LIVRE IV
<c Uncactas de Provence poussé avec ses hérissements et ses épines entre deux pavés parisiens. »
Voilà comment un romancier qui sent encore les piqûres du cactus définit M. Emile Zola. L*image, ingénieuse et juste, tient compte à. la fois de la race, du tempérament et des impressions décisives de la première jeunesse.
L'auteur de TAssommoir est détaille moyenne, trapu, de courte encolure et d'épaules larges. Un front haut et droit ; des yeux hienveillants ; un nez d* abord très gros, aux fortes narines, qui prend une extrême finesse en s'amincissant ; des lèvres épaisses, Tinférieure un peu avançante et ironique ; des joues grasses ; un menton carré et puissant, mais trop brusquement terminé ; une barbe et des cheveux bruns, coupés en brosse. Les jambes paraissent frêles comparées à Tamplear du buste. La lourdeur générale des membres 8*harmonise avec la puissance un peu lente et la patiente volonté de Técrivain. « L'ensemble,écritM. Alexis,
rappelle assez la physioQomie d'un de ces soldats romains qui conquirent le monde. »
La parole est lente et douce, un peu zézayante; le front qui se plisse à Tinfini reflète la moindre accentuation.
J'ai vu M. Zola dans son cabinet de Médan, revêtu d*habits d'hiver en plein été; pantalon et veste ea velours marron, un foulard blanc négligemment attaché au cou, jouant avec un lorgnon dont sa myopie se passe volontiers.
L'expression parfois dure de cette physionomie indique bien des souffrances passées auxquelles les illusions sont venues se briser une à une. Dans tout poète amer se cache un rêveur tendre. La méchanceté et la bêtise humaines ont aigri, pour le plus grand bien de la littérature française, l'optimiste des Contes à Ninon.
Les Rougon-Macquart sont imprégnés d'une morosité forte. Toutes les pages vibrent d'une sourde colère. Sous le naturaliste couve un satirique contenu. Dans Pol'Bouille percent bien des sarcasmes. La misanthropie domine le romancier jusqu'en ses velléités d'optimisme *. Le dégoût et l'indignation d'un homme pour qui la vie a été dure éclatent dans ces livres où le « révolté » jette à la tête de la société toutes ses hontes hypocrites.
D'ailleurs, ce critique violent, ce romancier âpre, reste assez apathique dans la vie courante. Ce n'est pas un homme d'action, mais un homme de rêve. La nature a de ces revanches. Plus d'un audacieux novateur n'use de volonté que pour arriver à son but, indifférent à tout le reste. Quand on dépense son activité sur un point et qu'on infuse à son œuvre le sang de