Polybe, République romaine, VI, firagment
sait que de la conservation de TÉtat et de la défense de la liberté... Mais, si l'on ambitionne de s'agrandir, de se faire respecter, de commander à un peuple nombreux, d'avoir sous sa domination un plus grand nombre de sujets et d'attirer sur soi tous les regards, on doit avouer que ce gouvernement est imparfait et que celui des Romains donne beaucoup plus de force et de facilité pour étendre ses conquêtes ^ » En effet, tant que dura l'allotement institué par Lycurgue, tant que les citoyens purent jouir d'une confortable égalité, la cité laconienne fut forte, prospère et se soucia médiocrement de subjuguer ses voisins. Sparte était alors plutôt une république communautaire qu'un royaume. Les rois n'étaient que des chefs guerriers, tenus en bride ; leur suppression aurait changé peu de chose au régime politique du pays et il est probable qu'avant de disparaître dans les autres cités de la Grèce protohistorique, les rois en étaient réduits à ce minimum de pouvoir. Tout le reste de l'organisation laconienne est démocratique, avec cette seule restriction que les gérantes ^ les sénateurs, sont nommés à vie *. ^— A partir de la loi d'Epidadéos, tout change et l'on voit se vérifier l'oracle suivant rapporté de Delphes par Lycurgue : « L'amour de l'argent et rien autre chose perdra Sparte ^ i» L'inégalité pécuniaire est dès lors créée et elle devient vite extrême; il y a conflit entre une minorité qui possède tout et une majorité dénuée de tout* En même temps la natalité diminue; on finit par souffrir d'oliganthropie, c'est-à-dire d'une disette, non pas d'hommes peutêtre, mais de citoyens libres. — L'exemple est instructif, même suggestif. Les législateurs de notre Europe contemporaine en pourraient faire leur profit.