‹ L'évolution politique dans les diverses races humainesChapitre 488 sur 538 · Ibid., II · texte numérisé non relu

Ibid., II

origine^ il n'a nullement le caractère d'an prélèvement destiné à pourvoir à des œuvres d*utilité publique; il consiste simplement eu tributs levés sur les voisins vaincus, en dons soi-disant volontaires, offerts au prince par les classes inférieures. Ces contributions deviennent la propriété personnelle du chef, qui les a exigées ou reçues, et il en est de même pour les antiques droits de passage, de douane, si Ton veut, et pour les faxes commerciales, d'origine plus récente. Le prince, le roitelet, est le propriétaire éminenl du pays et de ses habitants, des choses et des gens. Il est avide; car il lui faut entretenir ou gratifier ses guerriers, ses favoris, satisfaire ses fantaisies et ne pas lésiner sur ses plaisirs.

Cet état de choses, né dans la tribu monarchique, se continue dans les sociétés, plus importantes, qui en dérivent. Dans les grandes monarchies barbares, l'impôt conserve le caractère régalien, cela va de soi ; mais il se régularise. La couronne en fixe, une fois pour toutes ordinairement, hi nature et le taux. Les besoins financiers du souverain sont considérables, car il entretient une nombreuse armée permanente et une autre armée de fonctionnaires, chargés de le représenter dans tous les coins de Tempire, de faire partout exécuter ses volontés. En outre, le despote siège au milieu d'une cour fastueuse ; il lui faut faire vivre luxueusement ses courtisans, ses concubines, tout nn monde de parasites. Si abondantes que soient les ressources fournies par l'impôt prélevé dans un grand empire, elles suffisent rarement; car la dilapidation est grande. Presque toujours le trésor public est à court d'argent. On tâche bien de s'en procurer par la guerre ; mais le remède est à la longue pire que le mal. Il faut pressurer de plus en plus la gent imposable, de laquelle ne font pas ordinairement partie les classes privilégiées, nobiliaires et sacerdotales, qui reçoivent mais

ne donnent guère. Les agents du fisc, qui sont les serviteurs directs du maître^ s'ingénient, se mettent en frais d'imagination et Ton voit alors les impôts se multiplier capricieusement, surtout les impôts indirects, pesant sur tous les actes de la vie des sujets. Il faut payer le fisc pour se déplacer, pour se vêtir, pour boire, pour manger, pour respirer, pour Jouir de la lumière du jour, etc. Surajoutés aux taxes foncières el autres, ces impôts nouveaux peuvent devenir un fardeau assez lourd pour que les sujets ou s'efforcent de le secouer ou au moins se désintéressent d'une patrie, qui leur fait un sort intolérable, et en viennent à ne plus résister aux conquérants étrangers, parfois même à appeler Tinvasion, €omme il est arrivé lors de la chute du Bas-Empire romain. Les gouvernements libres ne sauraient évidemment imiter ou continuer les errements des monarchies. Il leur faut restreindre l'impôt, en contrôler soigneusement l'emploi, en modifier l'assiette et, autant que possible et à l'inverse des monarchies, le faire surtout peser sur ceux qui possèdent le plus. Il ne leur suffit pas d'économiser ce que coûte une cour somptueuse; ils doivent encore décentraliser, renoncer à la prétention d'être partout et de tout faire, par conséquent réduire considérablement l'armée de leurs fonctionnaires. -C'est le premier pas à faire dans la réforme de l'impôt. Mais, si, comme il est vraisemblable, les sociétés retournent, dans une sage mesure, au régime communautaire et au gouvernement direct, la fortune de l'État sera réellement la fortune publique; les impôts seront alors peu nombreux, légers, de facile perception, toujours employé^ selon les vœux et dans l'intérêt des contribuables. Dans cet avenir, sûrement assez lointain encore, on en arrivera peut-être à bénir le fisc, tant de fois maudit et à si juste raison dans le passé et le présent.

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