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Hitzig, Fritsch, Ferrier, Goltz et autres projettent une vive lumière sur ce sujet; mais il nous faut considérer plutôt la fonction de ces centres nerveux qui désormais nous occupera exclusivement, la fonction d’être associés avec les phénomènes mentaux.
Comme les hémisphères cérébraux ressemblent assez par leur structure intime aux ganglions en général, on ne saurait douter raisonnablement que leur mode d'action ne soit essentiellement le même, et comme leur fonction s'accompagne des phénomènes de subjectivité, on ne peut guère douter non plus que ces phénomènes ne constituent l'aspect, le côté obverse de l’action ganglionnaire. Examinons donc cette face du phénomène el voyons si nous pouvons découvrir quelque principe fondamental des opérations mentales que nous puissions raisonnablement regarder comme correspondant aux principes fondamentaux des opérations ganglionnaires.
Le principe fondamental des opérations mentales est la mémoire, car c’est la condition s2ne qua non de toute la vie mentale. Mais la mémoire, envisagée par son côté physiologique, ne signifie qu'une chose : c'est qu'une décharge nerveuse ayant une fois eu lieu selon une certaine route, laisse derrière elle un changement moléculaire, plus ou moins permanent, tel que, lorsqu'une autre décharge suit plus tard la même route, elle y trouve pour ainsi dire la trace des pas de celle qui l’a précédée. Ceci, nous l’avons Yu, n'est rien de plus que ce que nous avons vu être le cas pour J'action ganglionnaire en général. Mème longtemps avant que les mouvements impliquant une coordination musculaire aient été
répétés assez souvent pour se consolider en un seul acte organisé,
indécomposable, ils deviennent, en vertu du principe que j'ai nommé principe de l'habitude, de plus en plus faciles à reproduire ; toujours, sauf dans le cas d'absence d’élément mental, le éentre nerveux se rappelle l'occurrence de ses décharges antérieures ; elles ont laissé derrière elles une impression sur la structure du ganglion, de la même nature que celle que nous reconnaissons, vue du côté physiologique, être une impression de mémoire, quand elle se produit dans les hémisphères cérébraux. L’analogic est beaucoup trop étroite pour être attribuée à un hasard, car elle
se retrouve dans tous les détails. Ainsi, un ganglion peut oublie:
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acte nécessitant une habileté quelconque, a remarqué ce fait. On peut aussi remarquer que, lorsque tel est le cas, la fonction oubliée par le ganglion s’acquiert à nouveau plus aisément que la première fois ; c'est exactement la même chose pour les faits mentaux.
Comme exemples particuliers de ces faits, je citerai deux ou trois cas qui serviront en même temps à montrer de combien peu d'importance est, au point de vue objectif, la conscience, pour la mémoire d’un ganglion.
Robert Houdin pratiqua, très jeune, l’art de jongler avec des balles ; après un mois de pratique, il était capable de jongler avec quatre balles à la fois. Son mécanisme reuro-musculaire était si bien dressé, ou se rappelait si bien comment accomplir la série d'actes nécessaires, qu'il pouvait cesser de s’en occuper au point de lire un livre sans hésitation pendant qu’il jonglait avec ses quatre balles. Trente ans après, essayant de nouveau cette expérience, bien qu'ayant à peine touché une fois à ses balles durant ce long intervalle, il trouva qu'il pouvait encore lire sans difficulté pendant qu'il jonglait avec trois balles ; les ganglions avaient oublié en partie leur fonction, mais en somme se la rappelaient encore admirablement. Lewes cite aussi ie Cas d’un garcon de café, endormi dans une salle au milieu de beaucoup de bruit de conversations, se réveillant tout de suite, lorsqu'on eût appelé « garçon » à voix basse; le docteur Abercrombie cite encore un homme qui avait l’habitude de prendre une montre à sonnerie placée au chevet de son lic pour lui faire sonner la dernière heure marquée sur le cadran ; on vit cet homme répéter cette action, bien qu’il semblât à tout autre égard inconscient par suite d’une attaque d’apoplexie. Mais les exemples les plus remarquables que l'on puisse donner sont peut-être ceux avec lesquels on est le plus familiarisé : ce sont la marche et la parole. Quand nous nous rappelons l’immense quantité de coordinations neuro-musculaires qui sont nécessaires à l’accomplissement de l’une ou l’autre de ces fonctions, et les pas laborieux par lesquels il les faut acquérir pendant l'enfance, il est étonnant que, dans la vie, nous arrivions à les accomplir sans y songer ; les ganglions qui en sont chargés ont entièrement appris leur besogne.
Voilà pour la mémoire. Mais la mémoire serait une faculté inutile si elle ne fournissait pas la base d’un autre nrincipe, en réalité le plus important dans le domaine subjectif, je veux parler de
l'association des idées. C’est ici la racine de toute l'organisation
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psychologique; si donc le mens a une base physique, nous devons nous attendre à rencontrer quelque trait général et essentiel de l’activité ganglionnaire, répondant à ce trait général et essentiel de l’activité mentale. En effet, tel est le cas.
L'association des idées n’est, en effet, qu'un développement de la mémoire simple. Une impression mentale, image, mémoire ou idée, s'étant déjà présentée en juxtaposition avec une autre, non seulement les deux sentiments sont enregistrés dans la mémoire, mais le fait de leur juxtaposition l’est aussi : de sorte que quand l'un est rappelé, l’autre l’est aussi. Examinons do:.. la chose de plus près, pour voir cc'\ment ce grand principe de psychologie peut s’expliquer, par rapport au principe collatéral en physiologie.
Nul doute que, dans l'organisation complexe des hémisphères, un arc nerveux (filets, cellules et filets) ne soit relié à ur autre, et ainsi de suite à l'infini ; il serait également malaisé de douter que les processus mentaux ne s'accompagnent de décharges nerveuses, tantôt! dans cet arc, tantôt dans celui-là, selon que Île groupe de cellules nerveuses dans chaque arc est incité à décharger son influx par la réception de la décharge de quelqu'un des autres arcs nerveux auxquels il est uni. En outre, comme nous l'avons vu, il est pratiquement certain que plus une décharge nerveuse se produit souvent à travers un groupe donné d'ares nerveux, plus il est aisé aux décharges subséquentes de suivre les
mêmes voies, ces voies leur ayant été rendues plus perméables “et plus praticables. En y réfléchissant un peu, nous verrons que, dans ce principe physiologique, nous avons sans doute le côté
objectif du principe psychologique de l’association des idées. On peut accorder sans peine qu'une série de décharges se produisant à travers le même groupe d’arcs nerveux, s'accompagnera de l’oceurrence d’une même série d'idées; on accordera aussi que le passage antérieur d’une série de décharges à travers un groupe quelconque d’arcs nerveux aura pour résultat, en rendant la voie plus praticable, de faire prendre aux décharges ultérieures la
même voie, lorsqu'elles partiront de la même source. Si l’on accorde ces deux propositions, il s'ensuit que la tendance des idées à se re-présenter dans l’ordre où elles se sont à$ïà présentées est ‘simplement l'expression psychologique du fait physiologique que es lignes de décharge deviennent plus praticables par le service
et l'usage.
Nous voyons ainsi que le principe psychologique fondamental
de l'association des idées n’est que l'expression, sous un aspect différent (obverse), du principe neurologique fondamental : l’acte réflexe. Les exemples cités plus haui du garçon de café endormi, du malade inconscient du docteur Abercrombie, etc., semblent bien prouver, en effet, que tel est le cas ; car cesexemples montrent que des actes primitivement dus à une association d'idées consciente peuvent, après une éducation suffisamment prolongée des ganglions, cesser d’être des actes conscients : on ne peut donc plus, en quelque façon que ce soit, les distinguer des actes réflexes (1).
Mais la preuve dela corrélation fondamentale entre l’action ganglionnaire et l’action mentale ne s'arrête pas ici. Il y a une autre série de faits à l'appui : ces faits ne sont peut-être pas tout aussi nets que les précédents; mais, à mon avis, ils semblent aussi convaincants, et même plus intéressants que ceux auxquels j'ai fait allusion. Si nous regardons l'idéation comme étant l'indice des processus plus élevés ou plus complexes, dans le même sens que les mouvements musculaires sont l’indice de processus plus inférieurs, et moins compliqués, nous trouverons matière à montrer que le développement de l’idéation, ou l’évolution mentale, implique un développenient continu et plus avancé des processus nerveux Correspondants: ce développement, par sa nature, est identique à celui qui, sur une échelle inférieure (celie du mouvement musculaire), a conduit à la coordination musculaire. En d’autres termes, si nous consentons à prendre pour indice, non plus les muscles, mais les idées, nous verrons clairement que la méthode d'évolution nerveuse a partout été uniforme ; nous verrons que le perfectionnement progressif des organes nerveux — perfectionnement qui dans un cas s’est exprimé par la complexité croissante du système musculaire, et qui, dans l’autre cas, s’est manifestée par les progrès graduels de l’évolution mentale — nous verrons que ce perfectionnement progressif a toujours été régi par les mêmes principes de développement.
Laissant de côté la question philosophique de l'association de l’action nerveuse avec l'idéation subjective, et nous préoccupant
(1) Un exemple de ce fait se trouve encore dans les circonstances suivantes : les hommes rapprochent toujours leurs genoux pour rattraper quelque objet qui tombe, tel qu’une pièce de monnaie; les femmes, au contraire, les écartent. La raison en est dans la différence de costume, qui a conduit à une différence d'habitude. L'habitude, dans l’un et l’autre cas, est née primitivement d’une adaptation raisonnée ; elle finit par ne se distinguer qu’à peine d’un réflexe.
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seulement de ce fait scientifique, savoir : que cette association existe, nous pourrons très nettement apprécier le parallèle que je ais faire, si nous regardons les processus subjectifs. Tel est-il, ou n'est-il pas le cas ? cela importe peu à l'exposé que je vais faire : car, d'un bout à l'autre, je fais comme s’il m'était accordé que l'association des faits nerveux et des faits psychiques est aussi invariable et précise qu’elle le serait s’il était prouvé qu'il y a relalion de causalité entre eux.
Regardant donc, pour les nécessités de mon argumentation, les faits nerveux comine cause des faits mentaux, je désire montrer qu’il y a un parallélisme exact entre l’action ganglionnaire qui produit l'idéation subjective et celle qui produit la coordination musculaire, je désire montrer que si nous interprétons les phénomènes de l’idéation en fonction de l’activité nerveuse qui est supposée la produire, nous trouverons que cette activité est la même en ce qui concerne ses lois et principes, que celle qui produit la coordination musculaire.
Sans doute il semble absurde, et à un point de vue purement philosophique, il est absurde de parler des idées comme équivadents psychologiques des muscles Autant que l'analyse subjective peut nous instruire, il ne semble pas qu’il y ait plus de parenté entre une idée et un muscle qu'entre une idée et une pierre, ou la lune ; mais si nous envisageons la chose à un point de vue objectif, nous voyons que la parenté est des plus intimes. Tenant pour accordé que la même idée est coujours éveillée par l’activité ‘du même organe nerveux, élément ou groupe de cellules et fibres, et n’est éveillée que par elle, il s'ensuit que tout changement mental particulier ressemble à une contraction musculaire en ce sens qu'il est le résultat ullime de l’activité d'un organe nerveux particulier. Ce qui choque dans les comparaisons entre un changement mental et une contraction musculaire est dû à la distinction absolue que l’on sent toujours exister entre les processus mentaux et les processus dynamiques. La physiologie, qui ne “’occupe que des p :cessus dynamiques, ne peut prendre connaissance de rien de € qui se passe dans la région des facultés “mentales. Elle peut suivre l’action nerveuse et montrer com- «ment elle conduit à des mouvements musculaires combinés, de plus en plus compliqués, à mesure que nous considérons des mécanismes de plus en plus perfectionnés; mais même lorsque nous arrivons au cerveau de l’homme, la physiologie ne saurait
s'occuper en quoi que ce soit du côté mental des processus nerveux. Tout ce que la physiologie peut voir dans ces processus, c’est l’aptitude croissante à distinguer les excitations, et à envoyer une impulsion à un nombre proportionnellement plus grand, et à une variété plus abondante, de mouvements adaptés : les changements mentaux qui accompagnent ces processus nerveux sont aussi entièrement en dehors du domaine de la physiologie, que ces processus nerveux sont en dehors du domaine de la subjectivilé. Voilà pourquoi, lorsque nous élablissons une analogie entre une idée et un muscle, nous sentons qu'il n'es! pas congru de confondre deux choses séparées l’une de l’autre par tout l’abime qui sépare « sujet » de «objet». Mais, bien qu'en parlant d'une idée comme l’analogue d’un muscle, nous devions sentir et sentons, en effet, qu'il y a là incongruité, qu'on n’aille pas s’imaginer que nous nous laissons attirer dans quelque confusion de pensée, en employant ce langage. Je parle d’un changement mental comme l’analogue d’une contraction musculaire en ce sens seulement que le premier est l'événement final invariablement associé (qu’il y ait causalité ou non) à l’activité d'un organe nerveux.-Si nous ne cherchons pas à pousser l’analogie plus loin, il n’y à pas de danger que nous confondions des idées qui doivent être toujours tenues pour fondamentalement distinctes.
En voilà suffisamment comme introduction, comme préambule au point que j'ai à éclaircir. On admettra sans peine qu'il est abondamment démontré que dans le règne animal entier, tant que nous considérons le système musculaire comme l'indice des perfectionnements organiques qui s’accomplissent dans le système nerveux, cet indice consiste en une complexité croissante du système musculaire, et dans l'accroissement consécutif du nombre et de la variété des mouvements coordonnés que ce système est en état d'exécuter. Donc le point que je veux prouver sera établi si je puis montrer clairement que le processus de l’évolution mentale offre avec le processus de l’évolution musculaire quelque ressemblance du genre de celle que nous devrions nous attendre à y trouver, si l’une et l’autre dépendent d’un processus analogue d'évolution nerveuse. En d’autres termes, j’ai à montrer que le processus de l’évolution mentale consiste essentiellement en une coordination progressive de facultés mentales également en voie de développement progressif, coordination analogue à celle qui a lieu pour les mouvements musculaires,
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