‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 259 sur 538 · RACES BLANCHES · texte numérisé non relu

RACES BLANCHES

L'évolution politique serait simple et surtout très bornée, si elle ne dépassait pas les limites atteintes par les races de couleur. Avec une désespérante monotonie tous les peuples de ces races se répètent, passant de l'anarchie au clan, du clan à la tribu républicaine, de celle-ci à la tribu aristocratique et monarchique pour s'avilir enfin dans la monarchie barbare, petite ou grande. L'échelle n'est pas toujours suivie dans toute son étendue; on voit des groupes ethniques s'arrêter à l'un ou à l'autre des degrés intermédiaires : aucun ne franchit le dernier. Si le terrain de l'expérience sociologique se bornait là, le résultat sérail décourageant, puisqu'il nous en faudrait conclure que le tissu de souffrances et d*effbrls, dont est faite la vie du genre humain, a pour aboutissant nécessaire l'asservissement sous les pieds d'un despote déifié.

Avec les races blanches, l'horizon s'éclaire et s'élargit. L'évolution politique des Berbères, que nous avons étudiée dans le précédent chapitre, n'est déjà plus coulée dans le moule ordinaire aux races de couleur. Jamais les Berbères ne sont arrivés au stade de la grande monarchie. Strabon compare le genre de vie des Numides à celui des Arabes Scénites. Quelques-unes de leurs tribus étaient sédentaires et agricoles; la plupart menaient l'existence nomade des

Bédouins actuels. Massinissa, Jugurtha n'étaient que des chefs de confédérations ; jamais ils n'ont été traités en monarques adorés. Enfîn nous avons vu les Kabyles con* server la forme politique de la tribu républicaine, mais ea en perfectionnant singulièrement l'organisation.

Quant aux Sémites, dont Thistoire nous est mieux connue, leur évolution politique, dans ses phases premières, ne diffère pas sensiblement de celle des races de couleur. Elle part du clan communautaire pour arriver à la monarchie despotique et même TAssyro-Chaldée a réalisé ce dernier type politique sous sa forme la plus abominable. D'autre part, les monarchies de David et de Salomon semblent avoir servi de modèle aux petits royaumes de l'Afrique équatoriale. Mais avec la colonie phénicienne de Carthage, on voit se produire des faits sociologiques d'un ordre nouveau; l'évolution politique franchit la borne jusque-là infranchissable; elle dépasse le stade de la monarchie barbare et accuse un mouvement de retour vers la forme républicaine d'autrefois^ mais en lui donnant une structure plus complexe.

Théoriquement le progrès est énorme, mais pratiquement il est vicié par sa cause même : la dégradante influence de l'argent. L'étalon mesurant Tinfluence personnelle n'est plus, comme dans les tribus primitives à régime républicain, le degré de courage, d'expérience, de générosité. Dans la république mercantile de Carthage, l'influence politique résulte simplement de la fortune amassée peu importe comment, c'est-à-dire de la rapacité heureuse. Il est donc bien difficile de s'intéresser à cette république si parfaitement dépourvue de grandeur morale. Mais le seul fait de son existence suffit à prouver que la monarchie barbare n'est pas le terme ultime de révolution politique et qu'un stade républicain de retour est possible. Naturellement cette forme républicaine de second degré ne saurait être simplement

CHEZ LES SËMITES. 2àl

calquée sur celle des tribus sauvages; elle est autrement combinée, beaucoup moins simple. Pour la théorie sociologique, elle constitue un fait de premier ordre et que nous verrons se reproduire chez d'autres races blanches.

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