‹ L'évolution mentale chez les animauxChapitre 45 sur 65 · RES · texte numérisé non relu

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couva les deux œufs. L’un des oisons mourut et fut déchiqueté par l'aigle pour nourrir l'oison survivant : « Celui-ci, au grand désespoir de sa mère d'adoption, refusa d'y toucher... Toutefois, avec le temps, l'aigle habitua l'oison à manger de la viande, et (comme l'oie entrait librement dans la cage de l’aigle et en sortait de même), toutes les fois qu’il a de la viande, il appelle l’oie au moyen d'un cri sec; celle-ci se précipite dans la cage et avale gloutonnement tout ce que lui donne l'aigle : viande, etc. »

Il y a aussi des faits montrant que la connaissance qu'ont les animaux des propriétés vénéneuses de certaines herbes est de nature instinctive mixte : elle est due à l’o'servation intelligente, à limitation, à la sélection naturelle, à la transmission. Car, ainsi que le fait remarquer M. Darwin dans l’A'pendice, « les agneaux laissés au pâturage sans leur mère sont très aptes à manger des herbes vénéneuses, et il semble certain que le bétail introduit pour la première fois dans un pays meurt pour avoir mangé des herbes vénéneuses que le bétail déjà introduit a appris à éviter (4)». Ici, il n'y a, en vérité, rien qui démontre que les jeunes soient instruits par les vieux d’une facon intentionnelle : ils sont instruits par eux-mêmes, c’est-à-dire par leur expérience individuelle, Après tout, c’est là le point le plus important, le point par rapport auquel l'éducation par les parents est secondaire. Je cilerai donc quelques exemples encore pour montrer que plusieurs instincts (d'habitude ceux d’origine évidemment secondaire) sont d'abord manifestés par de jeunes animaux à un degré imparfait, encore incomplet, et qu’ensuite ils se perfectionnent à l’école de l'expérience personnelle, Les cas de ce genre constituent une antithèse marquée par rapport aux instincts congénitalement parfaits, dont il a été déjà parlé, et qui out été si bien étudiés par M. Spalding.

C'est indubitablement un véritable instinct qui pousse le furet à introduire ses longues canines dans la moelle épinière de sa vic. time; mais le professeur Buchanan (2) rapporte que de jeunes furets, « au lieu d’avoir, pour leur but spécial, à se mettre dans la position voulue pour donner le coup de dent mortel, engagent la lutte avec les rats » : et pourtant ils ont les instincts nécessaires, quoique peut-être pas très complètement, puisqu'ils attaquent

(1) Youatt, On Sheep, p. 40%, et Ann. and Mag. nat. Hist., 2e sér., vol. IT, p. 364.

(2) Ann, and Mag, nat. Hiet,, vol, XVII, p. 378.

comme il le faut la moelle épinière des rats morts. Pareillement, j'ai observé moi-même ies turets que j'avais fait élever par une poule, et j'ai vu que, lorsqu'ils furent pour la première fois (n'ayant atteint encore que la moitié de leur développement) mis en présence d'un lapin, ils comprenaient bien qu’il fallait diriger leur attaque contre l'une des extrémités du corps du lapin, mais ils ne savaient pas bien laquelle: après une période d’indécision, ils attaquèrent d’abord la croupe, mais, voyant que cela ne servait de rien, ils attaquèrent l'endroit convenable. La conduite de ces mêmes furets à l'égard d’une poule (ils étaient encore jeunes) fut plus curieuse encore. On les avait séparés de leur mère d’adoption, la poule, quelques semaines auparavant, mais sans doute ils ne l'avaient pas oubliée. Aussi, lorsqu’on les mit en présence d’une autre poule, leurs instincts héréditaires les poussaient à l'attaquer, mais leurs sentiments personnels les empêchèrent de ce faire. Il y avait donc un conflit évident de sentiments, qui se traduisait par une période d'indécision prolongée. Malgré que plus tard les instincts héréditaires l'emportèrent sur les sentiments personnels, l’hésitation prolongée prouvait que ces derniers exerçaient une puissante influence inhibitoire.

Darwin dit dans ses manuscrits qu’en 1840 il vit quelques poussins éclos sans l'aide d’une poule, et remarqua « qu’âgés exactement de quatre heures, ils couraient, sautaient, pépiaient, grattaient !a terre et se rassemblaient ies uns contre les autres, comme sous {a poule : autant d'actes admirablement instinctifs ». Après avoir cité ce fait comme un exemple de ce que j'ai appelé le pur instinct, il continue ainsi qu'il suit en manière de comparaison : « On aurait pu croire que la manière dont les poulets boivent, en remplissant leur bec, puis en levant la tête de façon à laisser couler l'eau par son propre poids, aurait été spécialement enseignée par l'instinct : mais il n’en est pas ainsi; car il m'a été très positivement affirmé que ies poussins d’une même couvée, élevés isolément d’autres poussins et poules, avaient généralement besoin qu'on leur miît le bec dans l’auge ; mais s’il y avait avec eux d'autres poussins plus âgés, ayant appris à boire, les plus jeunes imitaient leurs mouvements et acquéraient ainsi la science voulue. »

En somme donc, à l'égard des modes selon lesquels l’intelligence intervient pour modifier l'instinct, nous pouvons dire que, dans tous les cas où elle intervient, il faut qu'il y ait d’abord une

perception intelligente de l'utilité de la modification, de la part

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