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LIVRE V

Lies tendresses de Victor Hugo pour les sonorités de la forme ont amené ses disciples au pur travail du rhytbme et au mépris de Tidée. Mais des Bousingots de 1830 aux Impassibles de 1865, on compte bien des étapes.

Théophile Gautier d*abord donne à la forme ro-* mantique une solidité marmoréenne ; sa prose et ses vers ont les grands plis, la dureté éclatante d*un paros taillé par une main grecque. Les allures tourmentées de rage précédent se classifient et s'immobilisent. Il y a du Gœthe dans Théophile Gautier ; il prône Timpas* sibilité artistique, substitue le culte de la couleur et de la ligne à la confusion grandiose de Tépoque lyrique. La poésie rejette l'inspiration des Lamartine et des Musset, peu soucieux de grammaire et attendant le souffle divin pour chanter aux étoiles; Tart, toujours maître de lui, sera Tinitiateur des générations nouvelles. A livresse des enthousiastes succède le calcul des raffinés ; le lyrisme gèle. La poésie française offre alors la

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contrfiuliction d'une forme lyrique et de peosées tout artificielles.

Le lyrisme, c*estreinportementjuvénil, le tourbillonnement tempétueux des images et des idées. Musset a fait le portrait du poète- lyrique, ïton propre portrait :

Celui qui ne sait pas, durant les nuits brûlantes Qui font pâlir d'amour l'étoile de Vénus, Se lever en sursaut, sans raison, les pieds nus, Marcher, prier, pleurer des larmes ruisselantes, Et devant l'infini joindre des mains tremblantes. Le cœur plein de pitié pour des maux inconnus ;

Que celui-là rature et barbouille à son aise, Il peut, tant qu'il voudra, rimer à tour de bras. Ravauder l'oripeau qu'on appelle antithèse, Et s'en aller ainsi jusqu'au Père-Lachaise, Traînant à ses talons tous les sots d'ici-bas ; Grand homme, si l'on veut; mais poète, non pas.

Au contraire, la nouvelle poésie bâtarde affiche ce programme :

Je hais le mouvement qui déplace les lignes, Et jamais je ne pleure, et jamais je ne ris.

Pose bien plus choquante que la pose débraillée des premiers romantiques. L'apathie est à la mode. Aussi ya-t-on s'égarer, à court d'inspiration et d'art, dans les mièvreries à la Gautier et les étrangetés à la Baudelaire. Ces deux poètes sont les maîtres de la génération grandissante.

Le ciseau de Gautier donne des finesses d'orfèvrerie à la moindre chose. Le travail vaut mieux que la matière. Dans toutes les poésies des dernières années, réunies sous le titre à' Emaux et Camées^ cet art léché triomphe. Pas de bavures, mais aussi pas d'inspirations remuantes ; de la poésie en miniature.

L'influence de Baudelaire, plus sensible encore, ne

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s*est exercée que plus tard. Il a saisi Jes jeunes gens par son intense personnalité et par les hardiesses de sa poésie décadente. Il y a du Delacroix dans Baudelaire; pLusdedessin, mais les mêmes tons violacéset verdâtres.

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