Polybe, VI, fragment
Au point de vue sociologique, qui nous importe ici, la vie politique d'Athènes est une expérience des plus instructives. Nous y pouvons étudier sur le vif les dangers et les vices de la démocratie égalitaire. Les principaux de ces vices sont : la mobilité, Taffolement, l'ignorance d'unefoule sans lumières, sans tenue dans les idées et prenant les décisions les plus graves sans même en soupçonner la portée. Surtout nous voyons cette foule s'engouer aveuglément pour des agitateurs également dépourvus de mérite et de conscience. Dans nombre de passages de ses comédies, Aristophane a dénoncé et flagellé durement les folies des assemblées populaires de son pays : c La démagogie ne veut pas d'un homme instruit ni honnête; il lui faut un ignorant et un coquin... » € Pour t' attacher le peuple, cuisine-lui toujours quelque ragoût qui lui plaise. Tu as tout ce qui fait un démagogue : une voix terrible, une nature perverse, et le langage des halles. Tu réunis tout ce qu'il faut pour gouverner... » <c N'as-tu pas toujours montré cette impudence qui fait la force des orateurs*?... » « Peuple, tu es un roi puissant, tout tremble devant toi; mais on te mène par le bout du nez, tu aimes qu'on te flatte et qu'on te dupe; tu écoutes les orateurs, bouche béante, et ton esprit bat la campagne... > t Tous leurs décrets sentent l'ivresse et la folie... Ils s'injurient comme des gens qui ont trop bu, et l'on voit les archers emmener de l'adora plus d'un ivrogne turbulent'... » € Vois les orateurs dans les républiques : tant qu'ils sont pauvres, le peuple et l'État n'ont qu'à se louer de leur droiture ; mais, une fois gorgés des deniers publics, ils prennent en haine la justice, dressent leurs machines contre le peuple, attaquent la démocratie ^ »