I. ~ LE SYSTÈME BÉNÉFICIAIRE
Quand les populations barbares de la Germanie se furent définitivement emparées des provinces romaines, elles y instituèrent, comme nous l'avons vu, le régime monarchique; et il n'en pouvait être autrement, cela pour deux raisops
majeures : d'abord les nécessités mêmes de la guerre avaient contraint les bandes conquérantes à s'assujettira des chefs; car partout et toujours la guerre prépare ou crée la monarchie ; d'autre part, les hordes germaniques s'étaient emparées de contrées depuis longtemps assouplies au régime impérial. Leurs chefs n'eurent donc qu'à revêtir la pourpre romaine. Le souci de ce que Ton a beaucoup plus tard appelé € les droits de l'homme » ne les gênait guère; ils se déguisèrent facilement, quoique gauchement, en diminutifs d'empereur.
Mais c'était une vieille coutume germanique, déjà décrire par Tacite, que celle du compagnonnage guerrier. De temps immémorial les jeunes gens se groupaient autour de certains chefs illustres, soit par leur naissance, soit par leurs hauts faits. Les personnages importants rivalisaient entre eux à qui aurait l'escorte la plus nombreuse et la plus vaillante ; car cette escorte leur était dévouée, corps et âme. c Sur le champ de bataille, dit Tacite, il est honteux au prince d'être surpassé en courage ; il est honteux à la troupe de ne pas égaler le courage de son prince; mais un opprobre, dont la flétrissure ne s'efface jamais, c'est de lui survivre et derevenir sans lui du combat. Le défendre, le couvrir de son corps, rapporter à sa gloire ce qu'on fait soi-même de beau, voilà le premier serment de cette milice. Les princes combattent pour la victoire; les compagnons pour le prince ^ i Comme il était naturel, ces gardes du corps vivaient aux dépens de leur chef, qui, pour les entretenir, avait sans cesse besoin de se ravitailler par d'heureuses expéditions.
Quand on fut installé en pays conquis, il ne fallut pas un grand effort d'imagination pour transformer en bénéficiaire le compagnon, le commensal du chef. Par droit de conquête