II. — l'Ethiopie moderne
A en croire leurs annales, les Abyssins auraient vécu dès la plus haute antiquité en régime féodal avec un empereur (aisé) pour souverain*, et le fait est très vraisemblable, puisque tel était déjà, dans sa forme très générale, le gouvernement de l'ancienne Egypte. Mais le trône en Abyssinie n'était pas et n'est pas encore régulièrement héréditaire. Aujourd'hui le souverain désigne ordinairement son successeur, toujours pris dans sa famille; c'est, nous le savons, la forme primitive de l'hérédilé; mais la volonté du monarquô abyssin est rarement respectée. Le plus souvent, quand le pouvoir devient vacant, il y a compétition entre les princes et celui qui l'emporte prend ordinairement la précaution de faire couper un pied ou une main à tous ceux de ses parents qui lui inspirent de l'ombrage. Autrefois, en Abyssinie et dans le Sennaar, on mettait tout simplement à mort ces parents gênants ^ Une fois au pouvoir, le souverain jouissait jadis d'une autorité plus qu'égyptienne. A son gré, il pouvait faire et défaire les lois; il disposait de la vie de tous ses sujets, donnait et ôtait tous les emplois selon son bon plaisir. Il se composait à lui-même un conseil de généraux et de gouverneurs, mais sans aliéner en rien sa liberté. Plus tard les grands vassaux s'émancipèrent et aujourd'hui le souverain doit compter avec eux^
Néanmoins le pouvoir du monarque éthiopien est encore