I. — DES SOCIÉTÉS ET DE LA SOCIOLOGIE
J'entreprends, dans cet ouvrage, une étude sociologique, plus complexe encore, plus hérissée de diflicullés que les précédentes, et néanmoins j'aborde ma lâche avec confiance, étant bien résolu à ne me point départir de la méthode scienlifique, à obéir docilement au précepte formulé par Bacon, quand il a dit : c Tenons-nous modestement et perpétuellement dans les choses mêmes et ne nous éloignons des faits particuliers qu'autant qu'il est nécessaire pour que leurs images et leurs rayons puissent converger dansl'esprit, comme ils convergent au fond de l'œil *. » Ces quelques lignes résument toute la discipline scientifique. Dans une investigation sérieuse, quelle qu'elle soit, le premier devoir est d'observer et d'enregistrer les failsavec l'impartialité d'un appareil photographique; le second est de les interpréter sans parti pris et en faisant au besoin litière de ses opinions préconçues. Mais dans celte interprétation, si prudente soilelle, l'erreur est toujours possible; pour s'en garantir il importe de baser ses essais de généralisation sur des gerbes de faits nombreux comme les épis d'un champ. Toute recherche scientifique n'est qu'un procès où les témoignages se doivent mutuellement contrôler, si l'on veut éviter de prendre le détail pour l'ensemble, le particulier pour le général.
En sociologie, Tère des spéculations creuses est heureusement close; l'évolution sociale s'étudie, comme tout aulre évolution, comme un chapitre de l'histoire naturelle. Le sociologisle digne de ce nom sait que l'homme ne saurait s'abstraire du règne animal; il n'ignore pas non plus que