Plutus
Il y a beaucoup de vérité dans ces virulentes critiques, et ces faiblesses mêmes, si vivement flagellées, prouvent assez qu'un gouvernement démocratique a besoin d*être plus sagement et plus savamment organisé qu'un autre. Les Athéniens l'avaient d'ailleurs bien senti et ils avaient pris maintes mesures pour guider, contrôler leur suffrage universel. Nous avons vu, qu'on ne lui soumettait guère que des propositions au préalable mûrement étudiées et qu'on avait pris des précautions soupçonneuses pour ne pas laisser passer des élus indignes.
En réalité, les malheurs d'Athènes vinrent surtout de ce qu'on y avait laissé aux assemblées populaires le droit de décider les questions de paix et de guerre. Un conseil de citoyens expérimentés n'aurait sûrement pas entrepris l'expédition de Sicile, que décida follement l'assemblée du Pnyx grisée par un éloquent discoureur. C'est que le grand défaut de ces assemblées populaires était de se laisser charmer et entraîner par des ambitieux à la langue dorée, faisant adopter les mesures les plus périlleuses dans un intérêt purement pei*sonnel.
Mais derrière les événements politiques, il y a leurs causes profondes, qu'il faut, presque toujours, chercher dans les conditions économiques du pays. En traitant de la propriété, j'ai montré que les cités grecques périclitèrent surtout par les abus de la ploutocratie. A Athènes, ces abus préexistaient à la réforme de Solon et même la motivèrent, puisque le législateur se vante d'avoir c délivré la terre-mère du poids odieux des bornes hypothécaires » ; mais cette réforme ne s'attaqua en rien à la racine même du mal ; elle établit au contraire le cens politique. Aussi n'empêcha-t-elle point la tyrannie des Pisistratides de triompher, du vivant même du législateur. Si Sparte dura plus longtemps qu'Athènes, c'est simplement parce que les
abus de l'argent s'y déchaînèrent bien plus tardivement. Néanmoins il y a un grand enseignement à tirer de l'expérience politique faite à Athènes. Il en faut retenir, que le suffrage populaire a besoin d'être organisé scientiGquement sous peine de mettre en péril l'existence même des démocraties. Que doit, que peut être cette organisation ? J'aurai à me le demander à la fin de ce volume.