‹ L'évolution naturalisteChapitre 45 sur 86 · Préface de Jack · texte numérisé non relu

Préface de Jack

poèmes indiens. Il en avait un intitalé Lakçamana, un autre Daçaratha^ un autre Kalatçala, un autre Bhagtra-

tha, et puis Çudra^ Cunocépa, Viçvamitra mais le

plus beau de tous était encore Baghavat. Ah I quand le poète récitait son Baghavat toute la salle du fond croulait... En somme, ces poèmes indiens se ressemblaient tous. C'était toujours un lotus, un condor, un éléphant et un buffle; quelquefois, pour changer, le lotus s'appelait lotos, mais, à part cette variante, toutes ces rapsodies se valaient: ni passion, ni vérité, ni fantaisie. Des rimes sur des rimes. Une mystification... » On a imprimé un nom au bas de ce malicieux portrait; on a désigné, au grand déplaisir de M. Daudet, un des maîtres de la poésie néo-romantique. Le romancier a peutêtre emprunté à M. Leconte de Lisle quelques traits purement extérieurs; il a pu s'égayer de certaines restitutions d'orthographe ; on conçoit qu'un écrivain tout moderne, un fin parisien ne se sente pas à l'aise dans les mondes exotiques de M. Leconte deLisle, mais M. Alphonse Daudet a trop de sens critique pour ne pas apprécier la largeur de verbe et l'attitude sereine, grandiose, olympienne de l'auteur des Poèmes barbar es.

Après les ratés, ce sont les méridionaux qui ont été les plus persiflés par leur faux frère. La raillerie se promène de la famille littéraire d'élection à la famille d'origine: pas bien méchante, d'ailleurs. Le poète semble parfois rire de lui-même autant que des autres. L'épopée de Tartaririj sorte de Don Quichotte, terrible en paroles, toujoursbardé de coutelas, et forcé un jour, pour l'honneur de son nom, de remplir des promesses imprudentes, est une charge, superbe de bonne humeur. Le héros de Tarascon part, au milieu des fanfares, mé-

content de loi-même, mais parlant de tapisser la ville avec des peaux de lion. En Algérie, le bonhomme, volé, dupé, est bien heureux de tuer un pensionnaire aveugle de ménagerie. Sans demander son reste, Fenthousiasme suffisamment refroidi, Tartarin rentre dans sa bonne ville, obstinément suivi par un dromadaire fidèle. Il ne songe qu'à se glisser obscurément chez lui, craignant les risées. Stupéfaction. L'orphéon Fattend à la gare, ainsi que les autorités ; le bruit des exploits du tueur de lions s'est répandu, décuplé par l'exagération méridioncde. Et zim, boum, boum. En avant, la musique ! Gris et farandoles, nopces et festins.

Même exaltation lorsque le député d'Aps, Numa Roamestan, un beau parleur sonore et vide, vient jouir de ses vacances. Pluie de fleurs, voiture dételée, entrée triomphale, courses dans les arènes. Roumestan est un Tartarin ramené aux proportions de la vie réelle. Il réalise le type du ministre prometteur : bureaux de tabac, places de garde champêtre, de percepteur, lignes de chemin de fer, églises, routes, canaux, il promet tout, ne doute de rien, ne songe jamais au quart d'heure de Rabelais. Naïvement effronté, il se joue de tout le monde, même de la loyale femme que ses mensonges et ses trahisons écœurent et font saigner. Joie de rue, douleur de maison. Le romancier a fortement opposé les deux caractères du mari et de la femme, l'une contenue, pleine de chaudes tendresses sous sa réserve apparente; Tautre, emporté par des brusques fougades, chariQeur, enthousiaste et pétillant de verve, mais sans consistance, sans fond : nord et midi.

M.Alphonse Daudetse sert du langage de là-bas pour ^Diir sus à ses compatriotes. Té! vé! comme il se mo- 9ue des imaginations exultantes et du mirage chroni-

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que ! Les phrases ont la saveur du terroir; toutes le syllabes se détacheot et les e muets s*acceQtuent. Le méridionaux sont fouettés avec des verges coupée par eux. On voit voltiger sur toutes les pages rironi< d*outre-Loire, ailée et bourdonnant dans le soleil d*or

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