MONARCHIQUES
Chez les Peaux-Rouges d'Amérique, les chefs élus des
1. Gook, HUt, urUv, voy.y voL X, 360. — Bancroft, Native States, 1. 1^ 191. - Lafitau, MœurSy etc., IV, 54.
tribus républicaines non seulement n'avaient rien qui ressemblât à une liste civile, mais même il leur était presque indispensable d'être à la fois riches et généreux. Ailleurs, par exemple dans les villages de Java, dans les clans et tribus d'Irlande, eii général dans les pays où le domaine commun des terres arables se partageait par allotement, le chef élu obtenait ordinairemement une part plus considérable, un lot privilégié. Mais quand la tribu a franchement adopté le régime monarchique, quand son chef est devenu héréditaire et se croii d'une essence supérieure, alors commence vraiment l'ère des redevances et des impôts.
Cela ne s'établit pas en un jour. Ordinairement le roitelet se prétend le maître des choses et des gens; il use donc des unes et des autres à sa fantaisie.' Ainsi aux iies Yiti, les chefs non seulement exigeaient les services guerriers de leurs sujets, mais encore s'emparaient, à leur gré, en temps de paix, des fruits de leur travail ^ A la Nouvelle-Calédonie, les ehefs imposent aussi à leurs inférieurs des redevances capricieusement réglées, plus souvent des corvées; car le pays est déjà en période agricole^ En Polynésie, où les tribus avaient une organisation grossièrement féodale, les chefs n'avaient encore institué aucun système d'impôts, mais en dehors des redevances convenues, ils en prenaient à leur aise avec la pi'opriété de leurs inférieurs et s'appropriaient sans vei^ogne tout ce qui leur tombait sous la main, aussi avait-on bien soin, quand leur visite était annoncée, de ne laisser à leur portée que des objets sans valeur^ De même en Amérique, le grand chef des Natchez avait le droit de tout prendre, aussi ses sujets construisaient prudemment leurs carbets à distance
1. W.-T. Pritclmrd, Poltjneêian Réminiscences, etc., 370. — Mœrenhout, Voy. aux ileSy etc., II, !237.
2. Rochas, Nouvelle-Calédouie, 2i4. — Tbiorcclin, Journal d'un baleinieff I, 302-303,
3. Radiguot, Derniers Sauvages, 157. — Mœrenhout, /oc. cit., II, 11. Letourneau. — L'Évolution politique. 30
respectueuse de celui du maître (Charlevoix, VI, 172).
On trouve des mœurs très analogues dans les tribus monarchiques des nègres africains. Presque partout, le chef, réputé maître et propriétaire du sol, exige rigoureusement des étrangers un droit de passage; mais parfois, par suite d'une survivance communautaire, il doit en distribuer la plus grande partie à ses parents, à son conseil, aux anciens du village ^ C'est particulièrement dans l'Afrique intertropicale que cette coutume du droit de passage est universellement répandue. Elle n'est pas en vigueur en Cafrerie'. Mais ce qui est ordinaire à peu près dans toutes les tribus nègres, c'est que le chef, le roi, dispose, selon son bon plaisir, des biens de ses sujets et surtout recueille leur succession^. Comment serait-il obligé de respecter les biens, quand il a sur les personnes droit de vie et de mort? Ces droits sont essentiels au régime de la tribu monarchique tout à fait sauvage, quelles que soient la race et la couleur, et sous ce rapport les Bhils de l'IIindostan se comportent exactement comme les nègres de l'Afrique tropicale *.
Quand les tribus monarchiques se fondent, de gré ou de force, plus souvent de force que de gré, en petites monarchies, les individus sont un peu moins à la merci du mo narque, d'abord parce qu'il est en rapport moins direct a^^ec ses sujets et puis parce que son bon plaisir tend à se régler. Dans les petites monarchies de l'Afrique tropicale, chez les Bambaras, Fellatahs, Timannis, Mandingues, populations croisées de Berbères et plus ou moins mahométanes, la cou^ ronne perçoit des revenus à peu près déterminés. A Kaarta, en pays bambara, le roi touche la moitié du butin guerrier.