits orifices, que par la bouche même de la fleur. De plus, le Phaseolus vulgaris est une plante exotique. Je pense que, ou bien les abeilles ont vu les bourdons forer leurs trous, ont compris ce qu’ils faisaient, et ont immédiatement profité de leur travail ; ou bien elles ont simplement imité les bourdons après que ces orifices furent percés, c’est-à-dire qu'elles sont allées sucer après eux. Pourtant, je suis certain que si quelqu'un, à qui cette histoire préalable eût été inconnue, eût vu chaque abeille se diriger sans la moindre hésitation, et avec une précision et une célérité extrèmes, du côté inférieur d’une fleur à une autre, et sucer rapidement le nectar, il eût déclaré que c'était là un magnifique exemple de l'instinct. »
M. Darwin cite encore dans ses manuscrits l’observation suivante, qui concerne l’imitation : «11 est difficile de décider combien les chiens peuvent apprendre par l'expérience et l’imitation. Je crois qu’on ne saurait guère douter que la manière d'attaquer du bouledogue anglais ne soit instinctive (Rollin, Mém., etc., t. IV, p. 339). Je crois que certains chiens, dépourvus d’éducation, de l’Amérique du Sud, se jettent au ventre du cerf qu'ils poursuivent, et que certains autres chiens, menés pour la première fois à la chasse au pécari, se jettent à sa tête. Nous sommes conduits à penser que ces actes sont imitatifs, quand nous entendons sir J. Mitchell (Australia, vol. I, p. 292) nous raconter que ses chiens n’apprirent à saisir l’ému par le cou, en sécurité, que vers la fin de leur seconde expédition. D'autre part, M. Couch {/Uustrations of instinct, p. 191) cite l'exemple d’un chien qui apprit, après un seul combat avec un blaireau, l'endroit où il fallait donner le coup de dent fatal, et n’oublia jamais la lecon. Dans les îles Falkland, il semble que les chiens apprenaient les uns des autres la meilleure manière d'attaquer le bétail sauvage.» (Sir J.Ross,
Voyage, vol. I, p. 246.) M. Darwin fait encore remarquer que beaucoup d'espèces d’animaux sauvages apprennent certainement à comprendre les cris
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et signaux d’alarme d'autres espèces, et à en profiter ; ceci aussi est une sorte d'imitation (1).
Il cite aussi beaucoup de faits montrant que des oiseaux de différente espèce, soit à l’état de nature, soit domestiques, imitent souvent le chant l’un de l’autre : et le chant est certainement instinctif, car Couch dit qu'il a connu un chardonneret qui n'avait jamais entendu le chant d’un oiseau de son espèce, et qui le chantait néanmoins en s’y appliquant beaucoup, mais imparfaitement (2).
Yarrell cite un pinson (?) qui apprit le chant du merle (mais l'oublia entièrement dans la suite), chant qui n'aurait pas pu lui venir naturellement, étant donné son chant naturel (3). Ce fait montre que, bien que l'imitation puisse beaucoup modifier l’instinct, ses effets ne sont pas aussi profondément empreints que le sont ceux que fixe l’hérédité. Même le moineau, dont on peut à peine dire qu'il a un chant, apprendra le chant de la linotte (4), et Dureau de la Malle rapporte l'exemple 4e merles sauvages libres dans un jardin, apprenant un air d’un oiseau en cage (5); de mème, il apprit {a Marseillaise à un étourneau, et celui-ci l’apprit à tous les étourneaux d'un canton où il fut ensuite amené. De celle même manière aussi, beaucoup d'oiseaux apprennent le chant de leurs parents d'adoption d'espèce différente (6).
Enfin, beaucoup d'observations ont été faites sur les oiseaux sauvages d'Amérique imitant le chant les uns des autres, et publiées par M. E.-G. Fish (7). Il est certain, toutefois, que certains oiseaux ont plus d’aptitudes que d’autres pour apprendre et retenir le chant des autres espèces. Ainsi, l’on a connu un merle (ou élourneau ?) qui imitait si bien le cri du coq que les coqs euxmêmes s’y trompaient (8), et Yarrell en dit autant d’un étourneau
(1) Ainsi, par exemple, il dit que «les habitants des États-Unis aiment à voir des martinets construire leur nid sur leurs maisons, parce que le cri qu’ils poussent lorsqu'un milan est proche sert à donner l'alarme aux poussins, bien que ces derniers ne soient pas indigènes du pays». D’autres exemples analogues pourraient êlre cités.
(2) Iustrations of instinct, p. 486. Bechstein, Stäbenvôgel, ne éd., p. 7.
(3) Brit, Bird., vol, Ler, p. 486.
4) Descent of man, p. 370.
5) Ann. des sc. nat., 3° sér.,t. X, p. 118.
6) Barrington, Phil, Trans., 1773, p. 264.
7) Bulletin of the Buffalo 3ociety of nat. sc., 1881, p. 23-926. (8) Loundoun's Mag, nat. hist., vol. IV, p. 433.
t le gloussement d'une poule (4). Ges faits sont bien connus aussi en Cë qui concerne le Turdus polyglottus, où oiseau moqueur;, et encore, au moins à l'état domestique, des perroquets, étourneaux, geris et pies, et Ces faits sont d'autant plus remarquables qu'aucun de ces oiseaux n’a de chant à proprement parler. Ge qui est plus singulier encore; et digne de remarque, c'est que CES oiseaux puissent imiter correctement des chants ayant une notation musicale particulière, et qu’à la fois ils apprennent et retiennent mieux ces chants que ne Je font les oiseaux chanteurs les plus aptes à apprendre des airs. Bechstein dit que même le bouvreuil à besoin d'environ neuf mois d'éducation régulière et inin&trrompue pour ètre bien dressé, et que, très souvent, il oublie tout, ce qu'il à appris à l'époque de la mue. Couch dit que, pour tous ces oiseaux, « ;l en est de même que pour l’homme . ceux qui apprennent site oublient vite également », et inversement ; mais, évidemment, ceci n’est pas plus e, Car, de la part d’un quelconque anteurs précédemment cités, ce serait un signe besoin d’une éducation seul air, et, d'autre qu'on leur enseigne:
rquable exemple de l'étendue de leur faculté t incontestablement la faculté d'émettre des
sons articulés, de prononcer des mots. Ge sujet sera étudié plus au long dans mon prochain livre. Pour le moment, il me suffit de citer le fait et de faire remarquer l'étonnante puissance de précision del’imitation, qui se manifeste par la modification de l'instinet de pousser un cri, ou d'émettre ur son, en celui de chanter un air défini, ou de prononcer des mots articulés.
L'habitude qu'ont les chats, même les très jeunes chats, de se laver la figure pourrait être, à juste titre, regardée COMME instinc” tive, el proboblement aussi elle l’est; mais elle peut s'acquérir aussi par imitation ; CE qui le prouve; c'est que de jeunes chiens
élevés par une chatte ont la même habitude, Ce fait a été tout
qui imitai
vrai des oiseaux que de l'homm des oiseaux non ch de stupidité exceptionnelle que d'avoir continue de neuf mois pou ils n'oublient pas aussi aisément Ce
r apprendre un
part, | Mais le plus rema d'imitation vocale es
e éd, vol. I, P: 299, 230, où l'on cite,
d’après divers observateurs, des étourneaux à l'état de nature, imitant le cri de J’autour, du Fun? torquilla, de la perdrix, de la poule d'eau, des foulques, de l'huîtrier, de la bécasse, du pluvier doré, du courlis, du corlieu, du goéland de la caille et du râle de blé (erex) ; et le professeur Newton m'a dit qu'à Cambridge il a entendu des étourneaux imiter à la perfection le cri des canards.
(a) Loc. cit., vol. Ier, pe 204 ; et aussi À
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même que vite égaleest pas plus quelconque rait un Signe je éducation r, et, d'autre sur enseigne:
Jeur faculté d'émettre des a étudié plus 1 me suffit de ance de précication de l'injui de chanter
es chats, de st somme instinc” peut s'acquérir e jeunes chiens fait a été tout
9, 230, où l'on cite, re, imitant le cri nu, des foulques, dl Lorlieu, Au goëlant; n m'a dit qu'à Camcri des canards.
d'abord observé par Audouin (1) et a été depuis confirmé par divers observateurs. Je citerai, entre autres le cas suivant : Dureau de la Malle cite l'exemple d'un terrier à lui appartenant, qui, dès sa naissance, fut élevé avec un jeune chat de six semaines plus âgé que lui. Pendant deux ans, le terrier ne fréquenta aucun chien. Bientôt le terrier prit l’habitude de bondir comme un chat, de rouler une balle ou une souris avec ses pattes de devant ; il léchait aussi ses pattes et les frottait sur ses oreilles. Pourtant, si un chat étranger venait dans le jardin, il le chassait (2). Prichard cite un autre exemple d'un chien élevé par une chatte et ayant appris à se lécher les pattes et à se laver la figure (3). M"° A. Baïines me communique un cas tout à fait pareil. Je trouve, dans les manuscrits de Darwin, un cas du même genre, qui lui a été communiqué par le professeur Hoffmann, de Giessen, Feu le docteur Routh, président de Magdalen College à Oxford, a remarqué que son terrier kingcharles, qui avait été allaité et élevé dès le troisième jour de sa vie par une chatte, avait aussi peur de la pluie que l’avait sa mère d'adoption ; jamais, s’il pouvait l’éviter, il ne posait ses pattes sur un endroit humide; il se léchait les pattes deux ou trois fois par jour, pour se laver la figure ; il accomplissait cet acte « tout à fait à la façon des chats, assis sur sa queue » ; il « restait des heures entières à guetter un trou de souris »; enfin «il avait toutes les manières, façons et dispositions de sa nourrice » (4). Enfin un autre cas est cité dans Vature (5) : il s’agit d'un chien appartenant à M. C.-Il. Jeens, qui, ayant été élevé par une chatte dés l’âge d’un mois, avait l'habitude d'attraper des souris, et, lorsqu'il en prenait une, la traitait « à la manière bien connue des chats, qui la laissent se sauver un peu, puis l’attrapent de nouveau et ainsi de suite, pendant plusieurs minutes ». Inversement, le docteur E. Darwin cite le cas d’un chat ayant appris d’un chien l'emploi pharmaceutique del’Agrostés canina. Je crois que les faits suivants, cités d'après les manuscrits de Darwin, doivent être également, en partie du moins, attribués à l’imitation, bien qu'ici l’imitation se fasse entre individus de même espèce.
« On a dit que les agneaux emmenés au pâturage sans leur mère
(1) Ann, des sc. nat., t, XXIL, p« 397, (2) Jbid,,t, XXII, p. 388.
(3) Nat, Hist, of mankind, 39 éd. vol, Ier, p, 102. (4) Miss Mitford’s Life and Letters, vol. LI, p. 277. (5) Nature, vol. VIII, p. 79.
étaient très sujets à manger des herbes vénéneuses, et il semble certain que le pétail introduit pour la première fois dans un pays meurt pour avoir mangé des herbes vénéneuses que le bétail déjà
acclimaté a appris à éviter (4).
11 semble inutile de donner de plus nombreux exemples de l'imi-
tation chez Îles animaux ; mais on peut dire, en général, que, comme la faculté de limitation dépend de l'observation, on rencontre cette première à un degré de plus en plus considérable parmi les animaux les plus élevés ou les plus intelligents, comme
nous devons nous Y atten smum chez les
dre ; elle atteint son max!
singes, où elle est poussée à des extrémités risibles. À Ce sujet, il est intéressant de remarqu
er que l'enfant commence aimiter dès un
très jeune àge etque cette faculté continue à Se développer pendant les premiers douze où dix-huit mois, après quoi elle demeure sta:
tionnaire pendant un certain temps et sert alors beaucoup à dé velopper le langage (2). A mesure que l'intelligence croit, cette faculté diminue dans la suite, et, dans la vie, on peut la considérer comme inversement proportionnelle à l'originalité ou aux facultés supérieures de l'esprit. Aussi, parmi Îles idiots d’une certaine catégorie (pas trop inférieurs cependant), l'imitation est très puissante et garde Sa suprématie durant toute la vie, et aussi mème parmi les idiots d'un degré plus élevé ou les « faibles d’es-
prit», on observe, comme particularité très constante, une tendance exagérée à limitation. Le même fait s’observe aisément chez beaucoup de S es faits, nous de-
auvages, de sorte que, de tous © vons conclure que ès caractéristique
la faculté d'imitation est tr ge série, t. Il, P- 364, et gtilling fleels
voir Youatt, On Sheep, p. 404.
t nombre d'observations
t imitatif commence dès
Voir Ann. and Mag. of nat. hist.,
(a Tracts, p. 350. Pour les agneaux, @) Voir preyer, loc. cit., pe 176-182, où se trouven
détaillées sur ce sujet. Il dit que le premier mouvemen la quinzième semaine; il consiste en ce que l'enfant pousse les lèvres en avant
lorsque quelqu'un exécute cet acte devant lui. (Cette action semble naturelle aux enfants; peut-être ÿ a-t-il là un fait d’atavisme, Car ce mouvement est très fortement prononcë chez l'orang-outang ; voir dans Darwin une gravure représentant ce mouvement chez cet animal : Expression des émotions.) Vers la fin de là première année, les mouvements imitatifs sont plus nombreux et plus rapidement acquis, et l'enfant éprouve un plaisir actif à les exécuter. À douze mois, Preyel vit son enfant répéter dans 868 rèves les mouvemens imitatifs qui J'avaient fortement impressionné à l'état de veille; par exemple, le mouvement de souffler avec la bouche. Plus tard encore; des mouvements imitatifs compliqués sont accomplis, simplement, comme amusement; il parait en être de même pour les
singes.
d'un dans cons
Ma va pl les ai but :
tenti tifs. : l’'édu amen mani
(1) 4 ter ce formul tion cl conscié la nidi MEUL ( cette {| winun par M.
dans u à obsel le nid une let lion de sultats lière : « appren moins.
semble
d'éleve par un pour pl par un Mais j un nid souven tude, exempl mousse lant, le la nidil
il semble s un pays étail déjà
s de l'imiéral, que, n, on rennsidérable its, comme 1m chez les ce sujet, il miter dès un per pendant demeure staaucoup à déà croit, cetie it la considéalité ou aux idiots d'une imitation es a vie, et aussi « faibles d’esinte, une ten- | aisément chez faits, nous decaractéristique
, ©t gtilling fleet’s bre d'observations atif commence dès les lèvres en avant emble naturelle aux vement est très forgravure représenns.) Vers la fin de la xet plus rapidement douze mois, preyer tifs qui J'avaient forbuvement de goufer Atifs compliqués sont tre de mème pour les
d'une certaine phase de l’évolution mentale, et, par conséquent, dans les limites de cette phase, elle doit contribuer, à un degré considérable, à la formation de l'instinct (1).
Mais l'influence de cette facullé, dans la formation de l'instinct, va plus loin encore que nous ne l'avons remarqué jusqu'ici, Car les animaux les plus intelligents s’en servent précisément dans ce but : les parents, à chaque génération successive, apprennent intentionnellement à leurs petits à exécuter des actes quasi instinctifs. Ainsi, par exemple, les vieux milans font intentionnellement l'éducation des qualités instinctives de leurs petits, de façon à amener plus rapidement ces instincts à l’état de perfection, La manière dont ils fondent sur leur proie doit certainement être
(1) A l'égard des relations de l’imitation et de l'instinct, je crois utile de répéter ce que j'ai déjà dit dans l’?ntelligence des animaux, à propos de la théorie formulée par M. Wallace dans sa Sélection naturelle, d'après laquelle la nidification chez les oiseaux vient de ce que les jeunes copient volontairement et avec conscience la structure du nid dans lequel ils ont été élevés. De là le maintien de la niditication spéciale à chaque espèce. J'ai émis dans l’Intelligence des animaux diverses considérations générales que j'ai crues suffisantes pour faire rejeter cette théorie, a priori, mais depuis lors j'ai trouvé dans les manuscrits de Darwin une lettre énumérant les résultats obtenus par l'expérience cruciale proposée par M. Wallace lui-mème. Cette expérience consiste à élever de jeunes oiseaux dans un nid artificiel, ou une couveuse ne ressemblant en rien au nid naturel, et à observer ensuite si ces oiseaux, devenus adultes, construiront inslinctivement le nid caractéristique de leur espèce. Parmi les manuscrits de Darwin se trouve une lettre de M. Weir, qui semble donner une solution définitive à toule queslion de ce genre. Écrivant à la date de mai 1868, M. Weir dit, à propos des résullats obtenus par lui à la suite de longues expériences sur des oiscaux en volière : « Plus je réfléchis à la théorie de M. Wallace, d'après laquelle les oiseaux apprennent à faire leur nid parce qu'eux-mêmes ont élé élevés dans un nid, moins je me sens disposé à partager cette opinion. » Il cite le fait suivant, qui semble tout à fait contraire à cette théorie : « Il est habituel, chez beaucoup d'éleveurs de serins, de sortir le nid construit par les parents, de le remplacer par un nid en feutre, puis, quand les petits sont éclos et qu’ils sont assez âgés pour pouvoir être pris à la main, d'enlever ce nid de feutre et de le remplacer par un second nid propre, de même sorte; ceci a pour but d'éviter les acariens. Mais je ne sache pas que des canaris ainsi élevés aient jamais manqué de faire un nid lorsque l'époque de la reproduction est venue, D'autre part, je me suis souvent étonné combien leur nid ressemble à celui d’un oiseau sauvage. D’habitude, on leur fournit une petite collection de matériaux : mousse et crin, par exemple; ils utilisent la mousse pour le gros œuvre, et le crin pour doubler la mousse à l’intérieur, absolument comme le ferait un bouvreuil sauvage ; et pourlant, le nid étant fait dans une boîte, le crin seul suffirait, Je suis convaincu que la nidification est un instinct véritable, »
regardée comme instinctive, pourtant La Malle (1) a remarqué — et l'observation a été confirmée par Brehm (2) — que les vieux
oiseaux perfectionnent les instincts naturels des jeunes, en leur
enseignant « la dexterité et l’art de juger des distances, en jetant
d’abord dans l’air des souris et des moineaux morts, que les petits
manquent généralement, puis en leur apportant des oiseaux vi-
vants, qu'ils laissent ensuite s'échapper » (3).
On observe des faits analogues lorsque les vieux oiseaux ap-
prennent aux jeunes à se servir de leurs ailes. Nous avons déjà vu que M. Spalding a montré que cette éducation n’est pas nécessaire, en ce sens qu'elle n’est pas nécessaire pour développer la faculté de voler. Celle-ci est instinctive ; le jeune oiseau volerait quand même il n’eût pas reçu d'enseignement de ses parents. Pourtant l’enseignement doit avoir quelque utilité, puisque, dans queiques espèces, en tout cas, il se donne laborieusement (4). La 4 seule utilité qu'il puisse avoir est de développer la faculter de voler à plus rapidement qu’elle ne se développerait si elle n’était pas x aidée. ; Î Pareillement, le chant, chez les oiseaux, est certainement instinctif; pourtant il est perfectionné par l’imitation et l'exercice : les jeunes oiseaux écoutent les vieux et profitent de leur savoir; cela est établi par des exemples déjà cités d'oiseaux qui n'avaient jamais entendu le chant de leur espèce et qui pourtant le chantaient, mais « imparfaitement, comme pour essayer ».
Autre fait : bien que les terriers se mettent instinctivement à chasser le lapin, c’est l'habitude pour les parents — je l'ai vu moi-même — de dresser les jeunes, c’est-à-dire de diriger leurs instincts naturels au moyen de l'initation ; l’aptitude héréditaire se développe plus vite de cette façon qu’elle ne le ferait si elle était laissée à elle-même.
Le duc d’Argyll (5) cite un cas curieux « qu'il sait être authentique » d'un aigle doré appartenant à M. W. Pike (Glendarry, Co. Mayo), qui donna trois œufs au printemps de 1877. M. Pike enleva ces œufs et les remplaça par deux œufs d'oie. L'aigle
(1) Ann. des se. nat.,t. XXII, p. 406.
(2) Mag. nat, Hist., vol. II, p. 402.
13) Descendance de l'homme.
d’un aigle doré. Voir Intelligence des animaux, chap. x. (5) Nature, vol, XIX, p. 554.
positid lutte a
(4) Sir H. Davy donne un récit d'éducation laborieuse observée par lui à propos
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à l’ que lais:
herl poui herb lei, i instr par « Aprè:
port donc stinct d’abo encor l'expé tithès faits, M. Sp C'es àintr( time ; furets
‘remarqué e les vieux es, en leur , en jetant Le les petits oiseaux vi-
oiseaux apP- ; avons déjà st pas néces évelopper la eau volerait ses parents.
puisque; dans ement (4). La ulter de voler le n’était pas
tainement inet l'exercice :
de leur savoir; x qui n'avaient urtant le chaner ».
stinctivement à ts — je l'ai vu de diriger Jeurs tude héréditaire le ferait si elle
sait être authenbike (Glendarïÿ;
le 1877. M. Pike \fs d'oie. L'aigle
sorvée par lui à propos