‹ L'évolution naturalisteChapitre 17 sur 86 · Idées et Sensations, p · texte numérisé non relu

Idées et Sensations, p

phrase n'est pas soudaine et brusque ; elle n'a pas de ces chutes, de ces coups qui s'enfoncent comme un coin dans une idée. Notre langue est molle; trop de chair et pas assez d'os ; elle n'a pas de lignes, elle est flou comme dirait notre peintre Grancey. Eh bien, enfermez-la dans la matrice des langues mortes; serrez-la dans leur moule de fer ; elle sera frappée, elle sortira médaille, sans bavure et nette comme la langue de diamant de la Bruyère ^ »

Mais, après tout, il vaut mieux « être Lucain que le

dernier imitateur de Virgile, qui n'a pas de nom «... »

Les Concourt se sont bâti un kiosque, « à Pextrème

Kamtchatka du romantisme, » comme Sainte-Beuve

disait de Baudelaire. Leur talent ressemble à leur

maison d'Auteuil, tout encombrée de collections, d

meubles d'autrefois, de gravures, de livres d

XVIII • siècle, et de bibelots japonais. Les deux frères

sont peut-être les deux écrivains de notre époque que

le milieu 'explique et complète le plus. « Gela, qui agit

si peu sur la plupart, les choses, avait une grande

action sur Charles. Elles étaient pour lui parlantes et

frappantes comme les personnes Un mobilier lui

était ami ou ennemi. Un vilain verre le dégoûtait d'un boD vin.... Aussi, le plaisir ne durait-il pas pour lui: Charles lui demandait un ensemble trop complet, un accord trop parfait des créatures et des choses ^. »

Tout ce long portrait de Charles Demailly est à lire. Les deux écrivains y ont analysé leur talent nerveux, comme plus loin, ils me semblent avoir esquissé la physionomie de Gustave Flaubert: « L'œil bleu, profond,

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