I. — LES RACES DE L*EUROPE BARBARE
A première vue, rethnographie et la sociologie de l'Europe barbare en dehors de la Grèce et de Rome semblent un iiioxlricable fouillis. Aucun grand État ne s'v étant fonde*.
chaque petit groupe ethnique avait plus ou moins gardé son indépendance et sa dénomination propre. De là, dans les anciennes relations, une multitude de notions et d'observations fragmentaires, de noms divers, indiquant seulement des tribus ou des groupes de tribus appartenant à une même race et qu'il faut relier et confondre dans une élude d'ensemble. On ne saurait sortir de ce labyrinthe, sans demander un ûl d*Ariane à l'ethnographie générale. Elle seule nous peut donner une vue complète de la distribution des races, ou plutôt des variétés humaines, dans l'Europe ancienne et aussi dans l'Europe moderne; car, dans ses grandes lignes, celte distribution ne s'est guère modiliée.
Si l'on fait le dénombrement des anciennes races européennes en allant de l'est à l'ouest, on rencontre : 1*" dans la région caucasienne, une population apparentée, physiquement, aux races sémitiques, croisées d'Iraniens. Les écrivains de l'antiquité n'en ont jamais eu une vue totale, mais souvent ils nous ont parlé des diverses peliles nationalités qui la composaient: des Albanais, des Ibères, des Géorgiens, des Scythes, etc. Or, les Circassiens, les Ossètes, les Arméniens actuels, etc., sont sûrement les descendants de ces peuples ; 2o confinant au nord avec cette population mélangée et occupant toute l'Europe orientale, se trouvait et se trouve encore la grande race slave, avec laquelle le monde antique a eu peu de contact, si Ton fait abstraction des Scythes et des Sarmates riverains du bas Danube. La race slave, mélangée en bien des points avec la race tar tare, comprend aujourd'hui les Russes, les Polonais, les Tchèques, les Serbes, les Bulgares, etc. ; S"" à l'ouest des Slaves, résidaient, dans l'antiquité, comme de nos jours, des populalions de race germanique, dispersées depuis la Scandinavie jusqu'aux Alpes et du Rhin à la Yistule; 4* à l'ouest des peuples germaniques, on arrivait en pays celtique. Les
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Celtes occupaient alors les Iles britanniques, les deux tiers de la Gaule et même la Germanie méridionale. On les retrouve aujourd'hui encore dans les mêmes régions. Seulement, dans la Bretagne insulaire, ils ont dû subir des invasions scandinaveset normandes; se mêleravecles envahisseurs et leur céder une très large place. Dans la Germanie méridionale, ils se sont germanisés quant à la langue, mais en conservant les indélébiles caractères de leur race ; 5* enfiD, dans la péninsule ibérique et le midi de la Gaule, existait et existe toujours, en dépit des invasions et des mélanges, un fond de populations berbères déjà fixées dans la même région à répoque néolithique. Telles sont les diverses couches de la population européenne, que nous devons rapidement examiner au point de vue de leurs institutions politiques.
Dans certaines régions, Tétat, primitif encore, de ces peuples ne s'est modifié que fort lentement. Tous ceux sur lesquels n'a point directement passé le rouleau nivelearde la domination romaine, ont conservé bien après la chute de Tempire leur organisation barbare. Il en a été ainsi surtout dans l'Europe septentrionale et orientale. Dans quelques districts, particulièrement protégés soit par leur topographie, soit par leur éloignement des. foyers de la civilisation européenne, soit par l'une et l'autre cause, le passé a pu se maintenir et continue à subsister sous nos yeux, comme un vivant témoin, qui nous permet de contrôler les traditions et renseignements anciens, relatifs aux mœurs et institua tiona généralement disparues. Par conséquent, dans une élude sociologique, comme côlle*ci, il importe surtout de rapprocher les états sociaux comparables, en faisant bon marché de la chronologie historique. Ges préliminaires posés, je puis maintenant décrire, autant qu'il est possible de le faire, l'ancienne organisation politique, spontanément
adoptée par les populations barbares de l'Europe, en dehors de la Grèce et de Rome.