Diodorc, IH
rus : € J'ai vu le forgeron à la gueule du four; ses doigls sont rugueux, comme des objets en peau de crocodile ; il est puant plus qu'un œuf de poisson. — Les bras du tailleur de pierres sont usés... ses genoui et son échine sont rompus. — Les bras du magon s'usent au travail ; il se ronge lui-même ; ses doigts lui sont des pains; il se fait humble pour .plaire ; quand il a son pain, il rentre à la maison et bat ses enfants. — Le tisserand est plus malheureux qu'une femme; il ne goûte pas l'air libre. Si, un seul jour, il manque à fabriquer la quantité d'étoffe réglementaire, il est lié, comme le lotus des marais. C'est seulement en gagnant par des dons de pain les gardiens des portes qu'il parvient à voir la lumière du jour. — Le teinturier, ses doigts puent l'odeur des poissons pourris; ses yeux sont battus de fatigue; sa main ne s'arrête pas; il passe son temps à couper des haillons; c'est son horrelir que les vêtements. — Le cordonnier est très malheureux; il mendie éternellement; sa santé est celle d'un poisson crevé; il ronge le cuir pour se nourrir \ > — C'est toute une litanie de plaintes, de gémissements poussés, il y a des milliers d'années, et qui, aujourd'hui encore nous touchent, excitent notre pitié; car nous savons que, dans l'avenir, une postérité aussi éloignée de nous que l'est dans le passé cette antiquité égyptienne pourra lire des lamentations également poignantes sur le misérable sort de nos serfs industriels, soidisant libres.
Les fragments, que je viens de citer, proclament assez haut que, le plus souvent, le travail égyptien était servile. D'incessantes réquisitionsobligeaient les classes inférieures à travailler, par multitudes, sous les bâtons des surveillants, sans autre récompense qu'une maigre ration de vivres*. Temples, tombeaux princiers, canaux, digues, réservoirs, tout cela était