‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 169 sur 538 · III. — LA MONARCHIE AU JAP(ÎN · texte numérisé non relu

III. — LA MONARCHIE AU JAP(ÎN

Le Japon, qui nous intéresse en ce moment, est uniquement le Japon d'autrefois, celui qui était taillé sur le patron des grandes monarchies barbares. C'est seulement vers 660 avant notre ère que l'histoire de cet État sort des ténèbres. L'Empire du Soleil levant fut sûrement une émanation, une colonie de la Chine. Mais les immigrants chinois durent conquérir Tarchipel sur les premiers occupants, Malais sans doute dans le sud, Aïnos dans le nord. La lutte dura plusieurs siècles et les envahisseurs, qui avaient organisé d'abord une monarchie féodale, sans doute sur le modèle du régime encore existant dans l'Empire du Milieu, furent obligés par les événements même de déléguer des pouvoirs militaires importants à un siogotm ou généralissime, cela un peu avant l'ère chrétienne. La qualité de siogoun se perpétua et, vers la fin du xir siècle, devint héréditaire; peu à peu même, le siogoun domina tous les autres grands feudataires, ne

laissant à Teropereur^ au mikado^ que le pouvoir spirituel et la vaine fumée d'honneurs quasi-divins. C'est du siogoun que parlent la plupart des anciennes relations, quand elles décrivent le pouvoir et la cour de l'empereur du Japon. Du reste, les deux cours^ celle du siogoun de Yeddo et celle du mikado de TokiOy la ville sainte, étaient organisées sur un pied analogue. Peu à peu l'empereur temporel fut, comme l'empereur spirituel, enlacé dans les liens d'une rigide étiquette. A l'exemple de son supérieur hiérarchique, il sortit très rarement de son palais et en arriva même à ne plus faire que par délégué sa visite annuelle au suzerain de Tokio. Le faste et le cérémonial se ressemblaient fort dans les deux cours; pourtant celle de Tokio avait la prééminence. Le mikado y trônait dans une pompe prestigieuse. Il était le successeur, l'envoyé des dieux, la clef de voûte, au moins en théorie, de tout l'édifice féodal. En droit, propriétaire de tout l'empire, il en concédait seulement les différents districts, à titre de fiefs relevant de la couronne, à de grands vassaux ayant un état de maison princier. Ceux-ci, à leur tour, avaient distribué des arrière-fiefs à des vassaux formant une noblesse de second rang et commandant à des colons ou serfs payant redevance. C'est le calque exact de notre féodalité européenne et à peu près de toutes les féodalités. Il semble bien y avoir une nécessité, une loi sociologique, suivant laquelle toutes les sociétés de type féodal doivent uniformément organiser leur hiérarchie depuis le roi jusqu'au vilain.

Tout l'absurde et fastueux cérémonial des grandes monarchies barbares entourait et enchaînait les souverains du Japon. Le mikado était honoré comme un personnage d'une essence supérieure. Jamais ses augustes pieds ne devaient toucher le sol nu ; les rayons du soleil ne devaient jamais tombersur sa tête sacrée. C'eût été un crime que de lui couper la

barbe ou les ongles. Comme l'empereur de Tancien Mexique, il ne mangeait jamais deux fois dans le même service ^ Il épousait successivement et en grande pompe douze femmes de haute naissance, et chacune d'elles avait, dans l'enceinte du palais impérial, son habitation particulière portant au fronton des armes héraldiques. Celte douzaine d'épouses en chef n'empêchait pas l'empereur d'entretenir, dans un harem, de très nombreuses concubines ^ — Comme le pharaon d'Egypte, celui du Japon ne faisait rien à la manière ordinaire ; il était captif dans le réseau serré d'une étiquette traditionnelle. En 1788, un grave événement se produisit au Japon. Le feu, qui ne respecte rien, ayant pris au palais, l'empereur fut obligé de courir et, accident au moins aussi grave, de manger, pendant deux jours, du riz qui n'avait pas été trié grain à grain : ce fut, dans les annales de l'empire, comme une révolution. Toute la maison de ce dieu terrestre participait de sa majesté ; blesser l'un de ses serviteurs c'était offenser leur maître, commettre un régicide ^. — Cinq fois par an, l'empereur donnait des audiences solennelles dont la plus importante était celle du jour de l'an. Ces audiences se tenaient dans la troisième enceinte du palais impérial, où les nobles ne pouvaient entrer que pieds nus et suivis d'un serviteur portant leurs chaussures. Seuls, les premiers d'entre eux, lesprinces, avaient la permission de se faire accompagner par deux autres valets*. Dans chacune de leurs résidences, les grands vassaux japonais avaient soin de ménager une entrée dite impériale, avec une superbe porte dorée, laquée, ornée de bas-reliefs, et par laquelle le maître suprême avait seul le droit de passer ^

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